Echec de Solyndra : un camouflet pour la politique pro-ENR du camp Obama ?
par | 14.09.11

L’annonce a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans la communauté des cleantechs californiennes ce mercredi 31 août. Solyndra, société emblématique de la filière solaire, décidait de se déclarer en banqueroute et licenciait 1100 employés. La nouvelle se répandit comme une traînée de poudre dans la plupart des médias spécialisés.
C’est qu’au-delà de cette seule entreprise, c’est toute l’industrie solaire californienne et américaine qui est impactée. On peut également y voir une remise en cause de la politique énergétique de l’administration Obama et du soutien financier important apporté par le Department of Energy (DoE) à la filière solaire dans son ensemble. La célébration des emplois créés, de l’innovation technologique américaine triomphante, et du retour d’une production industrielle sur le sol américain, plutôt qu’en Chine, aura fait long feu.
Echec d’une entreprise condamnée au succès
Solyndra n’avait pas le droit à l’erreur et le scénario qui se déroule aujourd’hui est vécu comme un cauchemar pour l’administration en poste. Lors d’un passage en Californie il y a un an, le président Obama avait choisi le site de la nouvelle usine de Solyndra pour défendre son projet d’introduction d’une loi « climat », vantant au passage la création d’emplois verts et le soutien à cette nouvelle industrie par les mesures gouvernementales du Stimulus Package. Cette usine, où étaient fabriqués les modules solaires tubulaires à base de cellules photovoltaïques de type couche mince - signature de Solyndra - était sortie de terre grâce à un prêt garanti de 535 millions de dollars du DoE.
Solyndra était devenue tout à la fois la vitrine technologique des cleantechs en Californie, et le fer de lance de la politique de stimulation de l’industrie verte par l’administration Obama. A ce titre, il était important qu’elle réussisse, malgré les nombreuses ombres au tableau, comme le coût élevé de sa technologie ou un audit du DoE qui avait mis à jour une montagne de dettes accumulées par la société et sa rapidité à dépenser son capital, et la décision de reporter son introduction en bourse.
Selon l’équipe dirigeante de Solyndra, les raisons de son échec sont multiples : malgré une croissance importante au premier semestre 2011, l’entreprise n’a pas pu rapidement déployer une capacité de production suffisante pour rivaliser avec les productions étrangères, notamment chinoises. La compétition intense a été accentuée par un surplus de panneaux solaires sur le marché, une chute des prix, et la baisse des tarifs d’achat dans les pays européens.
Pour de nombreux acteurs du secteur, c’est avant tout le coût élevé de sa technologie en pleine chute des prix - 42% de baisse depuis décembre pour les modules PV - qui a causé sa perte. En effet, les investisseurs de Solyndra avaient tablé lors de leurs calculs initiaux sur un prix du silicium fort et stable. Pour d’autres, c’est juste l’illustration que le modèle d’affaire de cette société n’était pas viable, car reposant sur des mécanismes incitatifs artificiels et temporaires.
Ouverture d’un audit sur le système d’attributions des prêts du DoE
Le programme Loan Guarantee se retrouve dans le collimateur des républicains. C’est l’un des outils du gouvernement pour financer le lancement de la commercialisation de nouveaux produits technologiques à fort impact dans le domaine des technologies propres. Il s’agit d’appuyer les startups à l’une des étapes les plus critiques dans leurs vies : le moment où une technologie qui a fait ses preuves en laboratoire et/ou en site de démonstration doit être massivement produite et déployée. Les besoins financiers deviennent cruciaux, alors que la startup a déjà consommé une partie de l’argent de ses investisseurs. C’est à ce moment précis du développement de l’entreprise que l’Etat américain octroie des prêts garantis, pour accroître la confiance des banques dans la startup.
Or, certains projets financés ont essuyé des échecs, ce qui a déclenché un audit du système d’attribution des prêts. Ainsi l’inspecteur général du DoE a-t-il trouvé que le processus de réduction des risques de ces investissements n’était pas toujours assez documenté. Des voix se sont donc élevées pour protester contre les paris risqués faits par l’administration. Il faut dire que le directeur du DoE « Loan Program », Jonathan Silver, vient du capital-risque et que ses choix stratégiques peuvent être en rupture totale avec l’administration classique du DoE.
Le cas qui cristallisait toutes les inquiétudes était celui de Solyndra, et sa banqueroute stigmatise un mauvais investissement qui remet en cause tout le modèle. Certains lauréats comme Tesla (voitures électriques) et First Solar (modules photovoltaïques) restent pour l’instant des réussites, mais d’autres comme A123 (batteries) et Fisker (voitures électriques) n’ont pas encore fait la preuve que le DoE est à même de construire les champions des technologies propres. Une enquête sur l’octroi du prêt à Solyndra avait d’ailleurs été lancée par des représentants républicains du House Energy and Commerce Committee. La banqueroute va donc apporter de l’eau à leur moulin.
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Bio express de l’auteur
Thomas Deschamps, Attaché Scientifique du Consulat Général de France à San Francisco. Il contribue au blog FrenchScienceSF.
Cet article a été rédigé en collaboration avec
Pauline Caumon, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie au consulat général de France à San Francisco. Elle contribue notamment au site « French Science SF »
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Pauline Caumon, Attaché Adjoint pour la Science et la Technologie au consulat général de France à San Francisco. Elle contribue notamment au site 













Paul | 15.09.11 à 09.41
Quel dommage que des accidents de parcours et que des conditions d’octroi de prêts un peu “légères” fassent de l’ombre à la stratégie d’Obama. Quand on lit le rapport de la fondation Google (The Impact of Clean Energy Innovation) publié cet été, on ne peut que souhaiter que le petit jeu de la lutte politicienne ne prenne pas le dessus. Rapport à lire absolument : http://www.google.org/energyin.....vation.pdf