« La réglementation sur le biogaz et le digestat reste très pénalisante »
par | 14.05.09
Filiale de Fertigaz, Ferti-NRJ est un site de méthanisation basé à Passel près de Compiègne. Ouverte en 2004, la plate-forme pourra à terme traiter annuellement 38 240 tonnes de déchets issus de l’industrie, de la grande distribution ou des collectivités locales. Avec une puissance de 1,4 MW, l’unité fait la fierté d’Eric Delacour, son PDG. Un responsable qui revient pour Cleantech Republic sur la situation et les perspectives de la filière du biogaz dans l’Hexagone. Interview.
Cleantech Republic : Le développement de la méthanisation en France est-il en bonne voie ?
Eric Delacour : Cela reste relativement timide. Notre filière est assez peu connue en France, car nos champions du monde des déchets ne la développent pas. Nous ne sommes pas encore au niveau de certains de nos voisins européens. Il y a une certaine frilosité, et du coup, ce n’est pas évident de monter des projets. D’autant que les processus sont complexes, les porteurs de projets ayant donc besoin d’être accompagnés. Il y a beaucoup d’offres d’études pour la réalisation de projets, mais dans les faits, peu de cabinets ont un vrai savoir faire.
Votre projet a pourtant vu le jour sans encombre…
Oui, mais nous avions la chance d’avoir un partenaire technique (Ndlr : Krieg & Fischer) qui maîtrise parfaitement son sujet. Nous sommes l’un des premiers sites en France à proposer une plate-forme collective des déchets. D’habitude, la méthanisation concerne plutôt des ordures ménagères, des installations industrielles, des fermes ou des stations d’épuration. La difficulté pour nous était d’essuyer les plâtres au niveau administratif. A l’époque, les pouvoirs publics ne connaissaient absolument pas notre technologie. Sans leur jeter la pierre, ils ont pris d’extrêmes précautions avant de nous donner les autorisations.
Les autorités seraient donc responsables de ce retard national ?
Disons que dans les pays où cette technologie s’est développée, la réglementation a évolué pour s’adapter. Ce n’est pas encore le cas en France. C’est en train de se mettre en place, mais cela va prendre du temps. Les délais d’instructions constituent l’un des freins. Quand je dis à mon partenaire allemand qu’il me faut 12 à 18 mois pour avoir mes autorisations, il rigole. Chez eux c’est plutôt trois à six mois. Après, il y a malgré tout une vraie volonté politique de faire évoluer les choses. On se sent entendus. Mais la réglementation reste très pénalisante. Par exemple, le biogaz est toujours considéré comme un produit dangereux. Nous sommes donc contraints de construire de grandes cheminées pour l’évacuation. Et puis surtout, l’absence de statut pour le digestat en tant que produit nous oblige à le composter pour pouvoir le vendre. Ce qui représente un investissement dont on pourrait se passer.
Quels sont alors les leviers publics pour doper la filière ?
Le premier et principal levier, c’est le tarif de rachat de l’électricité. Il y a aussi les aides publiques et les subventions. Mais elles dépendent encore beaucoup trop de la localisation des structures. Par exemple, la Bretagne va être beaucoup plus volontariste que les territoires qui n’ont pas de problèmes organiques. L’aide est trop variable selon les projets. Une unité bien pensée peut être tout à fait rentable si elle bénéficie d’un soutien public.
Le potentiel pour la méthanisation en France est-il important ?
Oui. Le gisement est même estimé comme légèrement supérieur à celui de l’Allemagne. C’est logique, car la France a une agriculture forte, parmi les plus importantes en Europe. Il y a une matière organique considérable à exploiter. Seulement la France a fait des choix différents de l’Allemagne. Là-bas, les tarifs de rachat de l’électricité sont très supérieurs, de l’ordre de 1,5 fois. Néanmoins, on ne peut pas non plus « copier-coller » les modèles allemands ou danois en France, ce n’est pas le même contexte.
Restez-vous optimiste pour l’avenir de votre filière ?
Bien sûr, car l’idée de croissante verte est désormais présente dans l’esprit de nombres de décideurs politiques. La méthanisation répond bien à cette demande. Mais il faudra du temps pour rendre cette filière mature. Il n’y aura pas 150 unités dans trois ans en France. Ce qu’il faut, c’est s’inspirer des savoir-faire étrangers et travailler sur une meilleure valorisation du biogaz. L’avenir c’est aussi d’imaginer pouvoir injecter le biogaz directement dans le réseau. On pourrait alors substituer une partie du gaz naturel par le produit de la méthanisation. Cela serait une option intéressante pour le développement de la méthanisation et cela ne nécessiterait pas forcément un investissement énorme. Il reste des problèmes techniques à régler, mais cela promet un bel avenir pour notre filière.

Le site de méthanisation Ferti-NRJ à Passel
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Gimilio Raymond | 15.05.09 à 18.00
Courage, c’est la bonne voie même si certains voient trop gros et se plantent comme à Montpellier.