
A la fin des années 90, l’association américano-canadienne des fabricants de panneaux de particules (Structural Board Association), affirmait que les dégagements de formaldéhyde des panneaux de bois étaient « négligeables ou nuls ». Le méthanal, son autre nom, a depuis été classé dans les « cancérogènes certains » par l’OMS. Les fabricants ont donc du s’adapter et proposent désormais des panneaux plus sains.
Bien pratique mais dangereux
Mais à quoi peut donc servir ce composé organique (CH2O) ? Il entre dans la composition de beaucoup de résines thermodurcissantes. C’est pourquoi on en trouve en grande quantité dans les panneaux de particules de bois, dont les morceaux sont liés par des polymères. Ces résines engloutissent la moitié du méthanal commercialisé, le reste étant utilisé dans la fabrication de toutes sortes de produits. Un véritable inventaire à la Prévert : tapis, explosifs, peintures, mousses, vernis, désinfectants vétérinaires, solutions d’embaumement et de conservation (le formol), cosmétiques et même plus inquiétant… pâtes dentaires professionnelles. On le trouve également à l’état naturel car les organismes vivants, corps humain compris, en produisent en très petites quantités.
Le formaldéhyde n’est donc pas une nouveauté (il fut découvert au 19ème siècle) et nous rends bien des services. Problème. Sous certaines formes, il reste volatile et s’échappe en quantités non négligeables. C’est justement le cas des panneaux de particules, largement utilisés dans le bâtiment, notamment pour les constructions à ossature bois ou dans l’ameublement. Hors, une inhalation aigue ou chronique peut provoquer des maux de tête, de la conjonctivite et des difficultés respiratoires. Enfin, il est classé groupe 1, c’est à dire « cancérogène certain pour l’homme » (essentiellement nasopharynx) depuis 2004 par le Centre international de recherche sur le cancer. De quoi être motivé pour aérer sa chambre, même en hiver !

Panneaux MDF
La France bonne élève
« Tous les panneaux produits en France sont conformes à la norme E1 » rassure Dominique Coutrot, Délégué Général de l’UIPP (Union des Industries de Panneaux de Process). Cette norme impose une émission maximum de formaldéhyde de 0,124 mg/m3. « Les fabricants Français sont déjà à la moitié du maximum autorisé. Notre industrie a d’ailleurs divisé ce taux par dix en trente ans. Et cela n’est pas fini ! » ajoute Dominique COUTROT.
Effectivement. KronoFrance, le leader absolu sur le territoire français a lancé un OSB (Oriented Strand Board) « formol free » mystérieusement dénommé « Kronoply F**** » et vendu 10% plus cher que son homologue formolé. Plus récemment, le Canadien Norbord, un des leader mondiaux, et qui détient plus de 10% du marché Français des panneaux OSB, a lancé un panneau sans formaldéhyde ajouté. « Le SterlingOSB Zero ne contient que 0,15% de formaldéhyde en masse. C’est à dire uniquement le taux naturel du bois » se félicite Koen Van Wezemael, Directeur Commercial France de Norbord.

Panneaux OSB
Une évolution limitée par les matières premières
« Nous sommes les seul à avoir basculé la totalité de notre production OSB vers des panneaux sans formaldéhyde » ajoute Koen Van Wezemael.
Un vrai pari stratégique et marketing car la production des ces panneaux vertueux n’a pas que des avantages. « Les coûts de fabrication sont plus élevés car les process sont plus complexes et les résines alternatives plus onéreuses. De plus, la production est plus dangereuse pour le personnel » dévoile Koen Van Wezemael.
En effet, il faut bien trouver un remplaçant au méthanal, capable a minima de conserver les propriétés techniques du produit. « Nous travaillons en fait sur deux axes, précise Dominique Coutrot, Tout d’abord, la formulation des résines contenant du formaldéhyde pour en diminuer encore la proportion. Et simultanément, nous cherchons des produits de substitutions ». Le FCBA (Institut Technologique Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement) plancherait ainsi depuis plusieurs années sur la valorisation des liqueurs noires de papeterie comme liant pour les panneaux.
Malheureusement, il faudra probablement se contenter des panneaux actuels pendant quelques temps car les industriels sont pris entre plusieurs feux. Bien conscient de leur intérêt à proposer des produits non polluants, ils subissent une augmentation des prix des déchets de la filière bois, dont la valorisation intéresse de plus en plus de monde, notamment les fabricants de pellets. Quant aux résines alternatives, « elles ne sont pas produites en quantité suffisante pour permettre un basculement du marché » conclu Dominique Coutrot.
Le marché des panneaux de bois en France :
Moins d’une quinzaine de fabricants se partagent les 6 millions de mètres cube vendus en France chaque année pour un chiffre d’affaire global d’1,2 Milliards d’Euros.
On dénombre trois principaux types de panneaux agglomérés :
- le panneau de particules, communément appelé « agglo », est le plus vendu en France.
- le MDF (Medium Density Fiber), plus simplement « Medium », très utilisé dans l’ameublement et par les bricoleurs.
- l’OSB (Oriented Strand Board), reconnaissable à ses morceaux de bois visibles, essentiellement utilisé dans la construction à ossature bois. Peu présent en France (300 0000 m3/an)
Les trois leaders sur le marché français sont :
- KronoFrance (panneau de particules, OSB)
- Isoroy (panneau de particules, MDF, OSB)
- Egger (panneau de particules)
A savoir : Tous les panneaux vendus en France, doivent être marqué « CE » et indiquer la classe de formaldéhyde (E1 ou E2).
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