
Stéphane Parpinelli, Rédacteur en chef de Cleantech Republic.
Tout cela est une affaire de dosage des risques. D’un côté, le risque d’un accident nucléaire. De l’autre, celui de vivre dans quelques années, et sans doute plus vite que l’on ne croit, dans une atmosphère « irrespirable », surchargée de dioxyde de carbone. Comme le dit le sociologue allemand Ulrich Beck dans un article du Zeit repris dans Courrier International, « c’est choisir entre la peste et le choléra ».
Reste que l’atome civil signe son retour en force. Plus de 40 réacteurs sont en construction dans le monde, auxquels il convient de rajouter plus de 200 projets de centrales. En France, à l’annonce fin janvier de la construction d’un deuxième EPR (European Pressurized Reactor) à Penly, après celui de Flamanville, le président Nicolas Sarkozy a déclaré sans ambages que « la stratégie de la France est le développement du nucléaire, avec la troisième génération des réacteurs à eau pressurisée. » Il aime à rappeler que chaque EPR économise onze millions de tonnes de CO2, quand il remplace une centrale à charbon.
Une opinion publique favorable à l’atome
L’Agence internationale de l’énergie a estimé qu’il faudrait construire 32 réacteurs chaque année entre 2010 et 2050 pour réduire les émissions de CO2 de moitié durant cette période. Aussi, la France n’est-elle pas le seul pays à miser sur le développement de l’industrie nucléaire. La Finlande, le Royaume-Uni et la Suède voient dans l’atome civil une pièce maîtresse de leur politique énergétique. Et que dire de la Chine et de l’Inde où sont actuellement en construction, respectivement onze et six nouveaux réacteurs.
Cette percée du nucléaire n’effraie pas l’opinion publique. D’après les toute dernières statistiques du Credoc (Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie), en juin 2008, les Français sont plus nombreux à voir des avantages dans l’énergie nucléaire (48%), face à ceux (40%) qui considèrent qu’elle présente plutôt des inconvénients. En Europe, les résultats d’une enquête de la Commission européenne sur le comportement des citoyens face à l’énergie, publiée en juillet 2008, montrent que les Européens pro-nucléaires sont passés, en trois ans, de 37% à 44%. Un taux qui côtoie celui des « anti » ! Sans surprise, les « anti-nucléaires » sont 63% à considérer le risque d’un accident grave et le stockage de déchets radioactifs comme les deux principaux écueils de cette énergie. La tragédie de Tchernobyl (26 avril 1986) hante encore les esprits.
Le minerai uranium en déclin ?
Quant à la question des déchets, elle continue d’aiguiser les tensions. Le dernier démêlé en date oppose France 3 à Areva (ex-Cogema). La chaîne a diffusé le 11 février, dans le cadre de l’émission Pièces à conviction, le reportage intitulé « Uranium, le scandale de la France contaminée ». Où l’on apprend que les déchets de mines d’uranium françaises ont notamment servi de la réalisation du parking du stade de football de Gueugnon ; que ces mêmes déchets auraient contaminé l’étang de la Crouzille, l’une des réserves d’eau potable de la ville de Limoges.
Les controverses sur l’atome civil sont loin d’être terminées. Les deux critiques majeures, qui suscitent une levée de boucliers immédiate dans les rangs des partisans de la filière : le déclin du minerai uranium et le refroidissement des réacteurs par eau. De fait, les réserves d’uranium diminueraient rapidement. Plus exactement, l’accès à un uranium de qualité suffisante est de plus en plus ardu, il faut creuser de plus en plus profond. La complexité de l’extraction va donc grandissante, avec, par voies de conséquences, des dégagements de gaz à effet de serre qui s’intensifient, et des coûts en hausse.
L’atome civil, plutôt une énergie de transition
Quant à la seconde faiblesse de l’atome civil souvent soulignée : son besoin en eau pour refroidir ses réacteurs. En 2006, la vague de chaleur aux Etats-Unis a obligé la fermeture de plusieurs centrales nucléaires. En France, lors de la canicule de 2003, le potentiel de refroidissement du Rhône s’était affaibli.
Alors, le nucléaire, la panacée pour lutter contre le gaz maudit ? Cette décision fait peur. Non, je partage l’avis de ceux qui voient plutôt dans l’atome civil une énergie de transition. Notez au passage que cette transition est partie pour durer un bon moment. Si le syndrome du Titanic est vrai pour le CO2 et le réchauffement climatique, il l’est aussi du point de vue de l’accoutumance au nucléaire.
Il faut donc d’urgence accélérer l’investissement à outrance dans les énergies propres et renouvelables (solaire, éolien, biomasse, etc.). L’atome a les faveurs de l’opinion publique. Certes. Mais, pour combien de temps ? Il suffirait d’un seul petit Tchernobyl en Europe pour que tous ces avis basculent dans la dénonciation des dangers de l’atome. L’enfouissement des résidus radioactifs (comme le stockage du CO2 d’ailleurs) ressemble à s’y méprendre à des bombes à retardement pour les générations futures. Non ?
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Mighty atom | 18.03.09 à 11.22
Je ne dirais qu’une chose, allez voir ce site :
http://www.dissident-media.org/infonucleaire/
C’est édifiant…
Un avenir irradié pour nos enfants et les générations futures.