« Dans l’éco-construction, le plus délicat consiste à inventer une approche globale »
par | 01.04.09

Olivier Legrand, Président de Cotralim.
Eco-quartiers, bâtiments passifs, efficacité énergétique… Le secteur de la construction va voir fleurir les chantiers verts. Devant l’ampleur de la tâche, certains professionnels ont décidé d’unir leurs forces en mutualisant leurs compétences. C’est le cas d’Olivier Legrand (*), Président de Cotralim et co-instigateur du réseau Ecopolis. Ce spécialiste des bâtiments basse consommation livre son éclairage sur les problématiques de la rénovation et de la construction durable dans l’Hexagone.
Cleantech Republic : Depuis plusieurs mois, on parle beaucoup des éco-quartiers, où en sommes-nous ?
Olivier Legrand : Aujourd’hui, si on s’en tient aux discours officiels, il y aurait un éco-quartier dans toutes les villes. Dans les faits, il n’y a aucun vrai éco-quartier au sens de quartier autonome en énergie. Cela dépend d’où on place le curseur. Chaque élu veut son éco-quartier, mais c’est extrêmement difficile, car il y a pléthore de technologies et d’intervenants.
D’où l’idée du réseau Ecopolis ?
A l’origine, nous avons lancé ce projet pour canaliser toutes les forces disponibles sur le marché du bâtiment neuf et de la restauration, avec des équipes complètes : architectes, grandes entreprises, PME, artisans. C’était en 2007. Le principe ? Celui qui intègre le réseau vient l’enrichir avec ses informations. Un peu comme lors des débuts d’internet. Il n’y a pas de logique financière, ni de structure juridique derrière.
Quelle est la principale vocation de ce réseau ?
Le plus important et le plus délicat pour nous consiste à inventer une approche globale en matière de construction durable. D’habitude dans une menuiserie, la R&D n’existe pas. C’est un univers inconnu. Pourtant, dans la rénovation, la culture de recherche doit être primordiale. Nous avons donc mis en place des liens étroits avec des centres de recherche comme l’ENSTIB (Ecole Nationale Supérieure des Technologies et Industries du bois) à Epinal, le FCBA à Bordeaux ou le CODEM (Construction Durable & Eco-Matériaux) de Picardie.
Quel est l’aboutissement de ce travail de recherche ?
Nous venons d’achever il y a trois semaines un premier bâtiment économe en énergie à Compiègne. C’est un ouvrage pédagogique qui n’a pas d’utilité pratique, mais qui permet de montrer comment on construit un bâtiment de ce genre. A Compiègne, on peut voir le squelette du bâtiment. Nous souhaitons montrer aux dirigeants de grands groupes que ce n’est pas si compliqué de bâtir propre.
Le succès de l’éco-construction passerait donc par de la pédagogie ?
Oui, car la méthodologie est différente de celle de la construction traditionnelle. Nous devons mettre l’accent sur la formation des grands dirigeants, des techniciens, des ouvriers et des artisans. Il faut aussi réfléchir à un nouveau mode de fonctionnement, car on ne peut plus travailler sur un chantier avec un patron tout au-dessus et des ouvriers en dessous. Mais surtout, il faut réveiller la concurrence pour savoir si nous sommes capables de travailler et relever ce défi tous ensemble.
Quelles sont les particularités de la rénovation thermique ?

La ouate de cellulose fait partie des isolants écologiques performants.
C’est complètement différent de la logique du « on rase tout et on refait ». Avant de rénover, il faut être certain de bien appréhender le chantier. Cela passe par exemple par un contrôle préalable de la qualité de l’air ou du taux d’humidité. En gros, la chaîne complète d’une rénovation thermique comprend l’analyse du bâtiment, l’évaluation des gains souhaités, la recherche les solutions disponibles, la production des matériaux en local et la vérification des gains réalisés.
Quelles sont les nouveautés dans le domaine ?
En termes de matériaux, il y a actuellement des solutions intéressantes comme la laine de bois, la ouate de cellulose, le coton, le chanvre ou le lin. Sinon le gros secteur en ébullition, c’est celui des colles. Dans la construction de bâtiment passif, l’idéal c’est de ne pas faire de trous. Seulement, les colles d’aujourd’hui posent problème, car leurs états changent avec le temps. Il y a donc de grosses perspectives dans ce domaine. Tout comme pour la question des ouvertures, c’est-à-dire des fenêtres et des portes.
La domotique a-t-elle également un rôle à jouer ?
Oui, d’ailleurs des grands fabricants comme Legrand travaillent sur ce sujet. Nous pourrions imaginer des systèmes qui coupent automatiquement le chauffage lors de l’ouverture d’une fenêtre, ou qui éteignent la lumière si aucune présence humaine n’est détectée. C’est un très gros marché, mais cela n’avance encore pas assez rapidement.
(*) Bio express d’Olivier Legrand
Ancien numéro deux de Novasep (société leader dans la purification de molécules), Olivier Legrand se tourne fin 2006 vers la performance thermique des bâtiments. Il rachète alors la menuiserie Botemo, spécialisée dans la rénovation thermique en région parisienne. Co-instigateur du réseau Ecopolis, il est également président de l’entreprise Cotralim qui travaille sur des bâtiments basse consommation.
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