
Andres Carvallo, Austin Energy
Du 23 au 25 mars, Sydney accueillera le grand rendez-vous australien des réseaux intelligents : the National Smart Grids Forum 2010. A l’approche de cet événement, Andres Carvallo, Directeur des systèmes d’information d’Austin Energy revient sur le potentiel des réseaux intelligents, mais aussi sur les problématiques d’intégration, d’interopérabilité et de cybersécurité. Un entretien réalisé par Chris Archer d’IQPC.
Chris Archer : Vous animerez une conférence lors du National Smart Grid Forum 2010 de Sydney. Pourquoi ce sujet est-il devenu si important pour l’industrie ?
Andres Carvallo : Le Smart Grid est vraiment le dernier chaînon manquant pour électrifier complètement notre société. Nous vivons dans une société qui est électrifiée à 75 %. Le Smart Grid apportera les 25% restants. Si le concept est omniprésent en ce moment, c’est parce qu’il dépasse le simple compteur intelligent. Vous aurez bientôt un ou deux véhicules électriques dans votre maison. Ou encore un dispositif pour stocker l’énergie du soleil capté par vos panneaux. Tous ces équipements vont créer un nouveau type de réseau, un nouveau modèle avec de nouveaux services où le consommateur n’est plus seulement un consommateur, mais aussi un producteur comme le résume le terme d’Alvin Toffler : « un prosumer ».
En quoi ces réseaux sont-ils « smart » ?
Disons que, jusqu’à présent, le réseau était intelligent de la centrale jusqu’au point de distribution. Mais il ne l’était pas pour les câbles de distribution et les compteurs. La première étape, que je nomme Smart Grids 1.0, consiste donc à intégrer des logiciels et matériels de télécommunication sur le réseau de distribution, afin de savoir ce qui se passe en temps réel : consommation, qualité de l’énergie… Et aussi d’autres services comme la possibilité d’allumer et d’éteindre le client à distance. Cela constitue la première étape. Nous entrons désormais dans le Smart Grid 2.0 qui est un réseau dans lequel tous les appareils électriques, comme par exemple les véhicules électriques, permettent à la maison de produire et stocker elle-même son énergie. C’est un service d’utilité publique car il améliorera la fiabilité du réseau et le service à la clientèle. Cela signifie : moins de pannes, un temps de rétablissement plus rapide, une meilleure planification et une meilleure prévision de charge. Autant de services qui ne sont pas proposées aujourd’hui à la clientèle, alors qu’ils sont en fait très importants et qu’ils se répercutent dans le coût de l’énergie.
Quelles considérations doivent être prises en compte pour l’intégration de ces technologies, notamment au sujet de leur interopérabilité ?
La première chose à faire dans une démarche Smart Grid est de définir l’architecture d’entreprise. Aujourd’hui, la façon la plus moderne de la construire, c’est de s’appuyer sur une architecture orientée services (SOA), qui exploite pleinement l’Internet et les services Web. L’idée étant de transformer tout échange d’informations en un service qui peut être partagé par tous. Nous devons définir un paradigme, étudier comment le réseau électrique peut devenir interactif avec les logiciels, les matériels et les télécommunications, afin de fournir le meilleur service au client. La question de l’intégration est importante car elle concerne quelque 140 systèmes d’entreprises à partir de dispositifs SCADA ou EMS, pour la supervision et l’acquisition de données, la planification, l’automatisation de la distribution, la facturation, la gestion des données, l’information géospatiale … Tous ces systèmes sont désormais intégrables via une approche SOA. Cela permet d’avoir un réseau interactif, auto-guérisseur et qui est en contact avec chaque périphérique.
Quels éléments pourraient retarder le développement du Smart Grid ?
A priori les freins principaux tiennent dans la réglementation et les normes. Aux Etats-Unis, les problèmes de standards sont traités depuis deux ans par le Département du Commerce et le National Institute for Standards in Technologies. Ces structures ont collaboré avec les éditeurs de logiciels et les fournisseurs de matériel du monde entier pour créer une interopérabilité entre l’électronique grand public, l’univers de la maison et l’industrie automobile. Entre ces trois domaines, les informations pourront circuler dans les deux sens et pourront être suivies, contrôlées et gérées directement par le service public ou des sociétés tiers. Mais à mon avis les risques réels concernent surtout la cybersécurité. C’est à dire la protection des informations sensibles qui circulent sur le réseau. Avoir de bonnes normes de sécurité et de cryptage sur ces éléments est très important. Enfin, dernier point : il est nécessaire de construire un réseau qui fonctionne vraiment en temps réel. Pour cela, il faut la plus grande capacité de bande passante possible pour avoir un système qui soit capable de gérer de façon fiable et sécurisée des centaines de millions d’appareils, de communiquer les prix en temps réel et d’informer le client en direct.
Source photo de Une : Silver spring networks
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Julie de Au-delà des lignes | 4.03.10 à 11.41
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