Le projet européen Cleanwater veut dépolluer l’eau à la lumière naturelle
par | 27.10.09

Eliminer les micropolluants de l’eau par photocatalyse. C’est l’objectif du projet Cleanwater mené dans 7 pays avec la collaboration de 30 chercheurs sous la direction du Demokritos, équivalent grec de notre CNRS. Financé par la Commission européenne et inscrit au 7ème PCRD, le programme comptera dans ses rangs un laboratoire français : le Département Systèmes Energétiques et Environnement de l’Ecole des Mines de Nantes.
« L’idée de la photocatalyse est d’utiliser des semi-conducteurs qui répondent à la lumière pour générer un mécanisme d’oxydo-réduction », explique Valérie Hequet, enseignant-chercheur à l’Ecole des Mines de Nantes. Résultat ? La création d’espèces actives qui vont réagir avec la matière organique pour la dégrader. Encore peu répandue, cette technique de dépollution de l’eau souffre aujourd’hui d’une contrainte de taille : la nécessaire utilisation de lampes UV. Le programme Cleanwater vise donc à supprimer cet apport lumineux artificiel pour le remplacer par la simple lumière du jour. Moins énergivore et donc moins coûteuse, cette évolution photocatalytique pourrait trouver de nouvelles applications dans la fourniture d’eau potable. Le procédé permettant d’éliminer des polluants comme les pesticides, les colorants ou certains perturbateurs endocriniens.
Coordonner les recherches à l’échelle européenne
Spécialiste du suivi et du traitement des micropolluants dans l’eau, le département nantais sera chargé de tester l’efficacité des nanoparticules semi-conductrices élaborées par les autres équipes du programme. L’école compte d’ailleurs sur ce projet européen pour révéler à la lumière du jour son savoir-faire dans le domaine. Deux chercheurs maison et un doctorant seront ainsi sur le pont pour Cleanwater. « Nous en sommes encore au tout début du programme puisque Cleanwater a débuté en juin. La principale difficulté risque de porter sur la coordination des sept unités européennes. Savoir comment on se structure constitue peut-être l’élément clé de la réussite de ce projet ». Avec en ligne de mire, un enjeu crucial : une personne sur cinq dans le monde n’a pas accès à l’eau potable selon les Nations Unies.
Crédit photo : Laurent Julliand/contextes
Cleanwater en chiffres
7 pays
Italie, UK, Espagne, USA (université de Cincinnati), Portugal, France, Grèce.30 chercheurs
Laboratoires et bureaux d’études3 ans de recherche
Lancement en juin 2007Un budget global de 1.700.000 millions d’euros
Chaque partenaire est doté d’environ 230.000 euros pour ses travaux
3 questions à
Alain Mathurin, Président de la Fédération Européenne de la PhotocatalyseCleantech Republic : Quelles sont aujourd’hui les applications de la photocatalyse ?
Alain Mathurin : A l’origine, les premiers produits à avoir été industrialisés grâce à cette technique ont été des vitres autonettoyantes. Il y eut ensuite le projet européen Picada qui a permis de mettre sur le marché un certain nombre de produits autonettoyants et dépolluants. A l’origine réservés aux professionnels, ces équipements sont désormais disponibles auprès du grand public. Actuellement, les développements concernent notamment des produits capables de réduire les oxydes d’azote (Nox).
En quoi cette technique a-t-elle un intérêt environnemental ?
Disons que la photocatalyse ne va pas résoudre à elle seule le problème de l’environnement. Mais elle y participer. Par exemple, il y a encore beaucoup d’applications possibles pour le traitement de l’eau et de l’air. Cette technique est aussi un outil de santé publique puisque certains équipements basés sur la photocatalyse pourraient par exemple permettre de limiter le risque de maladies nosocomiales.
Y a-t-il des freins à la diffusion de la photocatalyse ?
Le frein principal est qu’il s’agit d’une technologie qui n’en remplace aucune autre. Il est donc difficile de mesurer son potentiel. Cela dit, il est encourageant de voir l’engagement de la Commission européenne autour des projets Picada et Cleanwater. Au niveau français, la constitution d’une fédération a permis de faire connaître cette technique et de lancer un projet de normalisation. En septembre dernier, nous avons organisé les journées européennes de la photocatalyse à Bordeaux. Elles ont réuni 150 participants dont un tiers d’industriels et de grands groupes. Ce n’est pas rien !
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Gilles Marchand | 30.11.09 à 03.21
Simply Génial !