« Les gaz de schiste reviendront en France aussi vite qu’ils en sont sortis »
par | 10.02.12

En France, les gaz et huiles de schiste resteront prisonniers des roches mères pour encore longtemps. Un an et demi. C’est le temps qu’il a fallu pour enterrer définitivement l’idée d’une filière nationale d’exploitation de ces hydrocarbures non conventionnels. Mars 2010 : trois permis d’exploration sont accordés, l’un à Total à Montélimar, deux au Texan Schuepbach Energy en Ardèche (Villeneuve-de-Berg) et en Aveyron (Nant). Octobre 2011 : ces trois permis sont abrogés, avec entre-temps, l’interdiction votée par le parlement en juin 2011 d’utiliser la fracturation hydraulique (technique dénoncée pour ses atteintes à l’environnement) sous la pression des citoyens et des élus.
Pour autant, fallait-il jeter le bébé avec l’eau du bain ? Dans son livre « La France doit choisir » (p. 258), Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain, estime qu’il serait dramatique pour la France de ne pas profiter de l’avantage de posséder dans son sous-sol de réserves considérables de gaz exploitables. « Il est urgent [...] d’engager sans tarder un programme de recherche et développement [...] », écrit-il. En jeu, l’indépendance énergétique de la France, en particulier lors des pics de demande dans les périodes de grand froid, comme celle qui traverse l’Europe en ce mois de février 2012. Les livraisons de gaz du Russe Gazprom vers l’Hexagone étant actuellement inférieures de 30% par rapport à la demande (source : Les Echos).
Un procédé de biogénération de gaz méthane à partir des roches mères
La France pourra-t-elle se passer des gaz de schiste ? Quelle est la réelle dangerosité de la fracturation hydraulique (comme dans tout débat passionné, beaucoup d’approximations ont été avancées au pic de la protestation) ? Existe-t-il un procédé alternatif et « propre » à l’hydrofracturation ? Sans se faire l’avocat du diable (parce que la fracturation hydraulique a montré qu’elle pouvait être diabolique), Cleantech Republic a souhaité, avant de plonger dans les entrailles de la terre, prendre de la hauteur et étudier, sans tomber dans l’irrationnel, les avantages et inconvénients de l’exploitation des gaz de schiste. Pour cela, la rédaction s’est appuyée sur l’expertise du scientifique Gilles Dromart. Lequel est non seulement professeur des sciences de la terre au Laboratoire de Géologie de Lyon, mais aussi cofondateur de Tharsis Energy, une start-up, fondée en novembre 2010, qui développe et exploite un procédé de biogénération de gaz méthane à partir des roches mères du sous-sol géologique.
- Pour découvrir les enseignements tirés du long entretien avec Gilles Dromart, téléchargez son interview au format PDF.
Sur le même thème : gaz de schiste, gaz naturel, Total
















CCevasco | 15.02.12 à 13.55
Bravo pour cette initiative de débat louable !… et courageuse car allant un peu à l’encontre d’une pensée dominante un peu trop facilement monocorde !
Après la phase d’opposition parfois totalement irrationnelle qui a saisi les territoires potentiellement concernés par cette éventuelle présence de gaz de schistes, il est bon d’essayer de contribuer à un débat apaisé, objectif et rationnel.
Un débat apaisé aurait tout d’abord été facilité par l’ouverture d’une discussion préalable à l’octroi des permis d’exploration concernés. En donnant (je pense par simple habitude bureaucratique de gestion de ce type de dossier “entre initiés”) le sentiment qu’on voulait exclure les citoyens de cette décision, on a pris le risque d’un dérapage incontrôlé et qui sera difficilement récupérable.
