Animaux symboliques et intrigants, les mammifères marins sont l’objet de toutes les attentions. De multiples réglementations et conventions les protègent des risques qu’ils encourent du fait des activités humaines en mer. Encore faut-il disposer des moyens techniques permettant de les détecter et de les détourner des zones dangereuses. C’est ce que propose Sinay, une jeune entreprise innovante basée sur la côte normande.
Détecter, classifier et localiser les mammifères marins
A l’origine du projet, Yanis Souami, un jeune ingénieur agronome de 26 ans, spécialisé en halieutique. Il propose aux industriels une boîte à outils techniques et scientifiques, vouée à la protection des mammifères marins. Modulable, le système mêle des briques logicielles, électroniques et d’importantes connaissances biologiques et acoustiques. Il permet la détection, l’identification, le comptage, la classification, la localisation, et une certaine interaction avec les mammifères marins afin de les éloigner. « La précision de nos dispositifs matériels et logiciels autorise la classification des populations selon leur comportement, à condition de disposer des référentiels sonores adéquats », explique Yanis Souami. En clair, il serait possible de déterminer si les animaux sont en simple transit, ou si la zone étudiée est une véritable nursery.
Les applications sont pléthoriques. Impossible par exemple de construire une éolienne offshore sans en mesurer a priori l’impact sur la faune sauvage. En cas de présence avérée de mammifères marins, une stratégie d’éloignement doit être mise en œuvre. « Auparavant, les mesures étaient essentiellement visuelles. On effectuait un comptage depuis un bateau sur une courte période. Nous pouvons désormais laisser une bouée de comptage acoustique plusieurs semaines et obtenir ainsi des données bien plus réalistes », ajoute Yanis Souami.
Dans le domaine de la pêche, les « pingers », des répulsifs sonores électroniques destinés à éviter les captures accidentelles, sont obligatoires. Trop spécialisés, ils doivent être placés tous les 100 mètres sur chaque filet. Leur durée de vie est courte, et ils doivent être souvent remplacés, car abîmés, perdus ou à court de batterie. Autre écueil, « ils sont très chers, entre 50 000 et 100 000 euros par bateau et par an », indique Yanis Souami. Sinay propose un « pinger » unique par filet, capable de repousser plusieurs espèces simultanément. « Mais la réglementation est elle vraiment adaptée ? Nous travaillons avec le Comité des pêches de Bretagne afin de mesurer la réalité des captures accidentelles. Contrairement aux idées reçus, les pécheurs y sont très sensibles », explique Yanis Souami.
Les industriels jouent le jeu

Des répulsifs sonores (pingers) traditionnels.
Au-delà de la morale et du respect de la nature, les enjeux économiques pour les industriels sont nombreux. « En Antarctique, les orques dévorent pour un million d’euros de légine (ndlr : un poisson des mers froides à forte valeur commerciale) dans les filets des pêcheurs chaque année, » sourit Yanis Souami.
Autre exemple, la prospection pétrolière en mer. Elle s’effectue à l’aide de canons à air sous-marin, provoquant une onde sonore très puissante dont on observe la propagation dans le sous-sol. Pour des raisons d’image, les pétroliers se sont engagés à stopper la prospection en cas de présence d’un seul mammifère marin dans un rayon de 500 mètres.
Dans le transport maritime, les collisions avec des baleines sont assez fréquentes. Plus de 3,5 millions d’euros ont ainsi été dépensés en réparations depuis 2004 par l’une des compagnies exploitant des navires rapides entre le Japon et la Corée (lire le document de Souffleurs d’écume).
A ces bonnes raisons financières s’ajoutent de fortes contraintes réglementaires, ainsi que la pression de l’opinion publique. Des conditions de marché idéales pour Sinay qui vise en premier lieu l’éolien offshore et la pêche avant de s’attaquer aux militaires, aux compagnies pétrolières et au tourisme. Et cela, dans plusieurs pays dès qu’il aura réalisé sa levée de fonds de 5 millions d’euros…
Fiche d’identité Sinay
- Création : janvier 2008 par Yanis Souami
- Siège : Caen
- Activité : détection acoustique, classification et protection des mammifères marins
- Effectif : 5 personnes (10 à fin 2009)
- Chiffre d’affaires : confidentiel
- Prix : Membre du programme HEC Challenge +
Sur le même thème : acoustique, métrologie













