« Il y a une réelle dépendance de l’agriculture aux énergies fossiles »
par | 18.01.11

Consommation, production, stockage : quel sera le rapport de l’agriculture française à l’énergie dans les prochaines décennies ? Pour tenter de répondre à cette difficile question, le Centre d’études et de prospective du Ministère de l’Agriculture, de l’Alimentation, de la Pêche, de la Ruralité et de l’Aménagement du territoire présentera demain, à Paris, sa prospective « Agriculture Énergie 2030 ». Une mission pilotée par Bruno Hérault et Julien Vert, respectivement Sous-directeur de la prospective et Chef du bureau de la prospective et stratégie au sein du ministère. Interview.
Cleantech Republic : Vous présenterez mercredi les résultats de la prospective « Agriculture Énergie 2030 ». Comment ces travaux ont-ils été menés ?
Bruno Hérault : Nous avons distingué quatre scénarios d’avenir volontairement contrastés. Le premier décrit une situation de sobriété combinée à une gouvernance régionale. Le second est basé sur la coexistence de deux modèles : une agriculture d’entreprise et une agriculture multifonctionnelle. Le scénario suivant est celui d’une agriculture-santé portée par une consommation citadine. Enfin, le dernier cas envisagé repose sur l’émergence d’une agriculture plus environnementale, à forte maîtrise de l’énergie.
Julien Vert : Dans chaque scénario nous avons chiffré l’évolution de la production agricole, de la consommation d’énergie et des émissions de gaz à effet de serre de la « ferme France ».
Bruno Hérault : C’est un exercice ouvert. Il résulte du travail d’un groupe comptant une quarantaine de personnes représentant l’ensemble des sensibilités du secteur agricole : ministères, agences publiques, techniciens, chercheurs, associations, secteur privé…
Quelles seraient les conséquences environnementales de ces différents cas de figure ?
Julien Vert : Le scénario de la sobriété engendrerait une croissance des surfaces en herbe, une forte réduction des apports en azote minéral, une diminution sensible des rendements et un fort développement de la méthanisation et des huiles végétales pures. Le second scénario est celui de la stabilité avec un maintien des apports en azote minéral et une augmentation des surfaces en céréales. Tourné vers la santé, le troisième scénario engendrerait une baise de l’usage des phytosanitaires et un développement important des biocarburants de seconde génération. Quant au dernier scénario, c’est celui de la transition environnementale avec une très forte réduction des apports en azote minéral et un important développement des énergies renouvelables comme le photovoltaïque, l’éolien ou la méthanisation.
Quels facteurs orienteront l’agriculture française vers l’un ou l’autre de ces scénarios ?
Julien Vert : Certains scénarios reposent beaucoup sur des évolutions techniques ou technologiques (ndlr : comme l’émergence de biocarburants de seconde génération). D’autres font davantage appel à des éléments socio-politiques ou économiques. Le futur se sera jamais complètement l’un de ces scénarios.
Bruno Hérault : De même que la prospective est systémique, les solutions sont systémiques. La PAC, les choix du consommateur ou l’évolution des ressources extérieures contribueront à définir les grandes orientations de l’agriculture. L’avenir est ouvert.
La recherche publique devrait également jouer un rôle important dans ces évolutions…
Julien Vert : Pour l’instant, la question du rapport de l’agriculture à l’énergie est assez peu étudiée. Pourtant, il y a une réelle dépendance de l’agriculture aux énergies fossiles. Nous pensons qu’il faudra mettre en place des stratégies de recherche sur ce sujet. Il s’agit notamment de réduire les apports en azote minéral, concevoir des systèmes de production plus économes en énergie, proposer des alternatives au labour ou augmenter les rendements de l’agriculture biologique. Il faudra aussi mener une réflexion sur la transmission de ces recherches du laboratoire aux champs.
A consulter : Prospective Agriculture Energie 2030 - Synthèse (PDF, 12 pages)
Ndlr : A la demande du Ministère, cette interview a été relue et amendée par Bruno Hérault et Julien Vert.
Source photo : Akuo Energy
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