« L’éolien n’est pas la cible principale de nos pales à tubercules »
par | 09.03.09

Stephen W. Dewar, Directeur R&D de WhalePower Corporation.
Interview exclusive de Stephen W. Dewar, Directeur R&D de WhalePower Corporation.
Le Canadien WhalePower a conçu des pales d’éolienne recouvertes de « tubercules », ces protubérances que l’on retrouve sur le bord des nageoires des baleines à bosses (lire notre article). Cette invention a fait l’objet d’un dépôt de brevet. Stephen Dewar nous explique son potentiel, et évoque le business model de cette start-up cleantech prometteuse.
Cleantech Republic : Les bons résultats du test de vos pales à tubercules conduit par l’Institut canadien de l’énergie éolienne constituent-ils le levier que vous espériez tant pour votre entreprise ?
Les pales de l’éolienne de Wenvor utilisées pour le test étaient les premières pales reposant sur la technologie « Tubercle » jamais développées pour une turbine en mouvement.
Evidemment, nous étions ravis des performances obtenues : une augmentation de 20% de la production d’énergie obtenue par l’apport d’un changement technologique au niveau des pales représente pour nous un argument différenciateur incontestable.
Il faut bien comprendre qu’un tel saut dans l’amélioration de la quantité d’énergie éolienne produite était impensable. Quand on sait que des débris d’insectes accumulés sur une pale peuvent dégrader sensiblement les performances d’une turbine, autant dire que notre innovation rend certains observateurs des plus dubitatifs puisqu’elle consiste à modifier la forme des pales.
Avant le test, n’était-il pas permis de douter ?
Combien de fois nous sommes-nous entendus dire que nous n’étions pas sur la bonne voie. Que « nos » bosses détruiraient l’écoulement laminaire de n’importe quelle aile traditionnelle. Notre technologie quitte le champ conventionnel des ailes laminaires. Notre pale quitte le champ conventionnel des pales fabriquées jusqu’ici et représente une découverte majeure sur ces cinquante dernières années.
Ni les ingénieurs, ni les chefs d’entreprise ne voulaient croire qu’ils avaient manqué le meilleur profil aérodynamique jamais élaboré. Les ingénieurs se sont investis pendant des années dans la maîtrise des subtilités de la dynamique des fluides traditionnelle, tandis que les entreprises ont dépensé des milliards à installer de la capacité éolienne. Rares sont ceux dans l’industrie prêts à caresser l’idée qu’ils ont investi dans une technologie obsolète. Voilà un siècle, Max Planck disait : « Les nouvelles découvertes scientifiques ne réussissent qu’à la mort de leurs opposants ».
Quelles améliorations avez-vous apportées depuis le premier prototype de votre pale à bosses ?
Nos études initiales étaient toutes tournées vers la conception aérodynamique dans des tunnels de vent et d’eau. Elles ont prouvé que des pales à tubercules peuvent atteindre des angles de décrochage incroyables de 31 degrés.
Depuis, nous avons apporté beaucoup de changements. Le plus notable concerne le placement des tubercules. La première pale n’avait des tubercules que sur 60% de l’envergure, ce qui constitue la configuration standard pour une baleine à bosses. Désormais, les tubercules occupent toute la longueur de nos pales. Ce qui élimine le blocage à la base (partie interne de la pale), un défaut qui habituellement inhibe les performances à faible vent.
Etes-vous en contact avec des partenaires industriels ? En particulier dans le domaine de l’éolien ?
Nous sommes en relation avec plusieurs acteurs industriels (le mot « partenaires » est trop fort). Les négociations sont en cours. Attendez-vous à des annonces dans les mois à venir.
Cela étant dit, l’éolien n’est pas notre cible principale en raison des longs cycles de développement. Nous avançons beaucoup plus rapidement dans le domaine des ventilateurs.
Le marché du ventilateur est beaucoup plus gros que le marché des turbines. Certaines estimations suggèrent que les ventilateurs consomment environ 17% de la capacité électrique mondiale. Des économies de 20% sur cette consommation pourrait aboutir à des multiples du total de l’électricité produite à partir du vent.
Nous sommes aussi en discussion avec des entreprises pour développer des turbines hydroélectriques adaptées aux courants océaniques et de marée.
Avez-vous identifié des concurrents dans le champ de la technologie à tubercules ?
Il n’y a pas d’autres acteurs dans le domaine de prédilection de WhalePower. Le Docteur Frank Fish a découvert le fameux « effet tubercules » : l’application de ces bosses à tout un ensemble de machines constitue précisément le sujet de nos brevets en cours de validation. Il y a sûrement des concurrents qui, comme nous, jouent une partition en dehors du cadre de l’aérodynamique conventionnel. Mais, d’après notre veille, aucune alternative n’est aussi avancée.
Avez-vous déjà levé des fonds ? Dans le cas contraire, est-ce planifié et quel montant recherchez-vous ?
Ces informations sont confidentielles. Notre stratégie a été simple jusque-là : nous avons toujours cherché à améliorer la valeur de notre invention, afin de maximiser notre potentiel de revenus de licences, et de rester dans une position d’investissement la plus attractive possible. Je suis sûr que vous l’avez deviné : notre levée de fonds est proche, alors soyez patient.
Quelles sont vos prévisions de chiffre d’affaires ?
Je vous laisse spéculer sur le potentiel des revenus de licence qui pourraient découler de la mise à niveau des 250 milliards de dollars dépensés pour l’installation des éoliennes dans le monde ; sur le potentiel des recettes tirées de l’utilisation de notre technologie dans le cadre des ventes de nouvelles turbines, lesquelles s’élèvent à plusieurs milliards de dollars chaque année ; ou encore du potentiel lié aux centaines de milliards de dollars tirés des ventes annuelles de ventilateurs. De toute évidence, une seule start-up ne sera pas capable de fabriquer l’ensemble de ces produits. C’est pourquoi, notre stratégie consistera à multiplier le nombre d’entreprises détentrices de notre licence, et/ou le nombre de joint-ventures créées avec des partenaires industriels.
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irisyak | 10.03.09 à 09.52
Il y a sûrement quelque chose à tester sur les coques de bateaux. Les bateaux qui font le tour du monde sont les premières concernées.
On peut également imaginer des voiles différentes.