Une ville écologique au cœur de l’une des provinces chinoises les plus prospères
par | 27.05.10

Tianjin peut être fière de son passé prestigieux et plus encore de son avenir qui s’annonce aujourd’hui plus vert que celui des autres provinces. Cette ancienne concession étrangère dont la population dépasse les 2 millions d’habitants, constitue la troisième région la plus riche de Chine derrière Pékin et Shangai et veut devenir un modèle de croissance verte. L’initiative vient du gouvernement même, qui a désigné en juin 2006, la zone économique de Binhai, située au sud de Tianjin, comme la nouvelle zone écologique habitée du pays, dont la construction ferait appel aux techniques les plus modernes et les plus innovantes.
Des déchets qui se font plus discrets
Jeter sa poubelle dans la benne à ordures est une habitude quotidienne pour des millions de chinois. Collectés par les éboueurs, les résidus finissent, comme dans la plupart des villes du monde, à la décharge. A Binhai, la gestion des déchets passe par une méthode toute nouvelle, déjà implantée dans certaines régions du monde, comme dans le quartier Hammarby Sjöstad de Stockholm. Les poubelles sont en effet directement reliées à un réseau de conduits enterrés sous le sol. Au moment où les déchets sont déposés dans la bouche d’évacuation, une soufflerie s’actionne et expulse l’air à grande une vitesse. La force de l’air comprimé permet l’évacuation des déchets en direction de la décharge, à la vitesse d’une rame de métro. « On peut considérer ce système comme la combinaison d’un réseau d’égout et d’un grand aspirateur » déclare Hao Zheng, directeur des ventes d’ENVAC, la société qui commercialise ce système. Cette méthode fonctionnant entièrement en espace clos permet donc d’éviter le contact direct entre les éboueurs et les déchets, contrairement au traitement traditionnel des ordures. Elle limite d’autre part les nuisances olfactives et le risque lié au transport de matières polluées.
Des puits de pétrole transformés en réservoirs géothermiques
Binhai abrite d’autres trésors, comme ces puits de pétrole condamnés au terme de leur exploitation commerciale. Des techniciens chinois ont eu l’idée lumineuse de les reconvertir en réservoirs géothermiques. Et les calculs sont plutôt en leur faveur : un puits de pétrole a généralement une profondeur d’environ 3 000 mètres, or les couches exploitables du point de vue géothermique peuvent l’être à partir de 2 000 mètres sous terre. Le système élaboré consiste donc à récupérer la chaleur utile à partir des puits et la transmettre aux habitations. Suite à un processus de filtrage et de compression, l’eau froide coule sous terre par l’intermédiaire d’un puits de retour. Aujourd’hui, 3 puits ont déjà été convertis grâce à cette méthode dans la zone de Binhai, permettant de fournir de la chaleur à un espace de 70 000 m2. Ce système permet non seulement d’économiser les ressources, mais aussi de diminuer la pollution. Séduite par les économies énergétiques substantielles permises par cette innovation, la mairie de Tianjin a par ailleurs décidé de l’appliquer dans le district de Tang Gu.
Un futur paradis vert ?
En coopération avec Singapour, les autorités chinoises souhaitent faire de Binhai un « petit paradis » pour les futurs habitants du quartier et tablent sur 350 000 habitants d’ici 10 à 15 ans. Les appartements sont équipés de chauffages géothermiques et sur les toits des bâtiments, des cellules solaires thermiques chauffent l’eau sanitaire. Par ailleurs, la moitié de l’eau courante provient de la collecte des eaux de pluie et du dessalement de l’eau de mer. Les bâtiments sont construits avec des matériaux dits « intelligents » pouvant absorber et libérer de la chaleur automatiquement, ceci afin d’économiser au maximum l’énergie. Sans compter que 20 % de l’énergie est, pour l’instant, d’origine renouvelable. « Binhai est non seulement une ville écologique, mais aussi une ville qui continue de mettre l’accent sur les solutions écologiques, indique Caiwen Wu, le directeur de la société Zhongxin Ltd. Il est facile de construire une nouvelle ville, plus respectueuse de l’environnement, mais beaucoup plus difficile de changer le mode de vie traditionnel des citoyens et de les convaincre de mener une vie vraiment écologique ». La ville verte idéale ne l’est pas forcément pour tous les chinois et l’intégration des habitants reste peut être la composante la plus incertaine de ce projet colossal.
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