L’autonomie énergétique de l’Union africaine grâce aux énergies renouvelables
par | 15.07.09

L’Afrique possède un potentiel en énergies renouvelables plus de 1000 fois supérieur à ses besoins énergétiques. Et pourtant, 594 millions de personnes, soit trois africains sur quatre, n’ont toujours pas accès à l’électricité alors que le Conseil Mondial de l’Energie prévoit « un triplement de la demande en électricité en Afrique entre aujourd’hui et 2035 ». Pour faire face à ce défi, différents projets proposent d’utiliser les ressources naturelles du continent. Parmi eux : une grande station hydroélectrique basée sur le fleuve Congo.
Un potentiel inexploité
L’Afrique jouit de ressources en énergies renouvelables diversifiées et très abondantes: éolien, hydraulique, solaire, géothermie, énergies de la mer, biomasse. Ces ressources ne sont pas toutes exploitables au même coût. L’hydroélectricité est ainsi l’énergie la meilleure marché. Et de très loin. Le coût de production standard du kWh hydroélectrique est deux fois plus faible que le kWh-charbon, et trois fois moindre par rapport au kWh nucléaire. Aujourd’hui, le coût de production de l’électricité sur le continent africain est d’environ 13 €, soit près du double comparativement à d’autres marchés émergents. Un phénomène notamment lié aux mauvais rendements des centrales thermiques, d’anciennes générations. A titre d’exemple, le charbon fournit 65% de la production électrique d’Afrique subsaharienne et 90% en Afrique du Sud.
D’un point de vue technique, l’éolien et le solaire sont des sources intermittentes. Si le solaire peut être très intéressant pour alimenter des villages isolés, le coût du kWh solaire est aujourd’hui encore très élevé. Même si ce tarif devrait diminuer dans les décennies à venir, ce coût est encore fortement limitant pour un développement à grande échelle. Comme l’a montré le scientifique Gregor Czisch spécialisé en modélisation des systèmes à base d’énergies renouvelables, la combinaison la meilleure marché s’avère donc être l’hydro + l’éolien. D’autant que la combinaison de l’éolien et de l’hydroélectricité se révèle parfaite d’un point de vue technique. En effet, une station hydroélectrique (barrage) peut ajuster rapidement sa production à la demande électrique. Quand la production éolienne est importante (quand il y a beaucoup de vent), il est donc facile de baisser la production de la station hydroélectrique, et inversement quand la production éolienne est faible. De plus, il est également possible d’utiliser le stockage gravitaire (pompage/turbinage à eau douce ou eau de mer) pour gérer l’intermittence de la ressource éolienne.
Des monstres d’énergie au coeur de l’Afrique
Premier grand projet vers l’autonomie énergétique de l’Afrique, « Grand Inga » vise à constuire une grande station hydroélectrique de 40000 MW dans la région de Matadi, en parallèle du fleuve Congo, second plus long d’Afrique (4700 km) et premier pour son débit. Placé sur un bras dérivé du fleuve, le barrage n’aurait aucun impact sur l’éco-système local. A pleine puissance, cette centrale permettrait de produire près de 315 TWh par an, soit assez d’électricité pour alimenter entre 300 et 400 millions de personnes en Afrique. Pas étonnant dès lors que les projets hydroélectriques dans la région Inga (République Démocratique du Congo) suscitent l’intérêt de la Banque mondiale, de la Banque Africaine de Développement, de la Banque Européenne d’Investissement, de l’Union européenne, de grands groupes occidentaux ou encore du Conseil Mondial de l’Energie comme l’explique Latsoucabé Fall, son manager général pour l’Afrique « Grand Inga représente une opportunité unique de promouvoir l’indépendance économique, la paix et la prospérité en Afrique ».
Pour concrétiser ce projet qui s’inscrit dans la perspective d’un développement vraiment durable, le financement international pourrait ainsi atteindre 50 milliards de dollars pour le barrage Grand Inga tandis que l’autonomie énergétique du continent est estimée à environ 300 milliards de dollars. Un chiffre qui s’approche de celui avancé par Jean-Louis Borloo, ministre français du Développement Durable pour la réalisation du programme « Energizing Africa » : « Faisons enfin le geste le plus évident, organisons l’autonomie en énergie renouvelable de l’Afrique. Moins d’un quart des Africains ont accès à l’énergie, cela a des conséquences catastrophiques en matière de déforestation ». Bonne nouvelle, l’annonce de ce plan pourrait intervenir en décembre au cours du sommet mondial sur le climat de Copenhague. Avec une condition sine qua non : l’électrification devra bénéficier à tous les africains et non pas à une poignée de privilégiés.
Photo de Une : Inga I & II / Katembo (2005)
L’Union africaine pourrait devenir autonome énergétiquement en installant :
1 - des parcs éoliens sur la côte atlantique marocaine, dans la corne éthiopienne, à Madagascar, etc. (40% de la production électrique)
2 - un grand barrage (Grand Inga) au niveau de ce bras dérivé du fleuve Congo (40%)
3 - des stations de pompage/turbinage à eau de mer prêtes à fonctionner en cas de période de sécheresse prolongée.
4 - le tout interconnecté par câbles HVDC aériens (coût réduit).
5 - les 20% de production restant correspondant à une production électrique décentralisée c’est-à-dire locale. En particulier dans les régions rurales situées à grande distance du réseau électrique : photovoltaïque, micro-CSP, micro-éolien etc. A étudier au cas par cas.
Le coût du kWh global serait de :
[ 1 centimes (hydro) + 6 centimes (éolien)] / 2 = 3,5 centimes d’euros. Auquel il faut ajouter 1 centime pour le réseau HVDC pan-africain. Soit un kWh total de 4,5 €c par kWh.
Mémo / Coût standard de production du kilowattheure (kWh) :
- Hydroélectricité : moins de 2 €c [ Moins de 1 €c dans le cas du projet Grand Inga ]
- Eolien : 6 à 7 €c (en fonction du gisement éolien)
- Solaire à concentration thermodynamique : entre 16 €c (avec l’insolation directe du Sahara, 2800 kWh/m2/an) et 23 €c (avec la DNI du sud de l’Espagne, 2000 kWh/m2/an). Selon les scénarii les plus optimismes ( scnénario RE > C ), ce coût devait tomber à environ 10 €c après 2020.
- Solaire photovoltaïque : environ 30 €c
Sur le même thème : énergies renouvelables, renouvelables














Olivier | 15.07.09 à 17.11
Déclaration mondiale - Les barrages et l’hydroélectricité pour le développement durable de l’Afrique
http://www.icold-cigb.net/imag.....ndiale.pdf
(en français et en anglais)
Approuvé le 24 Novembre 2008 à Paris par :
L’Union Africaine (UA),
L’Union des Producteurs, Transporteurs et Distributeurs d’Energie Electrique d’Afrique (UPDEA),
Le Conseil Mondial de l’Energie (CME),
La Commission Internationale des Grands Barrages (CIGB),
La Commission Internationale des Irrigations et du Drainage (CIID),
et l’Association Internationale de l’Hydroélectricité (IHA).