Fertilisation des océans : la mission Lohafex garde le cap malgré les critiques
par Baptiste Roux Dit Riche | Cleantech Republic | 02.02.09

Pas facile de parler de géoingénierie sans susciter la polémique dans le landerneau des chercheurs. Dernier exemple, la mission Lohafex menée conjointement par l’Allemagne et l’Inde depuis le 7 janvier dans l’Océan Atlantique Australe. Objectif : tester à grande échelle un procédé de lutte contre l’effet de serre fondé sur la fertilisation des océans par dispersion artificielle de fer. Un procédé qui stimulerait la croissance du phytoplancton, et donc la captation de CO². Sur le papier, rien de condamnable, seulement la mission est loin de faire l’unanimité. Explications.
De quoi parle-t-on ?
Parti du Cap (Afrique du Sud) début janvier, l’expédition Lohafex (Loha signifie fer en hindi) a largué les amarres avec à son bord 48 scientifiques, dont trente indiens. Le navire, le Polarsten (photo ci-dessus), vogue sous pavillon allemand en raison de son appartenance à l’Institut polaire Alfred Wegener. La mission doit au cours de ses pérégrinations noyer 6 tonnes de fer sur une surface de 300 km². Elle repose sur l’hypothèse qu’on pourrait « séquestrer » le gaz carbonique dans les mers en stimulant la prolifération de plancton en surface (la réaction pourrait être visible depuis l’espace). Le Polarsten doit terminer sa mission en mars, en rejoignant Punta Arenas, au sud du Chili.
Est-ce légal ?
Pour ses détracteurs, l’expédition Lohafex agit en parfaite contradiction avec une décision de la Conférence de l’Onu sur la biodiversité. En mai 2008, à Bonn, cette dernière avait en effet décrété un moratoire contre la fertilisation artificielle des océans. De même, la mission irait à l’encontre de la Convention de Londres sur l’Organisation Maritime Internationale. Le débat anime d’ailleurs les plus hautes autorités allemandes puisque les ministères berlinois de l’environnement et de la recherche se sont ainsi déchirés sur le bien-fondé de l’opération.
Cette technique est-elle bénéfique pour la planète ?
Utilisée à grande échelle, la technique, si son efficacité était confirmée, pourrait représenter un outil majeur dans la lutte contre l’effet de serre. Et donc une manne économique. Sur le marché des crédits de CO2, des zones de séquestration pourraient en effet être rapidement converties en véritable filon de dollars verts.
Sur un plan environnemental, les avis sur la fertilisation artificielle sont partagés. Certains scientifiques pensent ainsi que le procédé pourrait mettre à mal l’écosytème marin (et notamment sa faune). D’autres craignent aussi que la fertilisation artificielle engendre la production de protoxyde d’azote (N2O), deux fois plus dévastateur que le dioxyde de carbone.
Les doutes se nourrissent notamment des précédentes expériences menées dans le domaine. La mission KEOPS au large des îles Kerguelen en 2005 a ainsi montré que la séquestration de carbone par unité de fer naturel était de 10 à 100 fois supérieure aux tests artificiels. De leur côté, les inspirateurs du projet Lohafex mettent en avant la durée inédite de suivi de leur projet (8 semaines) pour croire en de meilleurs résultats.
Où en est l’expédition ?
L’avenir de la mission Lohafex s’est éclairci le 26 janvier dernier avec la décision des autorités fédérales allemandes d’autoriser définitivement le programme d’expériences de l’Institut polaire Alfred Wegener. Celui-ci a été jugé ni dangereux pour l’environnement, ni illégal vis-à-vis des lois internationales. Après plusieurs jours d’exploration, l’équipe de scientifiques a désormais trouvé l’endroit idéal pour ses enfouissements de fer. Nul ne sait si les résultats de leur test grandeur nature seront convaincants. Une chose est sûre, ils seront très attendus.
Sur le même thème : fertilisation des océans, géoingénierie, séquestration de CO2












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