
Arnaud Gabenisch
Arnaud Gabenisch d’ALCIMED dresse un panorama des défis à relever par les professionnels du bâtiment pour s’adapter aux exigences réglementaires et d’efficacité de l’habitat durable. Il pointe du doigt la nécessité de faire évoluer les pratiques pour aller dans le sens d’une démarche globale et concertée.
L’amélioration de l’efficacité énergétique des bâtiments est une priorité nationale. Le Grenelle a accéléré le rythme des réformes visant à améliorer les performances environnementales des logements : en 23 ans, entre la réglementation technique (RT) de 1982 et celle de 2005, le niveau d’exigence a été multiplié par 2 alors que la RT de 2005 l’a multiplié par 3 en seulement 7 ans (jusqu’en 2012). Construire autrement devient une nécessité. Si les impacts néfastes du bâtiment sur l’environnement ont été réduits au niveau des matériaux, des équipements et des techniques, l’enjeu réside aujourd’hui dans la transformation des pratiques dans le sens d’une démarche globale et concertée, des donneurs d’ordre aux artisans.
Premier défi : impliquer tous les corps de métier du bâtiment
Il est important que l’ensemble des corps de métiers évoluent afin de répondre aux exigences accrues des clients et de la réglementation, tant pour la construction neuve que pour la rénovation. Changer les comportements pour la maîtrise de nouveaux systèmes constructifs est nécessaire pour s’adapter aux nouvelles techniques et procédés et pour mettre en œuvre des contrats de performance énergétique. Ce défi passera par une mobilisation de l’ensemble des acteurs : maîtres d’ouvrage publics ou privés, collectivités locales, bailleurs sociaux, architectes et bureaux d’études, fédérations professionnelles du bâtiment, artisans, etc.
Deuxième défi : réformer l’amont des projets
La conception doit passer à un modèle intégré, où l’ensemble des corps de métiers sera consulté et associé à la démarche. Cette nouvelle manière d’aborder la conception, tant pour les architectes que les bureaux d’étude, impose de revoir les échanges dans le cadre d’une approche globale bâtiment-système-exploitation. Ces modifications sont cruciales pour la mise en œuvre de la démarche bioclimatique qui doit être intégrée le plus tôt possible pour éviter les erreurs et modifications en cours de construction. Ce modèle intégré est d’autant plus nécessaire que la tendance est à la personnalisation des projets, et il devient compliqué de proposer des plans pré-établis.
Troisième défi : harmoniser les techniques et proposer des offres globales
Chaque corps de métier devra connaître les points de vigilance des autres corps de métier pour respecter la démarche bioclimatique. Le tissu professionnel du bâtiment étant essentiellement composé de TPE, le défi est de taille. En effet, le Grenelle imposant un travail non plus au centimètre mais au millimètre, il est d’autant plus nécessaire de réfléchir en amont du chantier à l’amélioration des techniques de pose à utiliser durant les étapes décisives d’étanchéité à l’air et de suppression des ponts thermiques – étapes d’isolation, de couverture et les finitions. Les entreprises doivent se regrouper et coordonner leurs actions pour concevoir des offres globales et proposer des enveloppes performantes avec des équipements producteurs d’énergie renouvelable.
Quatrième défi : élever le niveau de compétence de la maîtrise d’ouvrage
Il est important que la maîtrise d’ouvrage en construction, rénovation et exploitation ait les capacités à juger de la qualité d’une offre et de son niveau de performance et à considérer l’ensemble du processus pour avancer sur la question du coût global. En effet, les commandes publiques considèrent par exemple encore le coût initial comme seul élément de décision. Les maîtrises d’ouvrages semblent encore démunies et manquent d’outils de suivi et d’accompagnement de projets jusqu’à la garantie de performance. Il en est d’ailleurs de même pour les conseillers bancaires, dont l’enjeu de formation est majeur au regard des dizaines de milliers d’éco-prêts à taux zéro qu’ils commencent à recevoir. Les regroupements d’artisans auront à ce regard un rôle très important dans l’élaboration de devis détaillés et explicites.
Cinquième défi : considérer l’ensemble des nuisances et non pas seulement l’aspect thermique
Les aspects de santé environnementale, la qualité de l’air intérieur, les polluants émis par certains matériaux de construction (notamment les composés organiques volatils), la performance des équipements de ventilation, sont autant d’éléments à prendre en compte en rénovation et construction neuve. Le bruit ne doit pas être non plus écarté : il est la nuisance la plus citée par les ménages des agglomérations de plus de 50 000 habitants. Il est d’autre part source de stress, de fatigue, d’insomnie et de problèmes auditifs. Il est donc nécessaire que les opérations de rénovation associent des diagnostics acoustiques pour identifier les logements les plus exposés aux points noirs du bruit, ainsi que des plans de réhabilitation tenant compte de l’inconfort acoustique
Les défis à relever par le secteur du bâtiment sont donc multiples pour une profession atomisée, composée d’un très grand nombre de TPE et d’artisans, et qui doit s’adapter en très peu de temps. Ils sont d’autant plus immenses que la profession a dans son ensemble été durement touchée par la crise. Les collectivités ne devront pas oublier que ces défis les concernent également et qu’elles devront faire figures d’exemplarité, en particulier dans l’élaboration des cahiers des charges et dans le choix des prestations et groupements d’entreprises
Arnaud Gabenisch est Responsable du pôle d’expertise en économie durable d’ALCIMED.
Source photo : Conseil Général de Saône et Loire (CG71)
Sur le même thème : bâtiment durable, éco-construction













