Les éditeurs de progiciels s’emparent du reporting durable
par | 28.05.10
Notre envoyé spécial (Amsterdam – Pays-Bas). « Rethink. Rebuild. Report ». Avouons-le, le slogan de l’ « Amsterdam Global Conference 2010 » ne manque pas de classe. Pas sûr pour autant qu’il ait suffi à convaincre les éditeurs de progiciels de faire le détour par Amsterdam cette semaine (26 au 28 mai). Leur présence à la grande messe du « reporting » s’explique davantage par l’émergence d’un important marché des solutions de management de la performance durable. Le secteur ayant ainsi enregistré près de 45 nouveaux entrants lors des douze derniers mois. Pionnier de la spécialité, l’éditeur l’américain SAS propose depuis 2007 une suite logicielle baptisée SAS Sustainability Reporting. « Cette solution doit permettre aux directeurs développement durable des grands groupes de bénéficier d’un système d’information intégré pour la récupération de données et leur analyse », explique Jérôme Cornillet, Responsable développement Durable chez SAS France.
Basé sur le référentiel international GRI (Global Reporting Initiative), le logiciel permet donc de compiler l’ensemble des données d’une entreprise sur ses trois grands piliers « durables » : la finance, le volet social et l’effort environnemental. « Il s’agit de transformer l’information en plan d’action, poursuit Jérôme Cornillet. Avec cet outil, vous allez par exemple pouvoir quantifier, très précisement, un plan de réduction des émissions de carbone ». Voyages des collaborateurs, performance énergétique des bâtiments ou encore taux de mixité des équipes, toutes ces informations alimentent des outils d’analyses présentées sous formes de tableaux, cartes stratégiques et autres histogrammes. Une méthode qui a déjà séduit des utilisateurs comme La Poste italienne ou la Ville de la Haye. Et qui bénéfice de l’éclairage de l’AMEE, prestataire spécialisé dans la conversion de données en émissions carbone.
Un marché encore vert
Principale concurrente de SAS, la firme allemande SAP présentait à Amsterdam le « SAP Sustainability Performance Management » (SuPM). Un logiciel lancé en janvier dernier et avec lequel Yannick Peterschmitt, son responsable, vise la place de leader mondial du secteur. « Notre point fort, c’est la collecte de données. Nous avons déjà beaucoup de clients SAP, notamment en France. Nous leur garantissons une facilité d’utilisation ». Le manager français appuyant son propos en rappelant les partenariats de co-innovation signés avec Nestlé et Lexmark sur ce projet.
Pourtant, malgré cette concurrence forte, le marché des progiciels « durables » n’a pas encore atteint sa pleine maturité. Une timidité que Jérôme Cornillet explique notamment par des raisons culturelles. « Pour l’instant, en termes de systèmes d’information, les directeurs développement durable ont un peu tendance à multiplier les feuilles excels. Ils ne sont pas encore dans une démarche transversale. C’est pour cela que nous sensibilisons aussi les services informatiques et de contrôle de gestion. » Et quand le blocage n’est pas psychologique, il est souvent financier. La faute à un retour sur investissement difficilement quantifiable par les acheteurs.
Le rôle majeur de la réglementation
Pour imposer leurs solutions « responsables », les éditeurs pourraient finalement trouver leur salut dans la réglementation. En imposant aux entreprises des normes de « reporting durable », les décideurs publics pourraient rendre ces nouveaux logiciels incontournables. Une démarche déjà entamée en France avec les dispositions sur le bilan carbone de la loi Grenelle II. Dans un discours prononcé mercredi à Amsterdam, Ernst Ligteringen, chef exécutif du Global Reporting Initiative plaidait lui pour l’obligation d’un reporting GRI à l’ensemble des moyennes et grandes entreprises mondiales à l’horizon 2015. Ce ne sont pas les éditeurs qui le contrediront.
Source illustration : SAS
Amsterdam 2010 : Le « reporting durable » tient son sommet
C’est un bel écrin de verdure traversé de canaux. Pour tout participant de l’« Amsterdam Global Conference 2010 », la journée de palabres commence immanquablement par la traversée du Beatrixpark, attenant au centre des congrès d’Amsterdam. L’occasion sans doute de méditer sur les thématiques abordées pendant ces trois jours de conciliabules. « Si vous êtes dans le business, beaucoup de vos décisions ont forcément un effet à long terme. Nous construisons aujourd’hui 2050, nous construisons aujourd’hui notre durabilité », rappelle en ouverture de la manifestation Mathis Wackernagel, du Global Footprint Network (GFN). Sa solution ? Quantifier, dans les moindres détails, les effets environnementaux et sociaux de l’activité des entreprises, collectivités et ONGs. « Le reporting est une problématique complexe, mais elle est synonyme de transparence pour le public et pour le marché », justifie ainsi Barbara Klux en charge de la politique de Développement Durable de Siemens. Mieux compter pour mieux agir. L’idée est séduisante à l’heure où les grands groupes flirtent souvent avec le greenwashing. Mais la tâche reste immense. Pour atteindre l’universalité, le référentiel GRI devra s’adapter à une multiplicité de situations locales. Un défi qui devrait encore animer les discussions des conférenciers jusqu’à ce soir. Entre deux pauses « nature » au Beatrixpark.
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