Eco-construction : « Nous axons notre travail sur une approche ultra-locale »
par | 09.07.09
L’habitat éco-responsable n’est pas un luxe réservé aux grands centres urbains. Si on parle beaucoup des tours et autres immeubles à énergie positive, d’autres projets naissent aussi dans ce domaine loin des villes. La preuve avec l’accord de coopération signé entre l’Ecole Nationale Supérieure d’Architecture de Grenoble (ENSAG) et le Conseil Général de Saône et Loire (CG71). Une collaboration qui vise à inventer dans les prochaines années un type d’habitat éco-responsable adapté au contexte bourguignon. Entretien avec Mathilde Chamodot, l’un des deux architectes doctorants de l’ENSAG à mener des recherches dans le cadre de ce partenariat.
Cleantech Republic : En quoi cette démarche d’éco-construction menée en Saône-et-Loire diffère-t-elle des autres expériences du même genre ?
Mathilde Chamodot : Notre spécificité consiste à travailler sur une approche ultra-locale. Cela concerne donc les entreprises, les professionnels, mais aussi les matériaux. L’idée n’est pas d’entreprendre un projet venu de l’extérieur, mais de travailler tous ensemble sur de nouvelles solutions d’habitat grand public et durable. Ainsi, nous avons réuni l’ensemble des spécialistes locaux de la construction dans un club d’entreprises sur l’habitat durable. Ils semblent tous intéressés même s’ils attendent de voir comment cela va se traduire dans les faits.

Quels sont vos objectifs ?
Nous pensons qu’il y a un vrai potentiel pour le développement de l’habitat durable et social en Saône-et-Loire. Pour cela, nous souhaitons mieux connaître la réalité du bâtiment dans le département en cherchant notamment à détecter les éventuels freins à la construction durable.
Où en est ce programme de recherche aujourd’hui ?
Nous avons débuté avec la filière bois. Nous présenterons d’ailleurs nos conclusions sur cette première question lors d’une conférence en fin d’année. La prochaine étape sera l’étude du climat. Puis l’énergie, la recherche de concepts bioclimatiques ou l’étude de matériaux. Dans ce dernier domaine, il s’agit de travailler avec des ressources peu transformées et peu transportées comme par exemple la pierre ou la terre. Il y a enfin tout un aspect politique qui se traduira par des entretiens avec des élus.
« Construire durable », c’est souvent aussi « construire plus cher »…
Pas forcément. L’objectif initial du Conseil général était de réfléchir sur un habitat écologique, mais aussi économique. Nous travaillons donc sur la question de la baisse des coûts. Par exemple sur le prototype OUTsiders (ndlr : voir encadré), l’une des pistes de conception était l’auto-construction. Il y a aussi l’utilisation de techniques innovantes comme la réalisation d’une charpente en bois de palette ou d’emballage. Ces recherches permettront de rendre l’habitat éco-responsable plus accessible.
Doit-on s’attendre à la naissance de nouveaux types d’habitats ruraux ?
On assistera sans doute à l’invention de constructions dans lesquelles les cellules isolées seront plus petites. Les bâtiments disposeront alors d’un plus grand espace tourné vers l’extérieur. Le projet OUTsiders joue ainsi beaucoup sur la lumière, sur les volumes ou le confort thermique. L’idée n’étant plus de vivre avec une température de 25°C toute l’année, mais de savoir simplement parfois remettre un pull. Il y aura une vraie adaptation au rythme des saisons.
OUTsiders, le prototype
Récompensé par le 1er prix du concours « Atelier d’architecture pour un habitat éco-responsable » de la Cité de l’Architecture et du Patrimoine, OUTsiders est un projet signé par trois étudiants de l’ENSAG. Autonome en énergie, le bâtiment sera implanté cette année sur le site de La Galerie Européenne de la Forêt et du Bois situé à Dompierre-les-Ormes en collaboration avec le Conseil Général 71 et l’Ecole Nationale Supérieure des Arts et Métiers de Cluny. Le bâtiment proposera un concept d’habitat évolutif tourné vers l’extérieur.
Ainsi, pour un logement de 1 à 4 personnes : on trouvera 46 m2 intérieur, 32 m2 dehors habité, 100 m2 dehors couvert, 100 m2 extérieur, soit un habitat de 46 m2 à 280 m2 selon les saisons. OUTsiders fera également la part belle aux énergies renouvelables et aux matériaux et techniques constructives locales, afin de réduire au strict minimum son empreinte environnementale. Une performance énergétique qui sera mesurée par un bataillon d’instruments implantés dans la construction dès 2010.
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