Récupérer la chaleur des moteurs à biogaz pour traiter les lixiviats
par | 14.01.09

Pour un centre de stockage de déchets ultimes (CSDU) de type II (déchets ménagers et assimilés), conçu pour valoriser le biogaz (le gaz issu de la fermentation des ordures enfouies), la production d’électricité ou le traitement des lixiviats (« les jus de décharge ») ne sont pas une nouveauté. En revanche, la combinaison des deux représente, en soi, une véritable éco-innovation.
Le procédé Cogelix, de GRS Valtech, une division de Veolia Propreté, est précisément fondé sur cette conjugaison. Cette innovation a été récompensé en décembre dernier, lors du dernier salon Pollutec : Soval, filiale de Veolia Propreté, s’est vu remettre le 1er prix des Trophées des technologies économes et propres 2008 dans la catégorie grandes entreprises. Une distinction reçue pour la mise en place du système Cogelix dans son centre CSDU de Lapouyade en Gironde.
« Le Cogelix est un évaporateur sous vide qui fonctionne avec de la chaleur qu’on récupère sur les moteurs (groupes électrogènes, ndlr) qui produisent de l’électricité à partir de biogaz », explique Philippe Samat, Directeur métier « Traitement des biogaz et des lixiviats » chez Veolia Propreté (GRS Valtech).
Le traitement sur site des lixiviats constitue le bénéfice immédiat conféré par Cogelix. Sur le site de Lapouyade, Soval évite ainsi le transport de lixiviats par camions citernes, fort émetteurs de CO2, de 8000 m3/an jusqu’à la station d’épuration de Bergerac, soit l’équivalent de 300 citernes.
« En évitant le transport en camions des lixiviats et leur traitement en station d’épuration, le coût de traitement des lixiviats est abaissé d’environ 15% », indique Philippe Samat. Ecologiquement parlant, l’économie est beaucoup plus substantielle. Leur traitement est réalisé à émissions nulles de CO2.
Le système fonctionne en cogénération. Le biogaz – du méthane à 49% - est envoyé à un moteur qui produit de l’électricité par l’entraînement d’un alternateur. La chaleur dégagée par ce générateur est habituellement dissipée grâce à un système de refroidissement. Ici, au contraire, cette chaleur est récupérée pour alimenter les évaporateurs (très énergivores) ; elle permet de chauffer les lixiviats à une cinquantaine de degrés. A cette température et à très basse pression, les lixiviats entrent en ébullition.
Cogelix en service sur trois sites en France
« L’évaporateur sous vide constitue bel et bien le cœur du processus Cogelix », poursuit le Directeur métier.
Les lixiviats (22m3/j) entrent dans l’évaporateur. Il en ressort un concentrat, qui contient la grande proportion des polluants, et un distillat. Ce distillat subit un autre traitement par osmose inverse, qui « rejette » 5% de concentrat (renvoyé à l’évaporateur), et 95% de perméat. Pour atteindre une eau minéralisée à même de pouvoir être vidangée dans le milieu naturel, on filtre le perméat dans du charbon actif et dans des résines échangeuses d’ions.
Au final, on obtient 99% de perméat en sortie (dérouler la présentation ci-dessous). Et il ne reste que 1% de concentrats (après qu’un surconcentrateur les a épaissis et séchés). Lesquels « sont évacués en filière de traitement agréé, autrement dit, en filière d’incinération de déchets industriels spéciaux », explique Philippe Samat.
« A Lapouyade, le taux de captage du biogaz est très bon », poursuit-il. Reste que d’après le Registre Français des Emissions Polluantes, sur l’ensemble de l’année 2006, le site totalisait 995.000 kg de méthane émis dans l’atmosphère. Selon Philippe Samat, ce sont les 2% de biogaz que le centre de Lapouyade ne récupère pas…
Sur les 25 sites de stockage de déchets que compte GRS Valtech en France, seuls trois sont équipés de Cogelix, deux autres étant en projet.
« En fonction de la configuration des sites, faire appel à Cogelix n’est pas toujours pertinent. C’est pour cela que l’on dispose de deux autres procédés, l’osmose inverse et le BGVAP », précise Philippe Samat.
Enfin, s’agissant de l’investissement initial pour Cogelix, il faut tabler sur 1,2 M€ pour traiter 10000 m3 de lixiviats par an. Et cela, avec un retour sur investissement atteint, dans le cas d’un site comparable à celui de Lapouyade, au bout de six à huit ans.
Fiche d’identité du centre CSDU de Lapouyade
- Mai 2005 : démarrage de l’installation de la valorisation de biogaz. La mise en opération du Cogelix a débuté un an après.
- 2300 m3/h de biogaz collecté.
- Superficie : 47 ha.
- Capacité: 430 000 tonnes de déchets par an.
- 55 % d’ordures ménagères - 45 % de déchets industriels banals.
- Certification ISO 14001 et 18001.
- 99% perméats et 1% de concentrats (déchets industriels spéciaux) en sortie.
- 1 350 tonnes équivalent CO2 par an évitées grâce à la substitution de l’énergie fossile par le biogaz.
- Production thermique : 6 050 MWh/an.
- Production électrique : 30 000 MWh/an.
La présentation du site de Lapouyade (source : GRS Valtech).
Les trophées des technologies économes et propres
• Historique
Ce prix, organisé par l’Ademe et Industrie & Technologies, a été créé en 1993 pour promouvoir les entreprises industrielles ayant conduit des projets exemplaires autour de deux objectifs majeurs :
- L’élimination des polluants : le prix récompense les entreprises qui ont repensé leur processus de production pour éliminer, à la source, les polluants liés aux produits fabriqués.
- Les économies d’énergie : le prix récompense les sociétés qui ont repensé leur processus de production pour réduire leur consommation, quelle que soit la source énergétique utilisée.
Six Trophées des technologies économes et propres sont décernés aux meilleurs projets selon deux catégories : les PME/PMI et les grandes entreprises.
• Les lauréats 2008
Catégorie PME/PMI
1) Fromagerie Verdier (valorise le lactosérum pour alimenter une unité de méthanisation).
2ex) Arvel - Argile du Velay (système de compactage pour recycler davantage d’argile en consommant moins d’eau et d’énergie).
2ex) Socoplan (une société d’impression qui a retenu un biolavage et un biofiltrage pour réduire ses émissions d’acétate d’éthyle).
Mention spéciale à deux PME : Peintures Hubert Schmitt (système réduisant les rejets de peintures à l’évier) ; Interxion France (végétalisation du toit de son centre de données de Saint-Denis).
Catégorie Grandes Entreprises
1) Soval
2) Super U (panneaux photovoltaïques, récupération des eaux de pluie,… le bâtiment du Super U de Thouars intègre plusieurs éco-technologies).
3) Holcim (ce fabricant de ciment modernise le traitement de ses déchets).
Mention spéciale dans cette catégorie : France Galop (mise en place d’un système de récupération et de traitement des effluents de produits phytosanitaires sur deux hippodromes ;trois d’ici 2010).















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