Cleantech Republic

Dimanche 14 mars 2010

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« Notre baril de brut vert devrait coûter entre 60 et 80 dollars à pleine production »

Biomasse | 5 réactions

par Annabelle Bouard | Cleantech Republic | 24.03.09

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Tim Zenk, Vice President of Corporate Affairs de Sapphire Energy.

Entretien avec Tim Zenk, Vice President of Corporate Affairs de Sapphire Energy.

Basée à San Diego et créée mi-2007, la société Sapphire Energy a pour ambition d’élaborer un carburant liquide en substitution au pétrole. Après avoir exploré plusieurs pistes, le choix de cette jeune pousse californienne s’est arrêté sur la production de biocarburant à base de micro-algues. Le produit fini n’obligera à revoir ni les infrastructures, ni les moteurs. Pour l’heure, Sapphire Energy a levé plus de 100 millions de dollars, auprès de quatre principaux investisseurs : RCH Venture Partners, le Wellcome Trust en Grande Bretagne, Cascade Investment, la société d’investissements de Bill Gates, et Venrock, le trust créé par la famille Rockefeller. Tim Zenk nous livre les enjeux de ce projet drastique, et répond aux défis que devra relever Sapphire.

Cleantech Republic : Comment la société Sapphire Energy est-elle née ?

Tim Zenk : Sapphire Energy a germé il y a un peu plus de trois ans dans l’optique d’élaborer un carburant liquide alternatif pour le transport, de source naturelle, viable et durable. C’est ce que nous appelons le brut vert (NDLR : « green crude » en anglais). Pour cela, il faut des émissions de carbone très minimes, en comparaison à ce que génère aujourd’hui la chaîne du pétrole. Le nouveau carburant ne doit avoir aucun impact sur l’agriculture, c’est-à-dire sur le coût des denrées alimentaires. En conséquence, il faut que la production exploite des terres non cultivables, qu’elle n’inclut pas de fermentation car cela impliquerait l’utilisation de sucre issu de cultures, et qu’elle utilise de l’eau impropre à la consommation et à l’agriculture. Enfin, il faut garder à l’esprit que le marché de l’énergie se chiffre en billions de dollars (NDLR: un billion correspond à 1000 milliards, soit au “trillion” américain). La source biologique qui servira de substitution au pétrole brut doit donc s’appliquer à l’échelon mondial. Sur un tel marché, contribuer seulement en marge ne serait pas viable.

Quelles options technologiques avez-vous examinées ?

Nous n’avions pas d’a priori et avons exploré de nombreuses options. Nous avons considéré des bactéries, des levures et d’autres composants végétaux. Notre choix s’est arrêté sur des algues. Elles comptent parmi les plantes les plus efficaces en terme de photosynthèse, elles peuvent être cultivées dans de l’eau salée et utilisent du CO2 pour générer de l’énergie. Un cycle de production, de la graine d’algue à l’extraction du carburant, prend environ 25 jours. Non seulement elles poussent vite, mais elles produisent une quantité significative de carburant en comparaison avec d’autres matières végétales. On peut noter en aparté que la majorité des plantes dont la dégradation a donné le pétrole brut que l’on extrait aujourd’hui du sol était constituée d’algues, c’est un fait scientifique accepté.

Quels sont les prérequis pour la production d’algues ?

Simplement du soleil, de l’eau et du CO2. Nous pouvons cultiver les algues dans un désert, sur la terre, dans des conditions climatiques impropres à l’agriculture. Il y a des millions de kilomètres carrés de désert sur notre planète, et de très grandes quantités d’eau salée proches de terres désertiques, voire à l’intérieur. En somme, nous mettons en place un champ de carburant hors sol.

D’où viendra le CO2 ?

