Le potentiel énergétique des couches pour bébés enfin révélé
par | 18.07.11

Un million de tonnes chaque année, soit 9% du volume des déchets ménagers des Français. Les langes de nos chérubins sont un véritable cauchemar pour les collectivités. Poids lourd de la gestion des déchets, Suez Environnement a flairé dans ce gisement un potentiel économique non négligeable. Par l’entremise de sa filiale Sita, l’entreprise teste actuellement le procédé « Happy Nappy » qui devrait permettre, à terme, de recycler les couches et surtout de valoriser leur contenu.
Un processus de valorisation en trois temps
« Une couche, c’est à la fois simple et complexe », expose Laurent Galtier, directeur du développement chez Sita. On y retrouve effectivement trois grands types de matériaux : les plastiques, les matières organiques (cellulose et matières fécales) et les polymères super-absorbants (non recyclables). Au total, 90 % d’un lange jetable serait valorisable via le procédé Happy Nappy. « Les couches sont d’abord broyées pour séparer les différents composants. Le broyat est ensuite mélangé avec de l’eau dans une grande machine à laver. Le tambour va retenir les plastiques et les matières organiques. A la fin du processus, les polymères et la matière organique seront séparés par filtration ».
Tandis que les plastiques rejoindront la filière classique de recyclage, les matières organiques seront valorisés en biogaz via le réseau de stations de Sita. « Nous sommes dans un scénario où l’usine de récupération serait placé sur une station d’épuration. Ce qu’on mettrait dans le méthaniseur serait équivalent à ce que reçoivent aujourd’hui nos stations. Le taux de production de méthane à partir de couches est d’ailleurs similaire à celui produit à partir des boues de stations d’épuration ». En dernier recours, les matières organiques pourraient également servir à la production de compost.
Prochaine étape : sortir du laboratoire
Sélectionné en 2009 dans le cadre de l’appel à projets éco-industries, le projet des « couches heureuses » a reçu à ce titre un financement de 136 000 € de l’ADEME sur un budget total de 340 000 euros. En réalité, la multinationale n’a pourtant rien inventé. Elle s’est seulement associée à une entreprise anglaise qui travaille sur ce sujet depuis près de vingt ans. « Nous avons signé un accord de confidentialité et d’exclusivité avec Knowaste, la seule société qui détient des brevets dans le domaine du recyclage des couches » précise Laurent Galtier.
Si l’anglaise Knowaste est déjà en train d’ouvrir une usine dédiée à la valorisation et au recyclage des couches à Birmingham, les Français en sont encore au stade du laboratoire. Un écart de timing qui s’explique aussi par la lourdeur des taxes sur la mise en décharge Outre-Manche. « Avant de lancer ce procédé en France, nous voulons vérifier que son modèle économique tient la route ici et que l’Analyse de Cycle de Vie est écologiquement positive ». Mais la plus grande inconnue reste la gestion de la collecte de ces déchets. Sita compte en priorité s’adresser aux structures collectives (crèches et maisons de retraite). La filiale de Suez Environnement pourrait aussi s’inspirer de la société nantaise Arbalange qui valorise les matières organiques de langes lavables après les avoir récupérés en triporteurs auprès de ses clients.
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