Certains l’appellent déjà l’or vert, d’autres décrivent une plante miraculeuse. Une chose est sûre, le jatropha n’a pas fini de faire parler dans la greensphere. L’huile visqueuse de cet arbuste qui pousse dans les zones semi-arides dispose en effet de propriétés comparables à celles du diesel. De quoi agiter les chercheurs et éco-entrepreneurs de tous bords en quête du carburant de l’avenir. Au risque de déchanter sous peu ?
AgroGénération : « Il faut rester très prudent sur le développement en s’assurant d’abord de la faisabilité technique avant de lancer une culture à grande échelle.»

Olivier Saint-Girons, directeur Recherche et Développement Durable chez AgroGénération
Arbuste de culture pérenne (jusqu’à 50 ans), le jatropha pousse de façon sauvage dans les régions tropicales et sub-tropicales. Chaque arbre produit des grappes de fruits et donc des graines dont la trituration produit une huile et des tourteaux, tous deux non-alimentaires.De quoi offrir des perspectives économiques intéressantes aux pays du Sud sans mettre à mal leur indépendance alimentaire. « C’est certainement l’une des meilleures huiles pour faire du carburant. Et les tourteaux peuvent également être utilisés comme engrais organiques », explique Olivier Saint-Girons, directeur Recherche et Développement Durable chez AgroGénération.
Mali, Inde, Madagascar, Tanzanie… le phénomène jatropha fait depuis peu le tour de la planète. Pas sûr pour autant que notre petit arbuste constitue bien l’alternative ultime au pétrole. Les Français d’AgroGénération qui travaillent sur un projet pilote au Mali, estiment ainsi qu’il faut faire preuve de prudence et de patience face au jatropha. « Il y a un gros potentiel en Afrique de l’ouest, mais ce n’est pas encore pour tout de suite. La priorité aujourd’hui, c’est de soutenir la recherche et les projets pilotes en local. Il faut rester très prudent sur le développement en s’assurant d’abord de la faisabilité technique avant de lancer une culture à grande échelle. »
Une prudence qui s’explique notamment par la verdeur de ce biocarburant. A l’origine utilisé comme ingrédient du savon ou comme haie pour les champs, le jatropha n’a jamais été géré comme une culture à part entière. Il n’y a donc pas eu de sélection variétale, ni de recherche sur les techniques permettant d’améliorer son rendement. Deux éléments indispensables pour la production d’une plante de façon intensive.
Neo : « Nous allons implanter cette année 50 millions d’arbres de jatropha à Madagascar.»

Christian Pretot, PDG de Neo
Cette retenue ne semble pas s’imposer à tous les acteurs. Ainsi, la PME marseillaise Neo est déjà rentrée dans le vif du sujet, à Madagascar, comme nous le décrit Christian Pretot, PDG de la structure : « Nous allons implanter cette année 50 millions d’arbres de jatropha sur un espace de 30 000 hectares. Nous en sommes au démarrage, le bail vient d’être signé et l’usine sera inaugurée fin 2010. Au final, on espère obtenir 60 000 tonnes d’huile par an après maturation. » Objectif : récolter et transformer sur place pour vendre l’huile aux pétroliers européens. Au Mali, AgroGénération vise plutôt à « nouer une relation privilégiée avec les producteurs en proposant un rôle d’encadrement des paysans sur place », dixit Olivier Saint-Girons.
Mais nos deux Français ne seront pas les seuls sur le coup. Même si la viabilité économique du jatropha n’est pas encore assurée, la récente médiatisation du phénomène a boosté la demande de ce biocarburant de seconde génération. Le pétrolier BP s’est ainsi associé avec les Anglais de D1, pionniers du secteur, pour développer la production de jatropha dans le monde. En Inde, l’Institut de l’énergie et des ressources de New Delhi, (TERI) a lancé en 2007 un programme de 9,4 millions de dollars sur dix ans pour améliorer les rendements de la plante par l’introduction de micro-organismes dans ses graines. Enfin dans l’aviation, la compagnie Air New Zealand a fait voler fin décembre un Boeing 747 partiellement propulsé au jatropha… De quoi alimenter l’incroyable destin d’un arbuste longtemps laissé à l’état sauvage avant d’attirer la curiosité de toute la planète… verte.
Sur le même thème : biocarburant, jatropha













Kouassi Simplice | 9.02.09 à 19.37
Notre institution GenieAgro (Maison du Génie Agricole, Agribusiness & Contract Farming) basée à Abidjan en Côte d’Ivoire s’est résolument engagée dans la production et la transformation de Jatropha curcas, nonobstant l’opacité du marché. Le projet consiste à créer et exploiter mille hectares de plantation. Les produits commercialisables du projet sont les graines, l’huile, le savon et le biodiesel de Jatropha. Démarré en septembre 2008, le projet est réalisé actuellement à 10% de ses objectifs de plantation. GenieAgro propose sa première génération de graine de Jatropha comme semence pour l’Afrique de l’Ouest. Nous soutenons les innovations agricoles et agro-industrielles induisant un développement rural durable.