« Nous transformons la biomasse en énergie grâce à la torréfaction »
par | 23.03.09

Hervé Chauvin, directeur général de Thermya.
En France, on n’a toujours pas de pétrole, mais on a encore des idées. Rencontre avec Hervé Chauvin, fondateur et directeur général de Thermya, société d’ingénierie girondine spécialisée dans la valorisation de biomasse en carbone et en énergie.
Cleantech Republic : Quelle est votre méthode pour concentrer l’énergie de la biomasse ?
Hervé Chauvin : Notre savoir faire d’origine, c’est notre technologie DPE (ndlr : Distillation Pyrolitique Etagée). Cela consiste à chauffer sous pression, à quelques centaines de degrés, de la biomasse broyée, sans la brûler, afin de séparer les éléments organiques des composants minéraux, et surtout d’en extraire l’eau et les matières polluantes. En adaptant la DPE pour conserver la part organique, indispensable à la combustion, nous produisons du combustible à haute densité énergétique, le biocoal. Ce procédé est appelé « torréfaction ».
Comme pour du café ?
Eh oui. L’eau est l’ennemie du combustible. Prenons l’exemple du bois. En le chauffant à 240°C, la torréfaction casse ses structures polymères. Il devient alors hydrophobe et très friable. On obtient ainsi un produit contenant moins de 1% d’humidité et facilement compactable, idéal pour une combustion optimale. Les intérêts sont multiples. Tout d’abord, la quasi absence d’eau autorise l’utilisation de matériels simplissimes, pas besoin de chaudière à condensation, puisque rien à condenser ! Ensuite, la densité de transport et la densité énergétique sont largement supérieures aux pellets (ndlr : granulés de bois, voir tableau). Cela règle pratiquement le paradoxe du transport de ce type de combustible, qui rappelons-le, peut consommer plus d’énergie que celle contenue dans le chargement.
Il faudra néanmoins transporter ce biocoal…
Bien sûr. C’est pour cela que nous avons conçu des usines de torréfaction de proximité. Faciles à transporter et à installer, faciles à opérer et surtout très bon marché, à partir de 500 000 euros. Ces petites unités sont destinées à des coopératives agricoles ou à des exploitants forestiers par exemple. Ils pourront ainsi valoriser eux-mêmes leurs coproduits sur leur marché local.

Quel type de biomasse ces usines pourront-elles ingérer ?
Toute biomasse est éligible. Il suffit de régler correctement les paramètres du réacteur. Nous utilisons le plus souvent des coproduits du bois, et avons testé avec succès le procédé sur des tourteaux ou des fientes de poulets. Il est même envisageable de recycler des pneus.
Quelle est la rentabilité énergétique du procédé ?
Notre processus, Torspyd, consomme trois à cinq fois moins d’énergie que la production de pellets. Le coût de production est comparable, mais le biocoal contient presque deux fois plus d’énergie que les pellets, autour de cinq MWh/m3, l’équivalent de la densité énergétique du charbon. Plus concrètement et à titre d’exemple, les coproduits annuels des forêts d’Aquitaine, c’est à dire les cimes et les branches, atteignent deux tonnes par hectare, ce qui permet de fabriquer une tonne de biocoal. Avec une masse volumique de 900 kg/m3, la rentabilité énergie-surface du biocoal aquitain est donc approximativement de cinq MWh par hectare de forêt.
Fiche d’identité de Thermya
- Création : 2002 ; début d’activité en 2004
- Fondateurs : Hervé Chauvin et Jean-Sébastien Hery
- Activité : Ingénierie, transformation de la biomasse en carbone ou en énergie
- Effectif : 17
- Chiffre d’affaires (prévisions) : 5 M€ en 2009 ; 10 M€ en 2010 ; 20 M€ en 2011.














VALOR | 24.05.11 à 12.40
TORREFACTION BIOMASSE