Des bactéries génétiquement modifiées pour produire du biocarburant
Biomasse | 6 réactions |
L'Express | | 18.01.10
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Malgré la controverse qu’ils suscitent, les biocarburants restent un sujet de recherche chez moults chercheurs. Lesquels s’efforcent de trouver de nouvelles voies plus efficaces de production des biocombustibles. La voie choisie par Philippe Marlière, généticien et ancien chercheur à l’Institut Pasteur, est la voie métabolique. Et plus exactement la voie métabolique artificielle (par opposition à « naturelle »). Il a découvert qu’une bactérie aux gènes artificiellement modifiés pouvait produire des hydrocarbures.
Philippe Marlière explique à nos confrères de L’Express, qui publie un article sur sa découverte dans son dernier numéro, que son invention consiste à reprogrammer les gènes de micro-organismes afin de leur faire transformer les sucres contenus dans la biomasse (végétaux, paille, mélasse, déchets ménagers…) en molécules d’isobutène. L’isobutène étant un gaz à partir duquel il est aisé de produire du carburant (essence, gasoil, kérosène…).
Fort de sa trouvaille, le chercheur accepte de tenter l’aventure industrielle, poussé par Marc Delcourt, diplômé de l’Ecole Normale Supérieure, auteur d’une thèse sur la biologie moléculaire, et « serial entrepreneur » dans le domaine des biotechnologies. Le duo crée alors la société Global Bioenergies, implantée dans la pépinière d’entreprises du Génopole d’Evry près de Paris.
Des travaux inspirés des activités enzymatiques naturelles
Au début de l’année 2009, les deux co-fondateurs parviennent à lever plusieurs millions d’euros auprès de la société de capital-risque Masseran Gestion, filiale de la Caisse d’Epargne. Une somme qui leur permet d’engager une série d’études complémentaires dans un objectif de validation du procédé. C’est en octobre dernier que Global Bioenergies publie un communiqué enthousiaste résumé en ces termes : « Global Bioenergies annonce aujourd’hui avoir obtenu la preuve de concept d’une voie métabolique artificielle permettant la synthèse d’isobutène, un synthon pouvant être converti en carburants, en polymères et en plusieurs produits de commodités. »
Les recherches de Philippe Marlière s’inspirent des activités enzymatiques naturelles. Celles, par exemple, qui voient les bactéries présentes dans le fumier changer les matières organiques en méthane, ou les levures des viticulteurs qui transforment le sucre du raisin en alcool. L’équipe de Philippe Marlière a cerné les enzymes produites par ces micro-organismes, analysé les processus chimiques de dégradation, et isolé les gènes correspondants. Les travaux de Global Bioenergies conduisent à engendrer des microbes à l’ADN reprogrammé, dont les enzymes digèrent la biomasse, tout en sécrétant de l’isobutène.
Parmi les quelque pionniers européens des « OGM à biocombustibles », « nous sommes les seuls à fabriquer des hydrocarbures sous forme de gaz », indique Marc Delcourt à L’Express. Maintenant, de la preuve de concept à la torchère d’isobutène, il faudra encore patienter quelques années.
Global Bioenergies s’appuie sur un conseil scientifique prestigieux
- Le Docteur Bernard Badet dirige une équipe à l’Institut de Chimie des Substances Naturelles à Gif-sur-Yvette. Il s’intéresse au mécanisme de certaines enzymes et développe des outils chimiques à des fins diagnostiques et thérapeutiques.
- Le Professeur et Docteur Donald Hilvert dirige un laboratoire à l’ETH de Zürich (Suisse). Son programme de recherche est centré sur l’étude des mécanismes de fonctionnement et d’évolution des enzymes, et sur le mime en laboratoire des propriétés de ces remarquables catalyseurs.
- Le Professeur Jean-Marc Paris a dirigé la division R&D de Rhône Poulenc Rorer en charge de la découverte d’antibiotiques avant de rejoindre la société de chimie Rhodia, comme Directeur Scientifique pour la chimie organique et les biotechnologies. Il est maintenant professeur honoraire à l’Ecole Nationale Supérieure de Chimie de Paris.
- Le Professeur Dieter Söll, membre de l’Académie des Sciences des Etats-Unis, dirige un laboratoire à l’Université Yale à New Haven (Connecticut, USA), qui étudie la biosynthèse des protéines avec l’objectif d’en caractériser les biocatalyseurs sur le plan évolutif.
- Le Docteur Jean Weissenbach est directeur de Genoscope, qu’il a fondé en 1997. Maintenant intégré à l’Institut de Génomique du CEA, Genoscope recherche de nouvelles activités enzymatiques en utilisant la génomique et l’expérimentation à grande échelle. Jean Weissenbach est membre de l’Académie des Sciences, et médaille d’or du CNRS 2008.
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Olivier - ObjectifTerre | 22.01.10 à 06.33
“afin de leur faire transformer les sucres contenus dans la biomasse”
OK, et comment on produit la biomasse ?
Cette technologie ne change rien au problème de fond. Tranformer la biomasse en carburant, il y a des milliers de façons de le faire. Le vrai problème, c’est de produire cette biomasse. Et le rendement de conversion de l’énergie solaire en biomasse est de 0,1 à 0,3%. Et les bactéries ne vont pas produire plus d’énergie que celle qu’elles consomment.
Bref, il s’agit d’une impasse.