« Les partisans du photovoltaïque à couche mince sont d’un optimisme irréaliste »
par | 18.05.09

Andy Skumanich, fondateur de SolarVision Consulting : « Les systèmes photovoltaïques à base de wafer évoluent suffisamment vite pour conserver leurs 90% de parts de marché, au fur et à mesure que celui-ci croît ».
Titulaire d’un doctorat en physique de l’université de Berkeley en Californie, Andy Skumanich a passé l’essentiel de sa carrière chez des fabricants de composants électroniques, en particulier la division solaire d’Applied Materials. Il a ensuite créé SolarVision Consulting, sa propre société de conseil spécialisée dans les technologies et les marchés du solaire. Il estime que le discours de nombreux spécialistes du photovoltaïque a tendance à simplifier les choses à outrance. Il met les points sur les « i » dans cet entretien accordé à Cleantech Republic.
Cleantech Republic : A quoi ressemble la mappemonde du marché photovoltaïque ?
Andy Skumanich : C’est encore un marché qui a besoin d’être poussé, d’où les subventions d’état actuellement en vigueur dans un certain nombre de pays. C’est la raison pour laquelle l’Allemagne, qui ne fait pourtant pas partie des pays qui bénéficient du meilleur ensoleillement, détient au moins 60% du marché mondial. Viennent ensuite l’Espagne, les Etats-Unis, puis l’Italie et d’autres pays dont la France. L’Europe est clairement en tête. En Asie, la demande n’est pas très marquée malgré une offre significative. L’Amérique du Nord mérite qu’on lui prête attention, en raison de la reconnaissance plus récente de l’importance des énergies renouvelables. Les tendances technologiques, elles, sont globales.
Quelles sont ces principales tendances technologiques ?
Aujourd’hui, 90% du marché, tant au niveau de la base installée que de la demande, concerne les produits à base de wafer (ndlr : galette de silicium) de silicone cristallin (c-SI). Peu chères à produire, les technologies à couche mince, comme celles à base de silicone amorphe (a-SI), de CdTe (Cadmium Telluride) ou de CIGS (Copper Indium Gallium Selenide), ne représentent que les 10% restants.
Comparativement, les wafers sont plus coûteux, mais sont aussi plus performants en termes d’efficacité de conversion d’énergie solaire en électricité. Ainsi, les systèmes c-SI affichent un rendement de l’ordre de 15 à 20%, quand celle des systèmes CIGS se situe autour de 10% et celle des systèmes a-SI, entre 5 et 8%. Si de nombreuses sociétés se positionnent dans ce domaine des couches minces, c’est qu’elles pensent réussir à augmenter l’efficacité de conversion de leurs systèmes tout en conservant de faibles coûts, et gagner ainsi des parts de marché.
La clé du succès est-elle aussi simple ?
Non. Les partisans des couches minces veulent surtout entretenir l’idée que leurs coûts de production sont très bas pour attirer les investisseurs. D’abord, le coût de production des systèmes à base de wafers baisse aussi – et cela, il est rare de l’entendre – ce qui signifie que l’avantage des systèmes à couche mince à ce niveau va être de moins en moins significatif. Ensuite, d’autres éléments entrent en jeu. Ceux qui pensent pouvoir augmenter l’efficacité des couches minces de 30% sont très optimistes.
Autre élément à considérer, la taille des panneaux : à puissance égale, un système a-SI couvrira une surface deux fois plus importante qu’un système CIGS, qui lui-même sera deux fois plus grand qu’un système c-SI. Une partie de la clientèle sera sûrement prête à payer un peu plus cher pour des systèmes photovoltaïques plus petits. Et pour en revenir aux coûts de production : les chiffres mis en avant par les fabricants sont généralement ceux d’une hypothèse de fonctionnement à pleine production. Or, si tous produisent à pleine capacité, l’offre sera deux fois supérieure à la demande. Donc, les estimations de coûts de production sont elles aussi optimistes.
Comment voyez-vous évoluer des coûts de production ?
Le c-SI revient actuellement à environ 2,50 dollars le watt, et devrait descendre à 1,50 dollar en 2010, puis à 1,25 $ en 2015. Le CIGS et le a-SI coûtent aujourd’hui 1.50 $ le watt, et devraient atteindre la barre des 1 $ d’ici 2015.
Que pensez-vous des attentes liées à généralisation de la parité réseau ?
L’idée derrière la parité réseau, qui est au centre de nombreuses discussions, est de dire que dès que le coût de l’électricité photovoltaïque aura diminué au point de rejoindre le prix de celle issue du réseau électrique, la demande explosera. Le marché sera tiré par la demande, et n’aura ainsi plus besoin d’être poussé par les subventions. Mais ce raisonnement est bien trop simpliste. Le prix de l’électricité varie actuellement de manière significative, selon le niveau de consommation : un gros consommateur paie le kWh bien plus cher. Et surtout, lorsque l’on compare simplement le coût du kWh, on ne tient pas compte du fait que dans le cas d’énergie solaire, il faut réaliser un investissement très important en amont. Ainsi, la comparaison est complètement artificielle.
Qu’est-ce qui aurait plus de sens, alors ?
Une fois que les technologies de stockage, donc les batteries, auront suffisamment évolué et coûteront moins cher, on pourrait par exemple baser les calculs sur le coût combiné de génération et de stockage d’électricité d’un système photovoltaïque. Le moyen le plus simple, qui reste assez artificiel, consiste à prendre une estimation du coût du système photovoltaïque, divisée par le nombre d’heures d’ensoleillement, sur une durée de vie de 20 ans. Et encore, il faudrait savoir dans quelle mesure la puissance émise restera stable au fil des années, et penser à tout un tas de petits détails susceptibles d’avoir une influence sur le coût réel, comme par exemple la fréquence et le mode de nettoyage des panneaux pour éviter qu’ils ne soient couverts de poussière, etc.
Et comment contourner le problème de l’investissement initial ?
Certaines sociétés vendent de l’électricité photovoltaïque au travers de contrats appelés PPA (Power Purchase Agreements). Elles se chargent de l’installation et de la maintenance des panneaux, dont elles restent propriétaires, et louent l’espace des toits à titre gratuit. C’est une activité complexe, car il est difficile d’anticiper le marché et de réaliser des profits sur le long terme, tout en assumant les risques associés aux coûts fixes. Certaines sociétés se sont néanmoins spécialisées dans ces activités. Aux Etats-Unis, c’est par exemple le cas de Renewable Ventures (ndlr : devenue depuis peu une filiale de l’Espagnol Fotowatio) et de SunEdison.
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Claude | 18.05.09 à 17.39
Et pourtant la technique Cd Te de chez First Solar est déjà à 0,93 dollar le watt en ce 1er semestre 2009 après avoir passé sous le dollar , exactement à 0,98 dollar le watt fin 2008 .
Et pourtant en cette année 2009 First Solar qui voit ses ventes exploser , va à ce rythme atteindre 20 % du marché mondial . C’est à dire 1 GW de production sur les 5 GW prévus cette année au niveau mondial .
Comme quoi il faut suivre au plus près les évolutions très rapides de la filière , au risque de donner des informations périmées même si elles ne sont pas très anciennes .
Le site de First Solar est en accès libre , ainsi que son dernier rapport trimestriel 2009 .
Cordialement .