Pomper l’électricité solaire africaine vers l’Europe ? Non merci.
par | 19.06.09

Il y a beaucoup de bruit dans la presse ces jours-ci à propos d’un projet à 400 milliards d’euros visant à alimenter l’Allemagne (voire une partie de l’Europe) avec de l’électricité solaire nord-africaine : DESERTEC.
Les articles sur le sujet ne sont pas vraiment clairs sur ce point : à ce stade, pas un seul centime n’a été récolté pour ce projet et aucune entreprise n’investira sans tarif de rachat garanti. En Espagne, le tarif de rachat du solaire thermodynamique est à 27 centimes d’euro le kWh, ce qui a attiré les investisseurs. Rappelons que le coût de production du kWh hydroélectrique est à 3 centimes, celui du nucléaire à 5,5 centimes, celui de l’éolien entre 6 et 7 centimes (y compris offshore peu profond), celui de l’énergie des vagues (technologie type CETO) entre 8 et 10 centimes.
En 2007, le concept DESERTEC (”Clean power from deserts”) proposé par la TREC (branche allemande du Club de Rome) m’a beaucoup séduit. Savoir qu’un pour cent de la surface du Sahara en centrale solaire suffit pour répondre à la totalité de la demande électrique mondiale a un côté rassurant et enthousiasmant. D’autant que solaire à concentration a aussi un côté un peu magique, la concentration des rayons solaires, c’est vraiment très beau. C’est même aveuglant. J’ai alors rejoint la branche anglaise du réseau, TREC-UK, branche très active. J’ai aussi contacté mi-2007 plusieurs députés et sénateurs français pour leur faire part du concept DESERTEC. Puis, via mon blog Objectif Terre, plusieurs personnes m’ont contacté et m’indiquaient regretter l’absence d’antenne TREC/DESERTEC en France. Depuis le Mexique où je réside, j’ai donc décidé début 2008, après en avoir discuté avec M. Knies (le père du concept DESERTEC), de fonder une antenne en France, baptisée TREC-France. J’ai lancé un appel depuis ObjectifTerre. Une soixantaine de personnes ont rejoint le réseau TREC-France : ingénieurs, chercheurs (CNRS, CEA, BRGM etc.), chefs d’entreprise, responsables stratégiques pour de grands groupes industriels, spécialistes du milieu bancaire, journalistes, enseignants, etc.
Juillet 2008, ayant approfondi personnellement la réflexion à propos du projet DESERTEC, un certain nombre de points me posaient problèmes. Je contacte alors M. Knies pour lui faire part de ces points. J’indique notamment à M. Knies que 594 millions d’africains n’ont pas accès à l’électricité, dont 47 millions en Afrique du nord et je propose que soit mise en place une clause visant à ce que l’électricité produite par les centrales solaires nord-africaines alimente en priorité les Africains, au lieu de partir vers l’Europe. J’indique à M. Knies (et également aux coordinateurs des branches TREC-UK et TREC-Pays-Bas) qu’il faut prendre garde à ce que le projet DESERTEC ne soit pas perçu comme un projet néo-colonialiste par les populations africaines. M. Knies me répond “Il faut laisser faire le marché”. Je lui répond : “Si on laisse faire le marché, il est évident que toute l’électricité solaire partira vers l’Europe car les Africains n’ont pas les moyens d’acheter le kWh à plus de 20 centimes d’euros.” Je lui indique qu’à mon avis, un problème d’ordre éthique se pose. M. Knies ne tient pas compte de mes propositions et je décide donc, en toute logique et en bons termes avec M. Knies, de quitter le réseau TREC-France que j’avais fondé (ceci tout en poursuivant les échanges réguliers d’informations et de réflexions avec les membres du réseau international TREC, notamment avec ceux des antennes hollandaise, anglaise, allemande et indienne) laissant le soin à ceux qui voulaient continuer l’aventure TREC-France de prendre la relève (personne n’a pris la relève depuis). M. Knies m’a dit regretter ce changement de position de ma part, mais il était hors de question pour moi de soutenir un projet qui vise à alimenter avec de l’électricité africaine les Européens, ceci alors que les 3/4 des Africains n’ont pas accès à l’électricité. Un système d’aide directe (aides de l’UE, des USA etc.) et bénéficiant en premier lieu aux plus pauvres me semble de loin préférable (du type de l’initiative Energizing Africa proposée par Jean-Louis Borloo, voir plus bas).
J’ai alors créé un autre réseau de réflexion indépendant, Repower-Europe (inspiré de l’initiative Repower America et de Clean Energy 2030). Plus de la moitié des membres de l’ex-réseau TREC-France (les membres les plus actifs) ont rejoint ce nouveau réseau. Nous avons notamment entamé, au sein de ce réseau, une réflexion sur l’énergie à l’échelle de l’Union africaine, en mettant l’accent sur les projets décentralisés (micro-éolien, micro-CSP, géothermie, microhydraulique au fil de l’eau etc.) pouvant bénéficier aux populations les plus vulnérables aux conséquences du réchauffement climatique (notamment en Afrique sub-saharienne).
Je continue, depuis juillet 2008 et à ma petite échelle, à faire pression pour que le projet DESERTEC englobe toute l’Union africaine et fixe comme priorité l’alimentation en électricité des populations les plus pauvres.
Quelques réflexions additionnelles :
- L’Europe n’a pas besoin d’importer de l’électricité d’Afrique du nord :
Un parc éolien équivalent au tiers de la surface de la mer Baltique est suffisant pour répondre à la totalité de la demande électrique européenne (sans parler de la mer du Nord, de la Manche, de la façade Atlantique et de la Méditerranée). Et sans parler non plus de la géothermie, des énergies de la mer, du photovoltaïque et du solaire thermodynamique sud-européen).
- La France a proposé une initiative à mon sens très pertinente pour l’Afrique : Energizing Africa :
“Faisons enfin le geste le plus évident, organisons l’autonomie en énergie renouvelable de l’Afrique. Moins d’un quart des Africains ont accès à l’énergie, cela a des conséquences catastrophiques en matière de déforestation (…)” a souligné Jean-Louis Borloo, ajoutant qu’une décision concrète pourrait intervenir au cours du sommet mondial sur le climat de Copenhague en décembre. Selon le ministre français, un tel plan devrait coûter entre 300 et 400 milliards de dollars sur 20 ans (…)” - AFP . Cette initiative française sera présentée au sommet de Copenhage (COP15) en décembre. Elle mérite à mon sens d’être largement soutenue.
- L’analyse de l’association Eurosolar :
Desertec : Pourquoi aller chercher loin quand on a ce qu’il faut à la maison ?
Bio express de l’auteur
Animateur du blog Objectif Terre, Olivier Daniélo dissèque avec passion l’univers des technologies durables.
Bio express de l’auteur














Olivier | 19.06.09 à 23.52
C’est une suprise de découvrir mon article ici.
Merci à la rédaction de CleanTechRepublic d’en faire écho : )