
Alain De Foucaud
Avocat associé chez Taylor Wessing, Alain de Foucaud conseille plusieurs entreprises du monde des cleantech. Il a notamment accompagné des sociétés chinoises désireuses de s’implanter en Europe. Pour Cleantech Republic, il décrypte le boom actuel de l’économie verte en Chine.
Cleantech Republic : Pour la première fois, la Chine est devenue en 2009 le premier investisseur mondial dans les énergies vertes. Comment expliquer cet engouement de l’empire du milieu pour les cleantech ?
Alain de Foucaud : Tout simplement parce que ce secteur est vital pour la Chine. Les chiffres sont éloquents : 2000 nouvelles voitures entrent chaque jour dans Pékin, 60% de l’eau dédiée à l’agriculture est polluée et le pays compte plusieurs villes de plus de 15 millions d’habitants. Tout cela représente une pollution extraordinaire. C’est une nécessité absolue de « nettoyer » le pays. Pas pour une question d’argent mais pour une question de survie. Sans oublier que la Chine est un pays qui ne produit pas de pétrole.
Après les énergies renouvelables, la Chine semble mettre désormais l’accent sur la voiture électrique…
Il y a effectivement de nombreuses sociétés chinoises en pointe sur ce secteur. Mais selon moi, la Chine devra d’abord développer ses réseaux de transports en commun. C’est la priorité. Après, il ne faut pas croire que tous les chinois vont vivre de façon drastique. Il y aura toujours cette envie de conduire sa voiture parce que c’est un symbole de réussite, une part de rêve. Tous les modes mode de propulsion sont alors envisageables.
Les industriels occidentaux critiquent souvent la qualité des produits cleantech « made in China ». Est-ce justifié ?
Les produits chinois ne sont pas au top de la qualité tout simplement parce que les industriels locaux démarrent sur ce secteur. Mais ça va changer. Pour le « made in japan », il a fallu attendre des décennies. Aujourd’hui, les appareils électroniques japonais sont de très bonne qualité. Les chinois travaillent beaucoup sur l’amélioration et l’innovation de leur produits.
Et en terme de responsabilité sociale ou sociétale…
Ils sont également attentifs dans la mesure où les méthodes très polluantes ne sont pas viables à long terme. Dire qu’ils vont tout arrêter du jour au lendemain, cela serait faux. En revanche, ils vont faire de plus en plus attention à l’impact de leurs process.
Les entreprises françaises ont-elles des opportunités à saisir sur le marché cleantech chinois ?
Il y a d’énormes possibilités. Les constructeurs automobiles européens ne s’y sont pas trompés en investissant dans la voiture électrique et la voiture hybride. Mercedes a ainsi récemment racheté une société de fabrication des batteries. On peut également parler du manque de trains en Chine. L’idée c’est de remplacer l’avion. Il y ainsi des projets pour relier Pekin à Shanghaï et surtout Shanghaï à Guangzhou. C’est une belle opportunité pour des technologies européennes comme celles d’Alstom ou Siemens. Enfin, il y a tout ce qui concerne le traitement des déchets. Sur ce secteur, tous les gros noms français de la spécialité sont déjà présents en Chine.
Quels conseils donneriez vous aux entrepreneurs français qui souhaitent s’implanter en Chine ?
La première chose à savoir c’est qu’il faut absolument passer par une structure de droit hongkongais. Dans le cas d’un accord de joint venture avec une entreprise locale, il faut vérifier que le contrat est bien protégé. Plus généralement, il faut veiller à ne pas se faire copier et essayer d’être très présent sur place pour bien contrôler tout ce qui se passe. Autre point très important : s’assurer que ses partenaires chinois connaissent les bonnes personnes du gouvernement. Cela permet obtenir rapidement toutes les autorisations nécessaires. Enfin, il faut savoir que les chinois ont une vision plus circulaire du temps que nous. Pour eux, la lenteur est un facteur de richesse.
Source photo de Une : Allianz













