
Connaissez-vous la zostère ? Cette algue, présente sur tous les continents, recouvre fréquemment certaines plages françaises. Au point parfois de gêner les promeneurs. Les municipalités touchées devaient jusqu’à présent ramasser cette herbe marine et l’envoyer en décharge. Elles pourront désormais faire appel à Algieplus, une jeune pousse bretonne, qui se propose de collecter et surtout de valoriser l’envahissante zostère en substrat pour les cultures hors-sol.
Philippe et Bruno Jacob, deux frères, ont créé Algieplus en 2007, après avoir participé à un programme de recherche sur le bioplastique à base d’algues (crédit photo Abiven-Sy.M.E.L.). Ils découvrirent à cette occasion les qualités physiques et phytosanitaires de la zostère, idéale pour se substituer aux substrats classiques utilisés par les maraîchers et les horticulteurs. Néanmoins, si l’application était trouvée, restait à dénicher la matière première…
Une collecte plus efficace
« Le ramassage des échouages, c’est à dire les algues mortes échouées sur la plage, est effectué par les services municipaux à l’aide d’un simple bulldozer. Mais il contient 80% de sable ! A 70 euros minimum la tonne, la facture de la mise en décharge est salée », explique Philippe Jacob. On comprend mieux pourquoi certaines communes préfèrent enfouir discrètement les échouages, en toute illégalité.
Algieplus a donc mis au point un procédé de séparation du sable et des algues. Les 3 à 5% de déchets (bouteilles, papiers, etc) étant également récupérés. Techniquement, il s’agit simplement de passer le mélange sable-algues dans un trommel, c’est à dire un tamis rotatif. Ce long cylindre percé tourne en laissant passer le sable, les algues étant récupérées à son extrémité.
« Non seulement, la plage est propre mais en plus, la commune récupère son sable », ajoute Philippe Jacob. En effet, le sable collecté avec les échouages pouvant se compter en milliers de tonnes, certaines collectivités territoriales sont contraintes d’en acheter chaque année pour rencaisser leurs plages. Un comble.
Algieplus facture ce criblage entre 20 et 30 euros la tonne de mélange traité, en fonction de sa qualité (notamment selon la quantité de déchets ménagers). Au final, les coûts pour la municipalité sont, a minima, divisés par deux. Coté marché, Philippe Jacob estime la quantité annuelle de zostère échouée chaque année en France à 20 000 tonnes, dont 8000 tonnes sont exploitables. Son ambition : « Nous visons 100% du volume exploitable ! ». Il faut dire qu’avec le bassin d’Arcachon, son premier client, il est déjà à 50% !
Un substrat écolo pour le maraîchage
La saisonnalité des échouages, avec un pic mi-août, ne pose pas de problème. « La zostère est facilement stockable à l’air libre. Elle est imputrescible et ne contient pas de micro-organismes parasites », précise Philippe Jacob. Ces caractéristiques sont d’ailleurs justement les plus utiles pour les cultivateurs hors sols. Ces derniers utilisent des pains de substrat généralement composés de fibres de coco ou de laine de roche. Des produits dont les éco-bilans sont pour le moins discutables.
La transformation de la zostère en pains de culture résulte essentiellement d’une compression suivie d’un conditionnement dans une gaine de plastique recyclé et recyclable. Chaque pain, mesurant 1m de longueur sur 20 cm de largeur et 7,5 cm de hauteur, est vendu entre 1,5 et 2 € HT. Les pains de culture d’Algieplus, dont les prix sont similaires à ceux de ses concurrents, devraient rencontrer le succès, d’autant plus qu’à l’inverse des autres substrats, ils bénéficient d’une deuxième vie comme amendement organique pour les cultures en plein sol.
Algieplus espère gagner à cinq ans 15% du marché européen des pains de culture, estimé à 500 millions d’euros annuels. « Nous allons aussi proposer des plaques de substrat destinées à la création de toitures végétales beaucoup plus légère qu’avec de la terre », conclut Philippe Jacob.
La première unité de production, dans laquelle Algieplus a investi 300 000 euros, ouvrira ses portes durant l’été 2009 sur le bassin d’Arcachon. Plusieurs projets sont en cours à l’international, notamment au Québec et en Mauritanie.
Pour assurer leur développement, les frères Jacob, qui disposent de leur propre laboratoire de recherche, travaillent activement sur l’extraction de « principes actifs » à partir d’algues. L’objectif ? Créer des produits phytosanitaires stimulant les défenses naturelles des cultures et améliorant certaines de leurs fonctions naturelles. Une alternative aux OGM ?
Ramasser les échouages d’algues ou les laisser sur place ?
Débats houleux et sans fin dans les conseils municipaux et les réunions publiques. Les maires concernés préfèrent généralement ramasser un maximum d’échouages pour d’évidentes raisons touristiques. De plus, la trop forte présence d’algues mortes peut provoquer l’eutrophisation de l’éco-système, c’est à dire un apport exagéré de substances nutritives conduisant à la prolifération des algues.De leur coté, des associations écologistes misent plutôt sur une auto-régulation et s’opposent à la collecte. L’Ile d’Oléron a ainsi décidé de laisser les échouages tout en aménageant des couloirs d’accès à l’eau. Une importante communication in situ permettant d’expliquer ce choix.
« La solution est généralement intermédiaire. Nous laissons à chaque commune le choix de sa politique en la matière. Cela n’est pas notre rôle de conseiller les collectivités territoriales, des organismes publiques le font très bien », indique prudemment Philippe Jacob.
Fiche d’identité de Algieplus
- Création : 2007 par Philippe et Bruno Jacob
- Activité : collecte et valorisation d’échouages d’algues ; première unité de production à Arcachon
- Effectif : 5 personnes, dont 2 docteurs en biologie
- Chiffre d’affaires : 300 000 € en 2009.
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Agropark Climat Assoc | 21.05.09 à 10.48
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