
Pour le troisième rendez-vous de notre dossier spécial consacré à l’hydrogène énergie, Eric Prades, Directeur d’Air Liquide Hydrogen Energy expose les ambitions du groupe français sur ce secteur. Entretien.

Eric Prades - Air Liquide
Cleantech Republic : Que représente le marché de l’hydrogène pour Air Liquide ?
Eric Prades : Dans son volet industriel, l’hydrogène chez Air Liquide est une réalité ancienne. Cela représente déjà une quarantaine d’années d’activité, plus d’un milliard d’euros de chiffre d’affaires et sept milliards de mètres cube produits par an. Notre expertise concerne la production, la distribution mais aussi la sécurité. C’est une activité en croissance qui se situe au-dessus des ratios du groupe.
De quoi aborder l’émergence de l’hydrogène énergie avec sérénité…
C’est une activité plus récente avec seulement une dizaine d’années de R&D derrière nous. Depuis octobre 2008, nous avons accéléré sur ce sujet avec le programme Horizon Hydrogène Energie (H2E). C’est un dispositif de sept ans qui regroupe une vingtaine de partenaires dont des grands noms comme EADS, Areva ou le CNRS. L’investissement global est d’environ 200 millions d’euros. L’objectif, c’est que la France prenne sa part sur ce nouveau marché. Pour Air Liquide, l’hydrogène énergie est déjà un enjeu, une actualité.
Quelles sont vos solutions dans ce domaine ?
Nous sommes présents sur toute la chaîne. En mai 2001, nous avons créé notre filiale Axane qui développe des piles à combustible. Mais nous visons aussi l’acheminement de l’hydrogène, sa production ou la R&D. Nos solutions actuelles sont d’abord destinées aux sites isolés pour lesquels nous remplaçons des groupes électrogènes par des piles à combustible. Mais nous travaillons aussi pour les chariots élévateurs. Sur ce secteur, le taux de pénétration de l’hydrogène est de 4%. Cela représentait 1000 chariots en 2009. C’est une filière en démarrage.
Quels sont vos autres clients ?
Le portefeuille est très varié. Nous proposons une source de courant propre et silencieuse. Cela intéresse aussi bien les opérateurs télécoms pour l’implantation d’un nouveau réseau d’antennes que le monde de l’événementiel. Je pense notamment au cinéma dans le cadre des tournages de films.
En attendant les transports…
Le débat sur la place de l’hydrogène dans le transport de masse est assez récent. Il y a un certain nombre de projets automobiles autour de l’hydrogène. Des constructeurs comme BMW ou Mercedes seraient par exemple prêts à déployer des véhicules à l’horizon 2015. Ces constructeurs développeront leurs propres piles car c’est un élément central pour eux, comme le sont actuellement les moteurs. Mais Air Liquide a une vraie compétence sur le concept de station service hydrogène. C’est une expertise qui permettra de livrer au mieux l’hydrogène jusqu’au véhicule.
Où en êtes-vous sur ce sujet ?
Il existe déjà plusieurs stations. Ce ne sont plus vraiment des démonstrateurs car elles sont déjà opérationnelles, même si elles n’ont pas de gros volumes. Pour les Jeux Olympiques, une flotte de 20 bus à hydrogène circulait à Whislter. Cela représente trois tonnes d’hydrogène par jour, c’est une des plus grosses stations au monde.
Vous allez donc concurrencer les pétroliers ?
Bien entendu, il y aura une concurrence. Mais aujourd’hui nous sommes tous autour des mêmes tables. Le schéma est à construire. Est-ce que nous serons propriétaires de nos stations ? Ce n’est pas sûr.

L’hydrogène a-t-il une chance face à la voiture électrique ?
Il n’y a pas d’opposition : le véhicule hydrogène est un véhicule électrique. Il nous semble que l’hydrogène est un complément à l’électrique car il prolonge l’autonomie du véhicule. Aujourd’hui, une automobile électrique c’est maximum 160 à 200 km. C’est un vrai problème. L’hydrogène offre lui des performances équivalentes aux modèles actuels. Selon nous, le véhicule du futur est donc hybride : batterie – pile à combustible.
Plus globalement, quels sont les facteurs qui pourraient retarder le déploiement de l’hydrogène énergie ?
Les gens sont très intéressés par cette technologie et son potentiel écologique mais ils recherchent d’abord une offre compétitive. L’hydrogène est encore très dispendieux. Le gros objectif est de baisser les prix. Cela repose sur l’évolution de la technologie mais aussi sur la mise en place d’une bonne infrastructure. Les autres points importants sont le cadre normatif et l’acceptation sociétale. Il y a un gros effort de communication à mener. Les gens ne connaissent pas bien l’hydrogène.
Vous allez donc accélérer sur ces sujet dans les prochains mois…
Nous sommes véritablement rentrés aujourd’hui dans l’exécution de notre programme hydrogène énergie. Chaque mois est très riche, il y a de nombreuses initiatives. Notre priorité, c’est de consolider notre base actuelle d’une centaine de systèmes en fonctionnement. Ainsi nous continuerons à tester la filière avec une volumétrie plus conséquente.
L’hydrogène s’invite à la Cité des sciences
Jusqu’au 10 août 2010, Air Liquide propose un îlot « Hydrogène, nouvelle énergie » au sein de l’Observatoire des Innovations, à la Cité des sciences et de l’industrie de Paris. « Ce pôle draîne un public nombreux explique Dominique Lecocq, Directrice de la communication Technologies Avancées Europe chez Air Liquide. Pour nous c’est l’occasion de présenter les nouvelles énergies de façon très didactique. C’est vraiment ce qu’on recherche ». A voir notamment : un film d’introduction par Jean-Louis Etienne, une maquette de voiture à hydrogène ou encore une animation autour de la pile à combustible.
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cedric | 9.04.10 à 17.10
Et quid de la fabrication de l’hydrogène???
Les solutions actuelles sont à bases d’hydrocarbures.
Ca se mord la queue cette histoire, sans compter que les solutions de stockage efficaces (sans fuite ) n’existent pas.