« Les piles à combustible marchent. Le défi, c’est d’augmenter leur durée de vie »
par | 31.03.10

Dans les prochaines semaines, notre rédaction vous proposera une série d’articles sur le potentiel et les avancées de l’hydrogène énergie. Pour le premier rendez-vous de ce dossier spécial, entretien avec Florence Lefebvre-Joud, animatrice du programme Hydrogène/Pile à combustible au sein du pôle de compétitivité Tenerrdis à Grenoble.

Florence Lefebvre-Joud, Tenerrdis
Cleantech Republic : Comment expliquer l’engouement actuel autour de l’hydrogène ?
Florence Lefebvre-Joud : L’hydrogène en soit n’a rien de nouveau. On l’utilise dans l’industrie depuis de nombreuses années, que se soit pour la chimie, le verre ou la metalyse. C’est un hydrogène qui est produit à 85 % par reformage d’hydrocarbures. L’idée actuelle consiste à produire un hydrogène plus vert, par électrolyse et de l’utiliser comme énergie. C’est une technologie qui marche déjà mais pour de petites capacités. Il y a un grand potentiel.
Notamment pour la voiture à hydrogène…
Les piles à combustible marchent. Le défi est d’augmenter leur durée de vie. On trouve déjà des flottes de voitures hybrides et des stations services à l’hydrogène au Japon et aux Etats-Unis. Certains constructeurs automobiles sont en pointe sur ce sujet comme Nissan, Honda ou Daimler. Ce dernier a notamment développé toute une infrastructure pour l’hydrogène en Allemagne. Chez les constructeurs français, Peugeot a une pile et Renault se concentre sur le développement de batteries.

Peut-on dire que la France est en retard sur l’hydrogène ?
Disons que nous avons un petit souci de réglementation. Elle existe mais elle n’est pas adaptée. La législation ne sait compter qu’en tonnes. Du coup, si vous êtes un laboratoire, ça pose des ennuis énormes. Cela n’empêche néanmoins pas Total ou Air Liquide de fabriquer des piles. L’autre frein national, c’est que notre électricité est majoritairement nucléaire et donc peu chargée en CO2. A la différence de l’Allemagne par exemple. Dans le même temps, nous avons une grande dépendance aux hydrocarbures. Il y a donc bien un vrai potentiel pour l’hydrogène en France, même si nous sommes encore un peu timide sur ce domaine.
Où en sont les recherches pour la distribution de l’hydrogène ?
Dans le domaine du stockage et du transport, il existe déjà des process complets de pipe en Belgique et en Hollande. Le verrou aujourd’hui, ça reste la distribution pour la voiture de Monsieur tout le monde.

Justement, quand on parle de l’hydrogène, on évoque souvent des problèmes de sécurité. A juste titre ?
C’est une question toujours un peu délicate. Bien entendu, des études de risques sont faites. Après, savoir si on a tout prévu dans les parkings pour les voitures à hydrogène, c’est autre chose. Ce sont surtout les risques de fuite qui inquiètent. Mais dire que l’hydrogène est le mal absolu car il est dangereux, c’est faux. D’ailleurs il n’y a pas eu de gros accidents liés à l’hydrogène sur les gros sites industriels. Cela donne déjà de premiers éléments.
Quelles seront les premières applications majeures pour l’hydrogène énergie ?
Cela va arriver assez doucement. Il y aura d’abord des marchés de niches comme les engins de manutention (ndlr : chariots élévateurs...). La pile à combustible pour la cogénération devrait être commercialisée en 2015. Enfin, le déploiement des voitures hybrides piles-batteries est attendue entre 2015 et 2020.
Ces dernières semaines, on a également beaucoup entendu parlé du projet Bloom Box…
Je me méfie de ces effets d’annonce à la limite de la démagogie. Il faudrait déjà parler des petites piles qui existent au Japon, au Canada ou aux Etats-Unis.
Comment Tenerrdis va accompagner cette dynamique autour de l’hydrogène énergie ?
Nous sommes un pôle de compétitivité. Notre objectif c’est donc de fédérer un réseau d’acteurs en Rhône-Alpes avec des programmes sur la pile à combustible, la production d’hydrogène décarboné, le stockage, le transport et la distribution. Nous discutons aussi avec des acteurs de la régulation, de la sécurité et des spécialistes de l’évolution éco-technique. Au sein de Tenerrdis, on retrouve à la fois des grands groupes comme Air Liquide et des PME qui fournissent des systèmes d’étanchéité ou des composants utilisés pour la production d’hydrogène. Il faut aller chez les uns et chez les autres, faire beaucoup d’échange. A terme, nous visons aussi l’implantation d’un démonstrateur en Rhône-Alpes.
Avec le risque de concurrencer d’autres programmes du pôle comme ceux ciblés sur la biomasse ou l’hydraulique ?
Il serait faux de croire que l’hydrogène est la solution ultime. L’hydrogène énergie s’appliquera différemment en fonction des entreprises ou des pays. L’avenir, c’est la combinaison des différentes énergies. C’est le message que nous souhaitons faire passer.
Tenerrdis en bref (2005-2008)
- Investissement : 440 millions d’euros dont 200 millions d’euros de financements publics
- Acteurs : 185
- Projets de R&D labellisés : 226
- A consulter : la base de données Hydrogène/Pile à combustible (H2PAC)
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Jean-Daniel | 1.04.10 à 10.15
Dommage que le problème de rendement des moyens de production d’hydrogène ne soit pas abordé.
Il y a une question à laquelle on ne répond jamais dans ces articles sur les voitures (ou autre équipements) de demain. On s’aperçoit aujourd’hui que la production d’électricité n’est plus suffisante pour combler les besoin fondamentaux tels que le chauffage (cf les coupures cette hiver pour délester les moyens de production qui ne suivent plus).
Et donc, où compte-t-on trouver les énormes quantités d’électricité nécessaire à l’alimentation d’un parc de voitures électriques ou les besoins énormes que générerait de l’hydrolyse à grande échelle ?