
L’éco-innovation est un nouveau champ industriel prometteur. Au point que d’aucuns la présentent comme le levier – et le symbole – d’une nouvelle économie verte. Encore faut-il être capable d’en mesurer son adoption, et d’évaluer la production de richesse induite tant au niveau de l’entreprise, d’un secteur d’activités, qu’à celui de la nation. Et là, le bât blesse…
Anthony Arundel et René Kemp, deux chercheurs de l’Université des Nations Unies (basé à Maastricht), UNU-MERIT, se sont récemment penchés sur la question. Ils viennent de publier un document de travail, baptisé « Measuring eco-innovation ». Lequel a été rédigé à la demande de la Direction de la science, de la technologie et de l’industrie de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique). Ce travail s’inscrit dans le cadre du projet MEI (Measuring Eco-innovation) fondé par la Commission européenne en 2005.
Les éco-technologies négligées dans les statistiques économiques
Quatre ans donc que les économistes du Vieux Continent s’échinent sur la question… loin d’être réglée. Autant dire que l’établissement d’indicateurs de mesure de l’éco-innovation relève du casse-tête. « Les éco-technologies ont été largement négligées dans les statistiques économiques », dit le rapport. Et les auteurs de dresser un constat qui en dit long sur le chemin qui reste à accomplir : « Nous ne savons que très peu de choses tant sur l’adoption d’innovations qui contribuent à réduire les impacts environnementaux des entreprises, des secteurs industriels, ou des nations, que sur les améliorations obtenus grâce au recours à l’éco-innovation. »
Avant d’arrêter des indicateurs pertinents, il faut commencer par savoir précisément ce que l’on souhaite mesurer. Rien que sur cet aspect, difficile d’aboutir à un consensus : « quand on mesure l’éco-innovation, on doit être clair : mesure-t-on la création d’innovations produits ou l’implémentation de produits, de technologies, de services et de pratiques ? » Autre distinction à prendre en compte : « l’innovation est-elle entièrement nouvelle ou constitue-t-elle une amélioration incrémentale d’un procédé existant ? »
Mais alors, comment aborder cette sacro-sainte mesure l’éco-innovation ? Les deux chercheurs rappellent le cadre posé par le projet MEI. L’éco-innovation peut être analysée selon quatre catégories : les mesures en entrée (dépenses de R&D) ; les mesures intermédiaires en sortie (nombre de brevets, nombre et type de publications) ; les mesures directes en sortie (nombre d’innovations, description de chaque innovation, données sur les ventes de nouveaux produits, etc) ; et enfin, les mesures d’impact indirect (changement dans l’efficacité de consommation de ressources ou dans la productivité).
Une seule méthode d’analyse ne suffit pas
« Une seule méthode de mesure est insuffisante, expliquent les auteurs. Il est préférable d’appliquer plusieurs méthodes d’analyse de l’éco-innovation pour produire une vue globale du problème, et pas seulement qu’une partie. » Ils suggèrent de mettre l’accent plutôt sur la mesure directe de l’innovation en sortie. Et pour cela, ils donnent une piste étonnante – parce qu’elle peut sembler légère : éplucher les annonces de produits éco-innovants diffusées sur les sites internet spécialisés.
« L’innovation peut aussi être évaluée indirectement en tenant compte des améliorations en termes de productivité et de consommation de ressources utiles lors du processus de fabrication : ces deux pistes sont aujourd’hui sous-exploitées et devraient pourtant capter plus d’attention. »
A cet égard, Anthony Arundel et René Kemp notent une avancée positive : l’étude de l’innovation CIS 2008 (Community Innovation Survey) de la Commission européenne introduit trois questions sur l’éco-innovation (voir ci-dessous), qui devrait mener à des résultats plus significatifs quant à la nature des critères de son adoption.
Voir l’éco-innovation comme un moyen de créer de la valeur, et non comme un coût
Enfin, point fondamental : jusqu’ici, les efforts d’évaluation environnementale s’étaient focalisés sur les activités de contrôle et de réduction de la pollution. « La collecte de données et la quête de mesure de l’éco-innovation ne doivent pas se restreindre aux seules solutions du secteur de l’environnement, mais être élargies à toutes les innovations ayant un bénéfice environnemental », professent les deux chercheurs. Doivent être incluses dans le spectre d’analyse les innovations favorisant l’efficacité énergétique, la réduction des gaz à effet de serre, la minimisation du volume des déchets, la réutilisation et le recyclage, l’usage de nouveaux matériaux (basés par exemple sur les nano-technologies) et l’éco-design.
Une telle démarche méthodologique permettra de produire des informations à même à la fois d’établir des benchmarks entre différentes nations, secteurs ou entreprises, de connaître le degré de basculement des pays vers une production plus propre, vers la réduction de leurs déchets. Surtout, cette approche « contribuera à changer les consciences qui résument l’éco-innovation à un coût », conclut les deux chercheurs. L’éco-innovation synonyme de création de valeur : les fondements de l’économie positive sont jetés.
L’introduction d’un module sur l’éco-innovation dans l’étude CIS 2008 de la Commission européenne
Sur le même thème : cleantech















thibault | 25.05.09 à 15.14
ça peut t’interesser!