« Nous estimons le potentiel de décharges exploitables à plusieurs milliers »
par | 15.04.09

Frédéric Pastre - Co-fondateur Bionersis
Fondée en mars 2005 dans le sillage de l’entrée en vigueur du protocole de Kyoto, Bionersis est une PME spécialisée dans la valorisation énergétique du biogaz de décharge. Récemment honorée par le prix de l’impact social et environnemental 2009 de Paris Business Angels, la société française prévoit de nombreux projets d’implantation en 2009. Retour sur cette sucess-story verte en compagnie de Frederic Pastre, co-fondateur de Bionersis.
CTR : Comment résumer simplement l’activité de Bionersis ?
Frédéric Pastre : Nous valorisons du biogaz de décharge en implantant des unités de production sur des sites existants. En quatre années, notre activité n’a pas vraiment changé. Lorsque nous implantons une nouvelle unité, nous commençons par recouvrir la décharge avec de l’argile ou des couvertures synthétiques afin de préserver les ressources tout en assurant le passage de l’eau. Nous creusons ensuite des puits verticaux jusqu’à la zone anaérobie du site. Ces puits sont reliés à un collecteur en surface qui créé un effet d’aspiration. Le gaz est alors refoulé vers des torchères. Le procédé permet de produire de l’énergie par combustion du méthane et de réduire la pollution des déchets.
L’énergie produite par le méthane permet-elle de couvrir l’investissement initial ?
Non. A ses débuts, l’unité repose sur la destruction de biogaz. Un processus qui permet de bénéficier de l’obtention des crédits carbones prévus par Kyoto. C’est ce qui rend notre démarche novatrice. Dans un second temps seulement on rentre dans la production d’énergie par le biogaz. Le système permet donc de limiter les risques car la méthanisation demande beaucoup de frais fixes. Avec les crédits carbones on peut combiner deux sources de revenus pour une même exploitation.
Pourquoi avoir axé votre stratégie sur les pays émergents ?
Dans les pays en développement, la filière de mise en décharge est la plus répandue alors qu’elle tend à décroitre en occident pour des raisons sanitaires et d’efficacité. Pour des pays émergents, des technologies comme l’incinération ne sont pas abordables. Nous choisissons les marchés les plus faciles, ceux dans lesquels le cadre juridique préserve les investissements. Nous n’allons donc pas dans les pays à risques.
N’y a t’il pas un paradoxe à utiliser les ressources du Sud pour les pollueurs du Nord ?
C’est un faux procès. Nous intervenons sur des sites aux passifs environnementaux lourds. Nous venons améliorer la situation. Il ne faut pas confondre le système des crédits carbone CER avec les droits à polluer européens. Le protocole de Kyoto fixe un coût pour polluer, c’est donc un système vertueux. Ce procédé n’est pas un système choquant car grâce à la mutualisation on peut maximiser la dépollution avec le même budget.
Quels sont vos concurrents ?
Dans les appels d’offre, nous sommes souvent en concurrence avec des consortiums réunissant un opérateur local, un cabinet d’ingénieurs et un monteur de dossiers Kyoto. Notre force c’est que nous faisons tout nous même, nous maitrisons le procédé à la perfection et nous pouvons garantir que l’installation sera bien enregistrée auprès des instances de l’ONU.
Et les grands groupes de gestion de déchets ?
Nous les croisons parfois sur certains projets mais ils ciblent avant tout leurs propres décharges, ils ne sont pas intéressés par les prises de riques. A l’exception peur être de Veolia qui est parfois très agressif mais uniquement sur les gros appels d’offre.
Comment se déroule le processus d’enregistrement ?
Cela repose sur une autorisation préalable auprès du secrétariat général de l’UNFCC. Il y a également une vérification initiale lors du lancement de l’exploitation. Nous avons la chance de faire partir des premiers donc on a su s’adapter à la complexification des règles. Aujourd’hui, la réglementation constitue une véritable barrière à l’entrée.
Vous seriez pour une évolution des règles ?
Nous souhaitons une méthodologie plus simple. Les délais pour enregistrer une installation deviennent délirants. En 2007, fallait compter 15 mois entre le début de l’enregistrement et le premier jour d’exploitation. Aujourd’hui, c’est 24 mois. On risque de pénaliser des projets. C’est contraire à l’esprit de Kyoto et cela crée d’énormes problèmes de financement.
Cela ne vous empêche pas de continuer le développement de Bionersis. Quels sont vos relais de croissance ?
Tout ce qui potentiellement génère du méthane peut être un marché potentiel pour nous. Je pense notamment aux déchets agricoles. Mais dans notre secteur, notre premier objectif c’est de faire passer nos sites actuellement en phase 1 au stade de la production énergétique. Nous visons également l’ouverture d’autres unités notamment au Brésil et au Mexique. Nous n’allons par contre pas nous lancer en Chine pour éviter de voir arriver des concurrents chinois débarquer sur ce marché. Nous estimons le potentiel de décharges exploitables à plusieurs milliers.
Bionersis en bref
- Co-fondateurs : Bertand Courcel et Frédéric Pastre
- 40 salariés dont 9 au sein de la SA française
- 7 installations dans le monde (Chili, Cuba, Argentine, Pérou…)
- Une cinquantaine de projets en prévision (40 en Amérique Latine et 10 en Asie)
- Chiffre d’Affaires : 90 000 d’euros (2007), 900 000 d’euros (2008)
- Prévisions Chiffre d’Affaires 2009 : 2 millions d’euros
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