
Alors que des architectes norvégiens envisagent sérieusement d’ériger une tour en bois de 17 étages, les Français se contentent de construire chaque année quelques milliers de logis boisés pour bobos bien lotis, aussitôt mitraillés par des hordes de photographes de magazines déco branchés, histoire d’entretenir le phénomène. Et bien c’est terminé ! Dès 2011, nous verrons pousser des écoles en bois, des crèches en bois, des HLM en bois, des magasins en bois, des administrations en bois… Tout du moins, c’est que nous prédisent en chœur les acteurs de ce nouveau marché prometteur.

Projet de la Tour "Barents House" à Kirkenes en Norvège
Le bois libéré de ses chaînes
Il faut dire que les freins étaient nombreux. Entre les PLU (Plans Locaux d’Urbanisme) interdisant le bois, les incertitudes sur sa tenue au feu, ses faibles performances acoustiques, sa filière désorganisée et ses prix élevés, difficile de convaincre le prospect. Heureusement, tout s’est arrangé récemment, ou presque. D’abord, les pouvoirs publics ont fait leur job : l’arrêté du 24 mai 2010 intègre le bois dans la réglementation incendie et lui facilite l’accès aux ERP (Etablissements Recevant du Public) et l’Article 12 de la loi « Grenelle 2 » du 12 juillet 2010 dispose que « le permis de construire ou d’aménager [...] ne peut s’opposer à l’utilisation de matériaux renouvelables [...] permettant d’éviter l’émission de gaz à effet de serre… » En clair : interdit d’interdire le bois, sauf aux abords d’un monument historique. La mauvaise isolation phonique, déterminante lorsque l’on vise le marché de l’habitat collectif, serait résolue. « Nos derniers tests au LABE du CSTB ont atteint les exigences des labels » se félicite Jacques Sotty, Président fondateur de Bois et Futur.
La filière amont du bois ? Certes, elle tarde un peu à s’organiser. « Il est très difficile de trouver du bois de construction français correctement séché, déplore Jacques Sotty. Nous sommes donc contraints de nous approvisionner chez nos voisins européens ». Mais l’appel à un « plan bois » par Nicolas Sarkozy à Urmatt en 2009, dont l’objectif est de décupler l’utilisation du bois dans la construction, semble se concrétiser : « Le plan bois prend forme. Des budgets ont été débloqués et les acteurs de la filière travaillent de concert » rapporte Loïc de Saint Quentin, Secrétaire général de l’Afcobois (syndicat de la construction bois). Il va sans dire qu’il faut sans doute un peu de patience dans ce domaine… Reste le problème du prix, car le bois est à l’évidence plus onéreux que le béton. « Il ne faut pas confondre le prix du matériau et le coût total d’acquisition de l’ouvrage » rappelle Jacques Sotty. Or il faut bien admettre que les immeubles bois sont très vite construits. D’ailleurs, les pros du secteur disent plutôt « pose » ou « montage ». « Nous passons plus de temps en étude, mais une fois le bâtiment fabriqué en atelier, sa mise en œuvre est deux à trois fois plus rapide que l’équivalent béton, et avec une équipe réduite de surcroît, explique Jacques Sotty. Au final, le coût total d’acquisition est donc tout à fait concurrentiel au regard des autres techniques ».
Le secteur public montre l’exemple

HLM Bois à Paris, Monmartre (Photo AFP/Archives/Fred Dufour)
Ces temps de chantier record plaisent beaucoup aux politiques. « En 2009, une poignée d’appels d’offres ont été émis par les collectivités et les parapublics, relève Eric Guez, PDG de Système Bois Massif. En 2010, nous en comptons quatre à cinq fois plus, et pour des projets plus importants ». La demande concerne essentiellement des bâtiments publics (écoles, crèches, bureaux, administration accueillant du public…) de 1500 à 5000 m2 et des ensembles HLM de 20 à 30 logements. « Les bailleurs sociaux tirent le marché, car ils veulent éviter la précarité énergétique de leurs locataires, et les impayés qui en découlent, » analyse Jacques Sotty. « C’est également un signe politique important pour un maire de construire en bois. Cela démontre un certain dynamisme » ajoute-t-il.
Des métiers de haute technicité
Ne devient pas constructeur d’immeubles en bois qui veut. Le métier demande même une sacrée gamme de compétences. « L’intégration de ces compétences est la clé de la réussite car les performances thermiques ne supportent pas l’à-peu-près », indique Eric Guez. « Ce qui fait la différence, c’est la valeur ajoutée. Nous réalisons nous même le maximum d’opérations : étude, fabrication, et enfin mise en œuvre, » ajoute Jacques Sotty. Quant à ce qu’ils sont contraints de sous-traiter, les entrepreneurs sont très exigeants. « Nous travaillons par exemple avec la société Profil, qui nous fournit des pieuvres hydrauliques et électriques préparées au centimètre près. Ainsi, aucune découpe n’est nécessaire sur le chantier » dévoile Jacques Sotty. Eric Guez ajoute : « La coordination des corps de métier est un enjeu primordial. Dans la filière humide classique, les lots sont distincts et chacun fait un peu son boulot dans son coin. C’est impensable dans la construction bois, car les macro-lots sont interdépendants. Chacun doit non seulement connaître son métier parfaitement, mais également celui des autres ». Ces besoins en compétences techniques sont en fait l’enjeu principal du secteur. « La formation ? C’est le nerf de la guerre ! » lâche Jacques Sotty. Et comme on n’est jamais aussi bien servi que par soi-même, il va bientôt créer son propre centre de formation.
2000 constructeurs de maisons individuelles en bois
Sur le papier, tout va bien. « La part de marché de la maison bois dans le résidentiel neuf est passée de 3% en 2000 à 6,5% en 2009, soit 10 000 logements » compte André Caron, fondateur du cabinet de marketing éponyme, spécialiste des marchés de la maison individuelle. « Il y a encore une marge de progression car 20% des acheteurs accepteraient une maison bois » ajoute-t-il. La progression reste toutefois honorable, car, d’une part, ces habitations sont encore trop chères pour les primo-accédants, obérant de facto une part non négligeable du marché, et, d’autre part, les clients potentiels (CSP+, ou déjà propriétaires) ont eu du mal à vendre leur logement précédent durant la crise immobilière. « Mais, le marché va se démocratiser, car les constructeurs nationaux de maisons individuelles commencent à proposer des maisons bois bon marché dans leurs catalogues » estime André Caron.
Sur le terrain, tout se complique. « Nous avons identifié plus de 2000 constructeurs de maisons individuelles en bois sur tout le territoire, révèle Loïc de Saint Quentin, Secrétaire général de l’Afcobois, Et comme il n’y a pas de barrières à l’entrée, beaucoup sont des opportunistes sans réelle formation ». Faillites, arnaques et malfaçons… des maux bien connus dans la construction traditionnelle, n’épargnent pas les logis écolos. « Nous avons cherché pendant deux ans un constructeur de maison bois sérieux dans notre région, raconte Julien, un père de famille de 35 ans. Les pubs annoncent 800€ par mètre carré, mais au final on arrive plutôt à 3000 € ! ». La vigilance reste donc de mise en attendant la généralisation des labels de qualité, à l’instar d’Eco-artisan (Capeb) ou de la Charte de qualité des membres de l’Afcobois.
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Tintin01 | 18.12.10 à 19.35
Certes, le bois est un matériau écologique.
Mais… la déforestation ?