
Souvent méconnus et injustement boudés, les réseaux urbains de chaleur reviennent au goût du jour. En effet, le ministre de l’Ecologie a présenté la semaine dernière sa feuille de route pour les infrastructures énergétiques de la France, issue du Grenelle Environnement. Cette « roadmap » fait la part belle à la production de chaleur et prévoit, a minima, le doublement des logements raccordés à un réseau collectif de chaleur.
Quatre à huit millions de logements raccordés en 2020
L’objectif est très clair : le nombre des logements raccordés aux réseaux collectifs de chaleur, appelés aussi chauffages urbains, devra doubler, voire tripler ou même quadrupler en fonction de l’évolution des performances des énergies renouvelables.
A l’heure actuelle, deux millions de logements bénéficient de cette distribution de chaleur délocalisée. Plus précisément, deux millions équivalent logements, l’unité de mesure conventionnelle utilisée par la filière, car un même réseau dessert indifféremment des habitations, des bureaux, mais aussi des bâtiments publics. En 2007 (dernières statistiques disponibles), la métropole comptait 400 réseaux de plus de 3,5 kW, répartis dans 250 villes. La puissance totale cumulée atteignait 18 000 MW et la production annuelle dépassait 26 000 GWh, distribuée aux deux tiers dans l’habitat (dont 75% de logements sociaux), le reste étant utilisé par le tertiaire, principalement des écoles et des hôpitaux.
Bon point, le tiers de la puissance produite par ces réseaux provient déjà d’énergies renouvelables ou de récupération, généralement via l’utilisation de la chaleur dite « fatale » des incinérateurs d’ordures ménagères. Ce qui fait du chauffage urbain le premier opérateur d’énergie renouvelable en France, même sans tenir compte de la cinquantaine de petits réseaux (moins de 3,5 kW) qui exploitent généralement de la biomasse.
1 milliard d’euros pour la production de chaleur
La FG3E (Fédération Française des Entreprises Gestionnaires de Services aux Equipements, à l’Energie, et à l’Environnement) se frotte les mains. Même si la feuille de route ne mentionne pas précisément l’allocation financière en faveur des réseaux de chaleur, ces derniers profiteront du « fonds chaleur renouvelable », doté d’un milliard d’euros pour la période 2009 – 2011. Un très gros matelas confié aux bons soins de l’Ademe, avec des objectifs ambitieux : « développer très fortement, à partir de sources renouvelables comme la biomasse, la géothermie, le solaire, la production de chaleur dans le tertiaire, l’industrie et l’agriculture, et d’améliorer et diversifier les sources de chauffage dans l’habitat collectif ». Les gestionnaires des réseaux de chauffage urbain bénéficieront également de plusieurs dispositions fiscales et réglementaires (TVA réduite, prolongation des durées de concession…).
« Nous sommes satisfaits de constater que la pertinence du chauffage urbain est reconnue » se félicite Isabelle Guédra, Secrétaire Général du Syndicat National du Chauffage Urbain et de la Climatisation Urbaine (SNCU, membre de la FG3E). Et d’ajouter : « nos membres attendent avec impatience l’assouplissement du classement des réseaux de chaleur. » On les comprend : ce « classement », concernant les réseaux dont au moins 50% de la production provient d’énergies renouvelables ou de récupération, s’accompagne d’une obligation de raccordement, sauf à démontrer une alternative plus écologique.
Les fournisseurs de chaleur souffrent d’une piètre image auprès de leurs clients
Les opérateurs pourront-il suivre techniquement ? « L’objectif du gouvernement nous semble atteignable. Mais à la condition que les distorsions de concurrence qui persistent actuellement disparaissent. Nous ne demandons pas de traitement de faveur, mais l’égalité des chances », plaide Isabelle Guédra. En ligne de mire, des incohérences administratives, comme l’impossibilité pour les usagers d’accéder au tarif social du gaz si leur résidence est raccordée à un chauffage urbain…. même si ce dernier utilise lui-même une chaudière à gaz.
Restera à convaincre les copropriétés, les offices HLM et les gestionnaires de bâtiments publics de se raccorder. Pas toujours évident, même si cette solution est souvent la plus économique. Le rapport Prévot (2006) pointait en effet la piètre image des fournisseurs de chaleur auprès de leurs clients. Principaux reproches : une facturation incompréhensible et des engagements contractuels trop longs. « La profession a pris en compte toutes ces critiques. Nous avons énormément travaillé sur la transparence et sur la communication. Notamment, en instaurant avec l’Institut de la Gestion Déléguée, des indicateurs de suivi des réseaux, incluant bien sûr la qualité et le service après vente, conclut Isabelle Guédra. Nous avons également participé à la rédaction un guide de l’usager qui sera diffusé à la fin du mois de juin, très didactique et destiné au grand public. Il faut comprendre que les réseaux de chaleur nécessitent des investissement très importants, d’où la durée des contrats, et renferment une très haute technicité. C’est un métier compliqué… et il le restera. »
Le plus gros réseau de chaleur français à Paris
Selon la FG3E, Paris accueille le plus vaste et le plus puissant réseau de chaleur en France : 25 % des habitations parisiennes, 960 km de conduites (450 km au départ des chaufferies et 410 km de retour), distribuant près de 6 millions de MWh (6 TWh), produits pour moitié par les usines d’incinération, et le reste par les chaufferies conventionnelles de CPCU (Compagnie Parisienne du Chauffage Urbain). C’est le seul réseau français où la chaleur est transportée sous forme de vapeur.
La feuille de route des infrastructures énergétiques en bref
- « Facteur 4 » : division par quatre des émissions de gaz à effet de serre entre 1990 et 2050.
- Croissance de 50% de l’énergie produite à partir de sources renouvelables d’ici 2012, et de 120% d’ici 2020.
- Déclassement de plus de la moitié des centrales à charbon d’ici 2015 et remplacement par des centrales à gaz.
- Accélération des investissements dans le domaine du transport et du stockage du gaz. Création de terminaux méthaniers.
- Confirmation d’un deuxième réacteur EPR (Penly)
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Voisin | 8.06.09 à 15.30
“Le guide de l’usager du chauffage urbain” sera diffusé dès cet été . c’est une co-édition ADEME / VIASEVA