Nous nous alimenterons auprès de centrales électriques thermiques qui brûlent du charbon, de raffineries de pétrole, etc. A titre d’exemple, un champ de 1000 acres (NDLR : 405 hectares) utilise l’intégralité du CO2 émis par une centrale au charbon de 5000 Megawatts. Il existe des procédés de collecte et de liquéfaction du CO2 pour le transport. L’approvisionnement en CO2 reste un challenge, car nous sommes les premiers à en utiliser.

A quels autres défis devez-vous faire face ?

Les challenges sont nombreux. Il faut garantir la protection de la récolte, c’est à dire qu’elle ne soit pas victime de prédateurs tels que des bactéries, qu’elle puisse vivre dans des conditions de PH élevé et de très haute teneur en sel. La récolte doit pouvoir s’effectuer facilement et garantir un certain rendement. Tout cela en environnement extérieur, car sinon on ne pourra produire ni à très grande échelle, ni à faible coût.

corps_sapphirecrude_090324Comment avez-vous identifié les algues adéquates ?

Pour trouver des cultures qui survivent dans des conditions extrêmes, nous avons examiné les caractéristiques de la culture mondiale du maïs, du soja, du riz, de l’orge, du blé, etc. Toutes ces plantes ont été modifiées pour pousser dans des conditions très difficiles, garantir la production chaque année et résister aux menaces naturelles. Si l’on essayait de cultiver ces espèces dans notre jardin, elles ne pousseraient pas. Le même modèle doit s’appliquer aux algues, si l’on ambitionne de devenir un acteur majeur du marché de l’énergie. Nous avons examiné des centaines de souches à partir desquelles nous en avons créées des milliers. Nous avons abouti à plusieurs types d’algues ayant les propriétés et le rendement recherchés, et qui fournissent un produit fini qui remplace les carburants actuels, tel quel.

Qu’entendez-vous par « tel quel » ?

Qui utilise l’infrastructure en place et alimente les mêmes moteurs. Par exemple, le biodiesel nécessite de nouveaux oléoducs, raffineries et moteurs. Rien qu’aux Etats-Unis, de tels changements coûteraient 8 billions de dollars. L’infrastructure est un élément essentiel du marché de l’énergie, certains l’oublient parfois. Or, nous n’avons pas 40 ans devant nous pour résoudre les problèmes du changement climatique et de l’énergie. Ensuite, il faut non seulement viser le carburant pour automobile, mais aussi l’aviation et les poids lourds. Or, le biodiesel ne convient pas aux avions à réaction. Le brut vert doit comporter les mêmes molécules que le pétrole, et pouvoir donner de l’essence, du kérosène et du gazole.

Où en sont les tests en grandeur nature ?

Des essais ont été effectués le 7 janvier 2009  avec Continental Airlines et Japan Airlines, à partir d’un mélange de 50 pourcents de carburant traditionnel et 50 pourcents de notre biocarburant. Cela pour la simple raison que personne sur le marché du brut vert ne dispose pour le moment d’une capacité de production suffisante pour réaliser des tests avec du biocarburant pur.

Quelle capacité de production anticipez-vous ?

Nous avons ouvert un centre de R&D au Nouveau Mexique. La majeure partie de cet état fournit d’excellentes conditions : beaucoup de soleil, l’accès à du CO2, et un environnement désertique. Notre site est en train de monter en puissance pour aboutir à un centre de production d’une capacité de 8000 gallons américains (NDLR : soit environ 190 barils) par jour d’ici 2012. Cela permettra de prouver la viabilité commerciale de notre processus. Ensuite, nous passerons à une capacité de production de 420 000 gallons (NDLR : soit 100 000 barils) par jour. En termes d’investissement en temps et en argent, ce projet est comparable à un voyage sur la lune.

A quel prix pensez-vous pouvoir fixer le baril de « brut vert » ?

A pleine production, nous pensons nous aligner sur les prix du forage en eaux profondes sur les côtes américaines ou européennes, soit entre 60 et 80 dollars le baril.

