« Le béton de lin présente d’excellentes propriétés thermiques »
par | 30.03.10
Interview de Blaise Dupré, Directeur du Codem Picardie, membre du pôle de compétitivité IAR (Industries et Agro-Ressources).
Pouvez-vous rappeler la genèse du Codem (Construction Durable et Eco Matériaux) Picardie ?
En 2005, le pôle de compétitivité à vocation mondiale IAR (Industries et Agro-Ressources) voit le jour. En 2006, le président du Conseil régional de Picardie, Claude Gewerc, confie à Jean-Jacques Blangy, alors président de la Fédération Régionale du Bâtiment (ndlr, aujourd’hui Président du Codem Picardie), la commission BTP du Schéma Régional de Développement Economique Picard. Cette commission va conclure sur la nécessité de développer l’innovation au sein de ces professions, et d’améliorer la communication entre les différents acteurs du bâtiment. S’appuyant sur les compétences des réseaux de chercheurs et d’ingénieurs sur le territoire picard, l’idée de mettre en place une structure passerelle, stimulant l’innovation, encadrant le développement technique et favorisant les échanges, devient alors une évidence. Le Codem Picardie est ainsi créé en novembre 2007.
Sur quel type d’éco-matériaux travaillez-vous actuellement ?
Nous travaillons beaucoup sur les bétons de lin, notamment des parpaings réalisés avec des anas de lin et un mélange de liants hydrauliques. Les anas sont au lin ce que la chènevotte est au chanvre. A l’instar de son cousin le béton de chanvre, le béton de lin va présenter d’excellentes propriétés thermiques, mais également des propriétés mécaniques suffisantes au montage d’une structure d’un étage. Nous travaillons également sur d’autres types de matériaux, comme par exemple des produits à base de fibres de lin pour l’industrie des transports, des panneaux techniques pouvant servir de cloisons, des mélanges d’agro-ressources utilisés en vrac pour l’isolation thermique…
Les nouveaux matériaux présentent de bonnes performances (isolation thermique ou phonique) ? Pourtant, ils sont souvent oubliés. Pourquoi ?

Béton de lin.
Le problème n’est pas là. Les gens pensent souvent à utiliser ces matériaux, mais ils manquent d’informations sur ces produits, sur leurs performances et sur leur mise en œuvre. Il est parfois difficile également de trouver des professionnels qui savent travailler avec ces nouveaux matériaux, voire même les prescrire. Comprenons bien aujourd’hui que la qualité de la mise en œuvre est souvent plus impactante que la qualité même des matériaux. C’est avant tout la qualité du travail des entreprises qui fait la performance des bâtiments et des produits. Les nouveaux matériaux, qui sont développés au Codem ou ailleurs, n’apporteront aux bâtiments l’intégralité de leur potentiel que si l’on prend en compte leurs performances spécifiques lors de leur mise en œuvre.
Pouvez-vous citer quelques exemples de projets en construction ou en rénovation basés sur un ou plusieurs matériaux innovants ?
Nous travaillons aujourd’hui sur l’intégration de parpaing de lin dans deux projets de construction. Le premier est un hôtel, le second un bâtiment industriel. Aujourd’hui, nous sommes encore dans une phase de validation du produit. Nous allons étudier tout d’abord le chaînage de ces nouveaux parpaings, puis l’utilisation de joints spécifiques. Ces études se font et doivent toujours se faire en étroite collaboration avec les professionnels de la construction. De la maîtrise d’ouvrage à la pose, en passant par les bureaux d’étude et de contrôle, c’est l’ensemble des acteurs qui doivent faire preuve d’une grande complicité lors de ces projets innovants.
Quelles sont les priorités du Codem Picardie en 2010 ?
Notre première priorité est la certification ISO 17025. Cette certification nous permettra d’être accrédité par le Comité Français d’accréditation (ou CoFrAc), et ainsi pouvoir établir des PV d’essais recevables par les organismes certificateurs. Dès le mois de mars, nous serons équipés d’un dispositif de mesure de la perméabilité à la vapeur d’eau. Cet essai est très demandé par les industriels producteurs de matériaux de construction, et nous serons le premier centre technique français à proposer cet essai.
Nous souhaitons également nous impliquer fortement dans l’intercluster mis en place par le Plan Bâtiment Grenelle et Philippe Pelletier, car pour nous l’ouverture et la discussion vont permettre d’ajuster notre action en fonction des besoins des autres et de développer les collaborations et complémentarités nécessaires au bon développement des éco-matériaux.
De plus, par le biais du concours ADREAM et des différentes opérations que nous menons, nous allons étendre notre action aux niveaux national et international.
Les principales missions du Codem Picardie
- Le développement d’un outil de transfert (laboratoire d’essai, recherche et développement sous contrat, et projets collaboratifs) pour permettre aux industriels de développer et de mettre sur le marché des nouveaux produits pour la construction, produits généralement conçu afin de mieux préserver l’environnement, soit à partir de produits issus de l’agriculture, soit issus de déchets banals recyclés.
- La mise en place en région de la mission QECB (Qualité Environnementale du Cadre Bâti), pilotée au niveau national par l’Ademe, et qui a pour vocation l’animation du réseau des éco-constructeurs en région, notamment avec l’organisation de manifestation (après-midi techniques, petits déjeuners de l’habitat durable,…) ; et qui a également un rôle d’observatoire régional, afin d’identifier l’ensemble des projets à caractère environnemental dans le but de construire une base de données nationales que l’on peut retrouver sur le site internet www.reseaubeep.fr.
- Des expérimentations de matériaux innovants sur des projets pilotes visant à montrer leur qualité en service.
Bio Express de l’auteur
Pascaline Gojin est co-fondatrice de Pages-Energie, un portail collaboratif dédié à l’éco-construction et à la performance énergétique. En mettant en relation l’offre et la demande, le site simplifie les démarches et permet aux particuliers, collectivités ou entreprises d’entrer directement en contact avec les éco-acteurs qualifiés (artisans, installateurs, architectes, fabricants, bureaux d’études…).
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Quentin | 22.05.10 à 12.58
Le réflexe très médiatique qui consiste à parler d’eco-matériaux ne vous semble-t-il pas dangereux, car induisant l’idée qu’il existe effectivement des éco-matériaux (personnellement je n’en connais pas), et des matériaux qui seraient irrémédiablement préjudiciables, quelque soit l’utilisation qui en est faite (je ne me risquerai pas non plus dans cette voie réductrice)…
Afin d’être plus efficace concernant ces aspects (et il y a urgence), n’est-il pas temps de bannir ce type de vocabulaire creux, et d’aborder une réalité nécessairement plus complexe?