Tri sélectif : CitéGreen récompense les usagers les plus vertueux
par | 07.09.11

Peu enclins à sauver la planète, les urbains ? « On se rend compte que seulement 3% de la population est sensible à un discours préventif », note Emmanuel Touboul, l’un des trois fondateurs de CitéGreen, dont le concept consiste à rétribuer les consommateurs les plus attentifs à leur environnement. Transway (soleillos), MyCO2 (greenpoints)… On assiste depuis quelque temps à l’émergence de start-up de services qui récompensent les éco-gestes. Fondée en juin dernier, CitéGreen rejoint le bal avec une approche différenciatrice : elle a décidé de s’attaquer au tri sélectif. La jeune pousse propose aux collectivités un service inédit de sensibilisation de leurs administrés, avec la promesse d’augmenter le tonnage des emballages recyclés par un système d’incitation attractif.

Emmanuel Touboul
Par l’intermédiaire d’une plate-forme en ligne, en bêta test public d’ici novembre, un trajet en auto-partage, en vélo en libre-service ou un pot de peinture usagé ramené en déchetterie suffiront à engranger des points. Lesquels se transformeront en bons d’achat de vêtements équitables, de produits bio ou de services dématérialisés chez les partenaires affiliés. A terme, les points accumulés ouvriront l’accès aux services culturels ou sportifs de leur ville à des tarifs préférentiels. De quoi faire grimper jusqu’à 600 euros leur pouvoir d’achat annuel sur des produits et services verts, promet l’entrepreneur.
Recycler, ça paie !
S’agissant du tri sélectif, la jeune entreprise incite les collectivités à équiper de puces les bacs jaunes de leurs administrés par les prestataires responsables de la collecte, afin de pouvoir peser les bacs et lier le poids des emballages récupérés à une adresse, donc à un compte utilisateur. Plus le poids du bac jaune sera élevé, plus le consommateur gagnera des points. Le principe rappelle exactement celui de la redevance incitative, rendue obligatoire par le Grenelle de l’environnement, et déjà expérimentée par quelques communes françaises.
Avec la redevance incitative, ce sont les poubelles de déchets résiduels qui sont équipés de puces : plus la poubelle est lourde, plus les foyers paieront une redevance élevée. Les fondateurs de CitéGreen suggèrent donc d’inverser la proposition et de récompenser les meilleurs trieurs au lieu de faire payer le trop plein de déchets. Troquer le bâton contre la carotte ? « Du pouvoir d’achat pour sensibiliser, c’est un peu cynique mais c’est un levier d’incitation qui fonctionne ».
CitéGreen vise en premier lieu les grands bassins urbains, « moins vertueux en terme de tri », mais à l’image du poids de nos poubelles, l’affaire n’est pas mince. La marge de manœuvre des collectivités en termes de gestion des déchets est limitée par les marchés de collecte, renouvelés tous les deux à cinq ans. Certaines des villes sollicitées pourraient ainsi vouloir attendre le lancement de la redevance incitative sur leur territoire pour la coupler à l’offre complémentaire de CitéGreen. Deuxième difficulté à lever : récompenser le tri dans l’habitat collectif peut s’avérer d’une complexité sans nom, les mauvais trieurs pouvant profiter du système : « notre système crée de l’émulation dans l’immeuble et au final l’engouement des résidents permet d’améliorer les performances de tri », estime au contraire le directeur général de CitéGreen.
Un système qui fait ses preuves aux Etats-Unis depuis 2004
Les jeunes Français se sont fortement inspirés du succès de l’entreprise américaine RecycleBank, qui revendique pas moins de trois millions de foyers inscrits dans son pays d’origine et un démarrage en fanfare au Royaume-Uni. 70% de foyers inscrits sur sa plate-forme et un triplement du volume d’emballages triés en une seule année : des chiffres qui ont de quoi rassurer les partenaires et les villes.
D’autant plus qu’aujourd’hui le traitement d’une tonne de déchets non triés représente pour les collectivités un coût de 10 à 15% plus élevé que celui du volume de déchets triés. Elles ont donc intérêt à stimuler le tri sélectif par tous les moyens. Dont celui de faire appel à CitéGreen qui promet à celles qui paieront pour ce service en fonction des objectifs atteints, une augmentation rapide du volume d’emballages collectés.
CitéGreen mise modestement sur 200 000 inscrits d’ici fin 2012 en débutant par Paris et des villes limitrophes, qui sont sur les rangs pour expérimenter le service. Reste à prouver que les Français sont aussi sensibles que les Anglo-Saxons au discours de la carotte. Histoire d’éviter que la boîte estampillée CitéGreen ne finisse dans un bac jaune…
CitéGreen en bref
- Date de création : juin 2011
- Siège social : Paris (Paris Incubateur CréaNova)
- Effectif : 3
- Partenaires : Tudo Bom, Le Kiosque, Greenrepublic… (une dizaine au total)
- Premières expérimentations prévues (volet tri sélectif) : janvier 2012
- Concurrents français : MyCO2 (consommation, affichage environnemental), What is it (cash back vert), TransWay (transports)
- Levée de fonds en cours (Love Money) : 100 à 200 000 euros
Crédit photo : JLC17 - Fotolia.com
Sur le même thème : collecte, Déchets, emballage, Paris, recyclage de déchets, redevance incitative, tri sélectif















Laurent MERCAT | 8.09.11 à 10.40
Ce genre de dynamique incitative est intéressant mais il ne doit pas devenir “une usine à gaz”, trop complexe pour être appliqué. La démarche autonome de déclaration est lourde en temps passé. Elle peut se substituer avec accord de la personne concernée, CNIL oblige, à une démarche automatisée où les données déchets, transport urbain, vélo vont aller alimenter automatiquement le compte de la personne concernée. Ceci est techniquement réalisable très facilement pour les vélos en libre service et notre société spécialisée dans ce domaine est très ouverte à cette orientation.
Remarque technique sur l’article, il me semble bien que le meilleur déchet est bien celui qui n’existe pas ! Récompenser un foyer sur le poids de sa benne jaune peut encourager à accroître le poids de déchets ou à mettre dedans des déchets non recyclables. C’est donc bien le poids total des 2 bennes qui devrait être suivi en encourageant un transfert de la benne déchets ultime vers la benne jaune et un encouragement à un poids total minimum. Bref, les quelques données récoltées de façon automatiques sont très partielles et rien ne remplace toutefois un travail qualitatif et de sensibilisation moins big brother, dont l’effet sur le comportement est long, difficile et aléatoire mais payant à terme !