Gondwana mesure l’impact des entreprises sur la biodiversité
Bonnes pratiques | Aucune réaction
par | 02.06.10

« Je connais des entreprises qui mènent des actions pour reboiser la forêt tropicale brésilienne alors qu’elles ignorent totalement l’impact de leurs sites industriels français sur l’environnement ». Ancienne journaliste économique, Véronique Dham ne plaisante pas avec la notion de biodiversité. Elle lui a même consacré sa nouvelle vie. Créee en 2005, sa société de conseil « Gondwana » – du nom d’un continent originel – propose aux entreprises de bâtir leur stratégie environnementale en insistant tout particulièrement sur la protection de la biodiversité. Une offre qui s’appuie depuis la mi-mai sur un outil d’évaluation maison : l’audit biodiversité. « C’est un tableau de bord qui constitue un préalable à toute stratégie de biodiversité explique la fondatrice. C’est assez novateur. En effet, à l’inverse d’un bilan carbone, vous ne pouvez pas additionner les papillons et les grenouilles dans une feuille excel.»
Définir un profil biodiversité de l’entreprise

Véronique Dham
A défaut de comptabiliser les batraciens, l’audit biodiversité de Gondwana mise sur un important travail de terrain. Il s’agit d’abord de récupérer l’ensemble des données « environnementales » de l’entreprise ou du site industriel étudié : émissions, rejets, matières premières… Une phase qui peut parfois s’avérer délicate pour les équipes de Véronique Dham . « En amont, nous commençons par discuter de l’audit avec les responsables des services développement durable ou environnement de l’entreprise. Ils sont souvent très intéressés parce que l’audit constitue pour eux un bon outil de travail. Mais ensuite, il faut convaincre les opérationnels de nous transmettre les chiffres. C’est notre plus grosse difficulté » Voilà pourquoi après avoir récolté les données internes, les auditeurs vont ensuite mener leur propre enquête en dehors des murs de l’entreprise. Objectif : mieux percevoir l’impact du site industriel ou de l’entreprise étudié sur les éco-systèmes locaux. Bureaux d’études, organismes publics et même associations de pêcheurs, autant d’interlocuteurs précieux pour affiner le diagnostic et livrer le verdict final. Après 6 à 8 semaines de travail, Gondwana va ainsi pouvoir livrer le « profil biodiversité » (lire l’encadré) du site industriel audité. Comptez 4 à 6 mois pour l’évaluation d’un grand groupe.
Les grands groupes aujourd’hui, les PME demain ?
Avec pour premières références des groupes comme Michelin ou Thales, l’audit biodiversité de Gondwana pourrait sembler réservé aux grands noms du CAC 40. Pas pour Véronique Dham : « Nous avons commencé par démarcher les grandes entreprises françaises. Mais notre outil est également parfaitement applicable aux PME, TPE et même aux collectivités locales ». L’agence a ainsi été sélectionnée par la Mairie de Paris pour la préparation d’un plan biodiversité prévu d’ici la fin 2010, soit juste avant la fin de l’année internationale de la biodiversité. Mais il faudra convaincre. En l’absence de contraintes réglementaires, l’intérêt de nombreuses entreprises pour ce sujet reste aujourd’hui limité au papier recyclé de leurs rapports « durables » de fin d’année. Pour changer la donne, Gondwana mise sur le partage de sa méthode avec les ONGs environnementales et le monde scientifique. En espérant, bientôt, définir ensemble une nouvelle norme mondiale pour la protection de la biodiversité.
Résultat de l’audit biodiversité mené par Gondwana, le profil biodiversité d’une entreprise ou d’un site industriel comporte trois points :
- Indice de vulnérabilité vis à-vis de la biodiversité : présence d’espèces ou de « milieux remarquables » à proximité des activités de l’audité
- Indice de perturbation de l’activité sur la biodiversité : destruction d’habitats, pollutions, prélèvement de ressources naturelles….
- Indice de dépendance vis-à-vis de la biodiversité : liste des matières premières « naturelles » qui rentrent dans la fabrication des produits (bois, eau, fibres, micro-organismes, bois, plantes…)
Gondwana en bref
Création : 2005
Activité : société de conseil spécialisée en biodiversité
Effectif : 4 postes à temps plein
Chiffre d’affaires : 160 000 euros
Coût d’un audit : environ 15 000 euros pour un site industriel moyen
Partenaire : Pricewaterhouse Coopers
Méthode concurrente : évaluation ESR du WBCSD (World Business Council for Sustainable Development)
Sur le même thème : biodiversité, bonnes pratiques environnementales