A quelle échéance Sapphire Energy réalisera-t-elle ses premiers bénéfices ?

Nous pensons être très profitables une fois nos activités déployées à grande échelle, c’est-à-dire entre 2015 et 2020, avec des bénéfices de l’ordre de ceux du forage pétrolier.

Comment envisagez-vous votre expansion à l’international ?

Nous pensons à des zones proches de l’Europe telles que l’Afrique, où nous pouvons avoir accès à du terrain désertique et à de l’eau salée.

Qu’en est-il de la concurrence ?

D’autres travaillent sur le même problème, mais personne ne l’approche de la même façon. Notre principal atout est notre capacité à passer à l’échelon mondial. Il est encore trop tôt pour savoir qui seront nos vrais concurrents. Quoi qu’il en soit, le marché est énorme et il y aura de nombreux gagnants.

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Vos réactions

irisyak | 25.03.09 à 18.44

Chapeau l’artiste. Espérons que ce projet ne sera pas torpillé!

Olivier | 25.03.09 à 19.24

Bonjour,

On est très loins de 60 dollars le baril.

Aujourd’hui le baril d’huile de microalgue est à plus de 1500 dollars dans le cas d’une estimation de production en masse.

Attention aux annonces visant à attirer les investisseurs.

Plus d’infos:
http://www.electron-economy.or.....03660.html

Bertrand | 27.03.09 à 12.08

Dis moi olivier !!! tu bosserais pas pour une multi nationale pétrolière par hasard?? faut arrêter le délire. MDR !!! Ta seule source de référence c’est une analyse scientifique d’un blogeur anonyme… et pourquoi pas 15 000 $ pendant que tu y es.
le bio diesel algual est aujourd’hui l’alternative la plus crédible et la plus prometeuse en matière de substitution au pétrole. Documente toi plus sérieusement STP !!!
La recherche entreprise mondialement consiste aujourd’huin dans la réduction des coûts de production qui restent certes élevés mais pas dans la fourchette que tu indiques ( A titre d’exemple tu payais un écran plasma plus de 35 000 euros il y a encore 5 ans. Aujourd’hui n’importe qui peut en avoir un correct à partir de 600 €: en application de l’équation: amélioration de la technologie +production de masse)
Pour conclure :
Bravo à cette initiative américaine. La concurrence mondiale est intense: Israélien, américains, égyptien, européens, se sont lancés dans cette course. Il est temps peut être que la France s’implique plus fortement !!! Ce qui je crois est déjà fait. En effet, si tu regardes un peu sur le net tu verras qu’Il y a des initiatives menées chez nous aussi…une petite start up à Nantes, une projet également mené à l’île de La Réunion.
Vivement que ma voiture roule au bio carburant (algual, végétal ou autre) et que notre planète puisse enfin respirer !!!

Olivier | 30.03.09 à 07.03

Bertrand a écrit: “Documente-toi plus sérieusement STP !!!”

Réponse:

L’article fait écho d’une étude très sérieuse sur le sujet:

A Sober Look at Biofuels From Algae
http://www.biodieselmagazine.c.....p;page=all

Et le blogueur dont tu parles, c’est moi (www.electron-economy.org).

Enfin, concernant le “documente-toi un petit peu”, je ne prétends pas tout connaître sur les micro-algues, loin de là, mais j’ai un peu réfléchi au sujet et j’ai d’ailleurs publié ces deux articles au contenu dépassé :

http://cat.inist.fr/?aModele=a.....t=16697828 (2005)

http://cat.inist.fr/?aModele=a.....t=18869993 (2007)

Olivier | 30.03.09 à 15.26

” (…) Les recherches sur ces biocarburants de troisième génération sont très prometteuses, mais un litre de biodiesel fabriqué à partir de microalgues coûte encore 10 euros (…)”
http://www.lefigaro.fr/vert/20.....tures-.php

10 euros le litre = 2082 dollars le baril.

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