« Développement durable : la génération de la dernière chance »
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par | 01.09.09
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Gilles Geoffroy, Associé-Fondateur d’Auriverde.
Cette tribune est signée de Gilles Geoffroy, co-fondateur en 2008 (avec Thomas Gault) de Auriverde. Cette société de conseil a mis au point une méthodologie baptisée « Green&Gold ». Sa mission : accompagner les entreprises prêtes à s’engager dans la voie du développement durable, de sorte que le choix d’actions responsables ne mette pas en péril leur compétitivité. Au contraire.
Côté pile, le Green, un positionnement vert. Côté face, le Gold, le maintien de la performance financière, et même son amélioration. Une stratégie « Vert et Or » donc, là ou d’autres parlent d’« économie positive » (BeCitizen). Peu importe la méthodologie retenue.
L’arrivée sur le marché de ces nouveaux cabinets de conseil, qui inscrivent le développement durable dans la conduite du changement des entreprises, est une bonne nouvelle. Et à en juger par sa dizaine d’embauches effectuées depuis le début de l’année, Auriverde semble oeuvrer sur un créneau porteur. De quoi garder espoir…
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« Depuis des années, leurs tableaux de bord de performance affichaient des notions de coût, de délai, de qualité, de marge, de profit. Désormais, à ces mêmes indicateurs s’ajoutent les émissions de CO2, la consommation d’énergie, d’eau ou encore le recyclage des déchets. Sans que les premiers indicateurs financiers, n’aient été revus à la baisse. Et sans que personne ne leurs ait fourni les clefs ou les méthodes permettant de concilier tous ces impératifs. Pour une bonne raison : les solutions restent à inventer.
Très récemment encore, une majorité de têtes pensantes de la société économique ne percevaient le développement durable que comme une coquille. Tantôt un vernis marketing pour promouvoir des produits et des services à peine modifiés, tantôt un camouflage managérial pour faire accepter des efforts drastiques d’amélioration de la performance.
Trop de directions générales d’entreprises restent aujourd’hui encore réticentes à des stratégies profondément orientées vers le développement durable. Au-delà des patrons militants ou déjà visionnaires, l’attitude est encore portée, au mieux, vers le juste nécessaire, en règle générale, vers l’attentisme. En somme, on continue d’associer le développement durable à une « passade » de l’économie de marché. Un peu comme un père regarde avec condescendance et aussi un peu d’inquiétude, la lubie vestimentaire d’un adolescent en mal d’identité. Pourquoi investir et s’investir dans cette démarche, qui demande un fort engagement sur le moyen/long terme, si la mode passe ?
Le mois de juin 2009 a apporté une partie de la réponse : le score de la liste écologique et l’engouement de la population envers le film « Home » ont définitivement fait voler en éclats ce point de vue désormais archaïque. Cette « passade » s’est emparée de la société toute entière, et c’est désormais au tour des décideurs de la politique, de l’économie et de l’ensemble des piliers de notre société de prendre en compte ce virage historique de la responsabilité environnementale.
Un retour au « business as usual » au lendemain de la crise ?
Pour autant, il existe un risque majeur que le développement durable ne devienne, au lendemain de la crise, qu’un relais de la recherche du profit et du seul profit. Comme le dit le prix Nobel indien Amartya Sen, qui participe à la Commission sur la mesure de la performance économique et du progrès social pour définir de nouveaux indices économiques, « il faut espérer qu’on ne reviendra pas au “business as usual” une fois le séisme de la crise passé ». On doit en effet fortement redouter que ce nouvel élan ne contribue que faiblement aux grands enjeux d’un capitalisme responsable et d’une croissance durable. A savoir la réduction majeure des impacts environnementaux et celle des inégalités, pour ne citer que celles-là.
Puisqu’il y a un risque important, quelles sont néanmoins les raisons d’espérer ? La réponse : une catégorie de la population placée en première ligne. Car entre les aspirations visionnaires d’un peuple de citoyens et de consommateurs, et la volonté de dirigeants d’entreprise soumis à des contraintes aigües de performance économique, il existe une génération de la dernière chance. Ils -et elles- ont entre 30 et 40 ans. Ils font partie de ce que les sociologues appellent la « génération X ».
Ils sont techniciens, agents de maîtrise, cadres, managers, directeurs de service, ou encore artisans et jeunes entrepreneurs. Ils sont rentrés dans la vie active dans les années 90, directement plongés dans les années de course effrénée au profit. Ils ont évolué sous la pression permanente d’un système qui exige toujours de faire mieux, plus vite et plus fort. Aujourd’hui, ils occupent des postes à responsabilité et portent encore sur leurs épaules - et souvent plus que jamais en raison de la crise- les impératifs de croissance et de résultat net. Désormais, ils veulent être porteurs de l’espoir de voir triompher l’économie de marché responsable, et d’abandonner, une bonne fois pour toute, ce « business as usual », envers lequel l’humanité n’a aucun avenir.
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