L’impact de la crise sur les levées de fonds dans les cleantech
par | 20.01.11

Mélanie Beaudoing
Mélanie Beaudoing est étudiante en dernière année du Programme Grande Ecole de Grenoble Ecole de Management – Spécialisation finance. Elle a clôturé son stage de six mois passé chez Phillimore Investissement par la rédaction d’un rapport rendu en novembre 2010 portant sur « l’impact de la crise sur les levées de fonds dans le domaine des cleantech ». Elle nous en livre ici une synthèse.
Voilà déjà plusieurs années que les cleantech sont reconnues comme un secteur à part entière par les investisseurs, au même titre que les « biotech » ou les « medtech ». Après une période faste, le financement de l’innovation cleantech en France, pourtant en plein boom, a été frappé de plein de fouet par la crise financière.
Des fonds d’investissement qui ont eux-aussi subi la crise
L’analyse des acteurs du financement cleantech permet de mettre en évidence deux grands types d’acteurs du financement privé : les fonds d’investissement spécialisés, tels qu’Emertec, Demeter ou encore Viveris pour les plus connus, positionnés sur des sociétés très innovantes des cleantech ; des fonds généralistes, ayant notamment levé des fonds dans le cadre de la loi TEPA (défiscalisation de l’ISF dans le cadre de FIP ou FCPI) comme Finaréa ou Audacia.
A l’inverse des entreprises, la crise financière n’a pas engendré une concentration des acteurs financiers des cleantech. Mais elle a eu d’autres conséquences : les levées de fonds ont été fortement ralenties notamment auprès des institutionnels, le nombre d’opérations a baissé et les participations des fonds ont connu des difficultés. Ce qui a contraint les fonds de recentrer leurs priorités sur la gestion de leur portefeuille et à reporter la création de nouveaux fonds d’investissement.
Toutefois, l’ampleur de la crise fut différente selon le type d’acteurs que nous venons de distinguer. En 2009, les levées de fonds ont ralenti pour les fonds ISF (322 M€ levés en 2009 contre 570 M€ levés en 2008) alors que les levées de fonds auprès d’institutionnels ont été difficiles : seulement trois nouveaux fonds spécialisés ont été clôturés en 2009.
Des demandes constantes de financement mais une baisse des investissements
En France, la crise a fortement impacté les montants investis dans les cleantech, particulièrement en capital-risque. On observe sur le graphique ci-dessus le lien entre conjoncture et investissement dans les cleantech. Au plus fort de la crise début 2009, les montants investis dans les cleantech avaient chuté de plus de 40%. Bien que la tendance ait été à la baisse pour l’investissement sur l’ensemble des secteurs, la part des deals cleantech a diminué lors de cette période, ce qui montre un désintéressement volontaire des investisseurs au profit d’autres secteurs comme celui de la santé.
Selon les professionnels du secteur, les demandes d’investissement sont restées constantes tandis que le nombre d’opérations a fortement chuté. Bien que les fonds ISF aient maintenu le niveau de leurs opérations du fait de l’obligation d’investir les montants levés dans un délai défini, la crise a fait chuter les valorisations. Au lieu de créer des opportunités d’investissement, ce phénomène a rendu les sorties de portefeuille plus difficiles pour les fonds.
Au sein même de l’investissement dans les cleantech, les fonds ont constaté une repolarisation des opérations sur les secteurs des cleantech les moins risqués au détriment des sociétés proposant des technologies de rupture. Faisant face à des difficultés en interne avec leurs sociétés, les fonds d’investissement ont choisi, dans le cadre de leur démarche de financement, de renforcer leurs critères de sélection des dossiers. Le facteur « Equipe porteuse du projet » est devenu un aspect incontournable dans l’étude d’un dossier.
Vers une reprise progressive ?
Tout comme en France, la crise a largement fait chuter les investissements à l’échelle mondiale. Toutefois les résultats des deals du 3e semestre 2010 montrent globalement une reprise au niveau mondial par rapport à 2009 avec un total de 3,6 milliards d’euros levés sur le semestre. Ce montant s’explique principalement par des rachats et des introductions en bourse de géants asiatiques de l’éolien et du photovoltaïque comme SolarfunPower et Goldwind. La tendance récente du développement de géants industriels des énergies nouvelles et la montée en puissance de la bourse de Hong Kong (première place mondiale pour les introductions en bourse) focalisent le développement des cleantech et les investissements de l’autre côté de la planète.
La France n’a pas connu d’introduction en bourse permettant de lever des centaines de millions d’euros, mais a affiché une croissance des investissements du private equity par rapport à 2009. La tendance semble donc présager une reprise durable de l’investissement dans le secteur des cleantech. Cependant dans quelle mesure peut-on parler de reprise lorsque le gouvernement, en période de restrictions budgétaires, freine les dispositifs favorables à l’essor des cleantech ?
Pour aller plus loin
Télécharger le rapport de stage complet - « l’impact de la crise sur les levées de fonds dans le domaine des cleantech » - de Mélanie Beaudoing, étudiante en dernière année du Programme Grande Ecole de Grenoble Ecole de Management – spécialisation finance.
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