Lundi 20 octobre 2014

Un projet de ferme urbaine verticale où cohabitent maraîchage et habitat

Bâtiment | 4 réactions

par Elsa Sidawy | Cleantech Republic | 19.01.10

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La Tour Vivante est un projet utopique de ferme urbaine qui amène à se poser la question du décloisonnement entre la ville et la campagne. Cette innovation architecturale qui met l’agriculture, et non plus seulement la nature, au centre de la ville, est en soi une petite révolution. Elle offre la possibilité de se réapproprier la production de nourriture et de créer un véritable écosystème urbain.

Cette vieille utopie de faire entrer la campagne dans la ville

Un salon de l’Agriculture regroupant plus de 600 000 visiteurs lors de sa dernière édition parisienne, des politiques qui s’y pressent, le succès des labels estampillés « 100 % terroir » sur les linéaires. Sans parler de la croissance fulgurante du marché du bio : la campagne est déjà entrée dans les villes. Alors pourquoi ne pas carrément l’intégrer dans les futurs plans d’urbanisme de nos cités ?

Le concept de ferme dans la ville pour rapprocher les consommateurs des lieux de productions alimentaires n’est pas nouveau. Si l’on y regarde de plus près, ce besoin s’exprime déjà dans les jardins urbains partagés, où l’on s’évertue parfois à faire pousser quelques poireaux sur une terre pas toujours fertile.

Dickson Despommier, professeur à l’université de Columbia, été le premier à théoriser la « ferme verticale » dans les années 2000, un bâtiment intelligent permettant de produire les denrées alimentaires nécessaires à une population de 50 000 personnes. Précurseur, l’immeuble imaginé par Despommier permettait également de lutter contre le réchauffement climatique, en utilisant des énergies propres et en purifiant de l’air par les plantes.

La Tour Vivante adopte le triptyque du développement durable

Depuis, le projet Despommier a fait des émules et quelques graines d’audace ont germé partout dans le monde. En France, des architectes de l’agence SOA ont initié le projet de « Tour Vivante » en 2006, poussés par un concours organisé par la ville de Rennes. Un véritable système vivant où se côtoieraient dans l’harmonie la plus parfaite, serres, appartements, bureaux et commerces. Ce projet va donc plus loin que celui de Despommier, en poussant les principes du développement durable dans ses retranchements. Le projet de SOA Architectes compte d’ailleurs parmi les fermes verticales présentées sur le site du « père » du concept.

En faisant de la Tour Vivante un projet sociétal global et non plus seulement économique et environnemental, la notion de ferme urbaine devient un projet utilitaire, favorisant les échanges et permettant de se retrouver autour d’un projet collectif.

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Eoliennes, panneaux photovoltaïques produisant jusqu'à 1 million de KWh par an, puits canadien, récupération des eaux de pluie, utilisation de produits recyclés… Tout est prévu pour faire de la Tour Vivante un modèle de bâtiment écologique. © SOA architectes

Au niveau économique, cette ferme verticale urbaine promet des cultures indépendantes des caprices de la météo, offrant grâce à des conditions optimales, une production 5 à 6 fois plus importante qu’en plein champ. Le plus environnemental : en récupérant les déchets putrescibles des habitants du quartier, la culture bio serait de rigueur grâce à un compostage sur place, permettant de se passer des pesticides, herbicides et fertilisants, en utilisant un engrais puissant et écologique pour les fruits et légumes cultivés sur place. Rien de moins que l’application de la maxime de Lavoisier selon laquelle « rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ».

Un projet qui devra emporter l’adhésion des populations

Bananes de Martinique, litchis de Madagascar, oranges de Sicile… L’origine parfois lointaine des denrées alimentaires accessibles à tous et tout le temps a un coût écologique catastrophique. Si l’on conseille aujourd’hui de manger local et de saison, c’est pour diminuer un peu cet impact. Le projet de la Tour Vivante tente de répondre à cette problématique en proposant aux villes une plus grande autonomie alimentaire. En réduisant, d’une part, les transports et en diminuant, d’autre part, le coût énergétique lié à la conservation des aliments, la production étant disponible en quantité continue toute l’année.

Concrètement, le bâtiment tel qu’il a été conçu prévoit une production de 9 324 kg de fraises, 63 000 kg de tomates et 37 333 pieds de salade par an. En outre, le biogaz produit par les déchets et l’installation d’éoliennes permet à l’immeuble d’être autonome en énergie.

Une production maraîchère trop proche des habitations ?

Finalement, si les citadins prennent volontiers leur voiture pour aller respirer le bon air frais de la campagne, rien ne dit qu’ils accepteraient de vivre entourés de 875 mètres linéaires de serres hors-sol sur les 30 étages de la tour, quand bien même ceux-ci seraient destinés à leur consommation personnelle. Il n’est pas certain que la fierté des habitants de disposer de produits agricoles frais l’emporte sur la réticence liée à une production maraîchère trop proche des lieux d’habitation et de travail, aussi encadrée soit-elle au niveau sanitaire.

Et puis, la culture hors-sol ne doit pas permettre de se passer de fruits et légumes cultivés en respectant le rythme des saisons. Ces projets de fermes verticales, qu’ils incluent ou non des lieux de vie devront, quoi qu’il arrive, se faire avec l’adhésion des populations.

Crédits photos : SOA Architectes

Vos réactions

FAES Pascal | 5.02.10 à 19.43

Bonjour,
Cet article est intéressante mais je tenais à souligner certains points qui me semblent assez flous :

“en récupérant les déchets putrescibles des habitants du quartier, la culture bio serait de rigueur grâce à un compostage sur place, permettant de se passer des pesticides, herbicides et fertilisants, en utilisant un engrais puissant et écologique pour les fruits et légumes”

En quoi l’utilisation de composte issu des déchets des habitants peut permettre de se passer de pesticides ?
Et pourquoi appeler cet engrais “puissant” ? Il ne me semble pas que le composte soit plus concentré en minéraux que les engrais chimiques. De plus le principal problème des cultures en serre est la gestion des parasites, la lutte biologique ne permettant pas de lutter contre tous les pathogènes, l’utilisation de traitements chimiques sera surement indispensable.

De plus l’article ne mentionne pas la source d’éclairage utilisée. La consommation électrique des très nombreuses lampes, du chauffage du bâtiment et des pompes à eau doit être très élevée, la production de ces fruits et légumes n’est-elle pas encore plus énergivore que celle des fruits et légumes importés aujourd’hui ?

Enfin, le principal problème est-il vraiment la proximité entre les habitations et ces tours ? Es-ce que le manque probable de qualité (notamment gustative) des produits et/ou de rentabilité de ces projets ne seraient pas plus problématique ?

APALOO K. Sylvain | 10.07.10 à 18.23

Cherche Partenaires pour un projet similaire au Togo

Bucki | 24.11.10 à 12.35

Un projet qui a le mérite de poser la question de la manière d’approvisionner les villes localement, mais si cela est perfectible. A intégrer sans doute dans les quartiers durables (http://quartierdurable.blogspot.com/p/recapitulatif-des-articles-du-blog.html)

Jakob | 16.05.12 à 10.22

Excellente idée. D’autres propositions ici, dont celle d’un jeune architecte, Olivier Dain Belmont ( Très beau blog au demeurant) : http://vraiment-ailleurs.eklab.....-a46338954

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