
Basé en Espagne, le fabricant de panneaux photovoltaïques Heliene prépare l’implantation d’une nouvelle usine dans le Nord de l’Ontario. Objectif : capter un marché local annoncé comme prometteur.

Martin Pochtaruk, Président, Heliene Canada
De notre envoyé spécial - Sault-Sainte-Marie (Ontario, Canada) : De l’entrepreneur en Ontario, Martin Pochtaruk n’a ni le profil, ni l’arbre généalogique. Un père russe, une mère marseillaise et une enfance passée en Argentine ont fait de ce physicien de formation une petite curiosité chez les « CEO » de la province canadienne. Mais l’homme s’en moque. Son projet : implanter une marque européenne de panneaux photovoltaïques en Ontario. Et plus précisément à Sault-Sainte-Marie, ville frontalière de 75 000 âmes, autoproclamée capitale des énergies renouvelables en Amérique du Nord. « Heliene est une entreprise espagnole, basée à Barcelone. Jusqu’à présent, la quasi-totalité de ses ventes était réalisée dans le Sud de la France. La société souhaitait se développer en Amérique du Nord avec un produit existant ». Pragmatique, Martin Pochtaruk a donc proposé à la compagnie catalane de bâtir, dans la région des grands lacs, une copie pure et parfaite de son usine barcelonaise. De quoi assouvir le rêve nord-américain de la marque. Et garantir à sa jeune filiale un produit certifié et des méthodes de production confirmées. « Environ 80% du process sera automatisé. La première ligne installée devrait produire l’équivalent de 30 MW par an avec des modules de 72 cellules. A terme, nous visons près de 80 MW par ligne » explique l’entrepreneur. Des futurs modules « made in Ontario » qui seront dotés de cellules monocristallines du fabricant américain Suniva.
L’attrait économique de l’Ontario
Bien entendu, cette localisation à Sault-Sainte-Marie ne doit rien au hasard. Plus que les performances des Greyhounds, l’équipe de hockey locale, c’est bien l’effort public en faveur des cleantechs qui a justifié ce choix d’implantation. L’Ontario étant notamment connu pour avoir été le premier état nord-américain à s’être doté d’un tarif de rachat de l’électricité propre. « L’Ontario Power Authority a mis en place un contexte très favorable aux investisseurs dans les énergies vertes » souligne Martin Pochtaruk. En s’implantant dans la province canadienne, sa société n’obtiendra pas de subventions. Mais elle bénéficiera d’un dispositif réglementaire qui prévoit que 50 % des équipements et ressources d’une réalisation photovoltaïque de plus de 10 kWh doivent provenir de l’Ontario. Un taux qui devrait grimper à 60 % en 2011. « La connexion des cellules doit se faire en Ontario sinon cela ne rentre pas dans le « local content ». En raison du manque de concurrence régionale sur ce marché, nous avons déjà des commandes de panneaux pour septembre et octobre » explique Martin Pochtaruk.
Cinq mois pour lancer la production
En attendant, Martin Pochtaruk s’attelle aujourd’hui à la construction de sa futur usine. Avec l’objectif ambitieux de produire son premier panneau photovoltaïque dès la fin août. Bâtie « comme un lego », son unité de production de Sault-Sainte-Marie sera équipée de robots venus d’Espagne. Ils seront actionnés et surveillés par quatre équipes de sept ouvriers locaux préalablement « coachés » par des formateurs catalans. Reste à savoir si ces recettes méditerranéennes fonctionneront sur le sol canadien. Et surtout si le projet sera prêt à temps. Alors que le chantier doit débuter en avril, le site de la future unité n’est aujourd’hui qu’un vaste champs à la périphérie de la ville. En cas de retard, Heliene risquerait de se faire devancer par des constructeurs concurrents. Tous en quête d’un coin de soleil en Ontario.
Source photos : Heline.ca / Brdr (photo Martin Pochtaruk)
Heliene Canada en bref
- Début du chantier : avril 2010
- Début de la production : fin août 2010
- Investissement : 10 millions de dollars canadiens (7,27 millions d’euros)
- Capital : 50 % pour la maison mère / 50 % pour les investisseurs locaux réunis par Martin Pochtaruk
- Création société mère : 2008
En savoir plus : Ontario’s Green Energy Act
Promulgué le 23 février 2009, le Green Energy Act vise à faire de l’Ontario l’une des places fortes des énergies renouvelables en Amérique du Nord. Il prévoit notamment la mise en place de tarifs garantis pour l’électricité « propre», le développement d’un réseau Smart Grid ou encore le soutien à la filière cleantech. Grace à cet effort, l’Ontario prévoit de créer 50 000 emplois verts en trois ans. Plus globalement, la province s’est fixée des objectifs de réduction de ses émissions de gaz à effet de serre de 6 % en 2014, 15% en 2020 et 80 % en 2050 (base 1990).
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