Quelle vision technocratique que de croire qu’en 2011, alors que tout le monde peut accéder via le web à des sources d’informations (plus ou moins fiables) quasi illimitées sur ces sujets, on pouvait décider de ces permis en catimini !!! Il eut fallu faire précéder cet octroi de licences d’un grand débat explicatif avec les populations et les élus locaux. Il aurait permis de préciser l’enjeu de ces éventuelles ressources gazières pour la France, ce qu’est un permis d’exploration, les techniques qui seraient utilisées, les informations qui seraient rendues publiques… Mais notre administration a (avait ?) le culte du secret et a une fois de plus péché par excès de zèle technocrate : l’absence d’information fiable et surtout de consultation des parties prenantes ouvre la porte aux fantasmes, aux angoisses sincères ou calculées… et aux campagnes militantes dont il ne faut pas non plus perdre de vue l’objectif prosélyte. Tout le monde n’a pas intérêt à ce que le débat contradictoire et argumenté ait lieu dans de bonnes conditions ! Il en est des sujets énergétiques comme des campagnes politiques : les extrêmes bénéficient toujours au final d’un débat où les arguments échangés relèvent plus de la guerre de religion que d’un échange constructif où l’on s’écoute.
Un débat objectif ensuite, c’est celui qui revient aux questions simples et tache d’y répondre sans parti pris idéologique et sans a priori, en intégrant honnêtement les points positifs et les négatifs, les arguments et objections de chacun, les questions et réponses apportées par chaque partie, en se respectant mutuellement.
Après Fukushima, il est légitime de s’interroger sur la réduction de la part prépondérante du nucléaire dans la production d’électricité en France, véritable anomalie mondiale. Il est de la même manière parfaitement responsable de vouloir éviter le recours au charbon ou au pétrole, en leur privilégiant le gaz naturel moins émetteur de CO² pour générer de l’électricité de pointe thermique. Un débat objectif c’est dès lors s’interroger sur l’impact économique qu’aurait sur l’économie nationale la découverte de réserves de gaz naturel, semblable à ce que fut le gaz de Lacq dans les années 50 pour le sud ouest et l’ensemble de la France de l’après guerre. La réduction de notre facture d’approvisionnements énergétiques ne pourrait-elle pas permettre en échange un financement plus massif et assumé des énergies renouvelables d’avenir ? Voilà une vraie question pour certains de nos élus qui ne veulent même pas que le sujet soit débattu de nouveau… Alors que nombre d’autres pays européens ont adopté une attitude plus pragmatique sur cette question controversée, la France ne devrait-elle pas représenter la voix de la raison ? Ce débat sera de toute manière bientôt développé au niveau du parlement européen, il serait souhaitable de ne pas être totalement en dehors…
Enfin avoir un débat rationnel c’est ne pas tout mélanger en tachant de limiter les amalgames et en préférant l’analyse aux émotions. Une phase d’exploration sur ce type de licence vise à déterminer la présence d’hydrocarbures dans les roches mères, les quantifier, déterminer quelles sont les techniques qui pourraient permettre de les extraire et surtout d’en prévoir le coût. De ces éléments ressort une équation qu’il appartient au pouvoir politique de résoudre, sous le contrôle des électeurs qui l’ont mandaté. Cette rationalité qui amène tout candidat à une fonction de responsabilité à devoir “regarder la réalité en face” et à rendre des arbitrages est la seule à même de garantir un débat qui ne soit pas tronqué. Elle devrait logiquement amener le futur locataire de l’Elysée à reprendre le dossier une fois la séquence électorale (présidentielles et législatives) passée, mais avant que celle des municipales (2014) ne s’ouvre…. La « fenêtre de tir » est donc réduite.
L’enjeu des mois et années à venir est effectivement de savoir de nouveau aborder ce débat sans anathème ni arguments irrationnels pour arriver à un consensus majoritaire sur ce sujet : quels élus pourraient durablement refuser d’examiner le potentiel de cette source d’énergie si des garanties suffisantes étaient données à tous que leurs conditions d’exploitation en France ne produiront pas les débordements et dégâts qui ont pu être connu dans d’autres pays moins regardants sur le droit et le respect de l’environnement ? La France s’honorerait à adopter une attitude majeure et responsable sur la question et s’appuyant sur le principe de précaution qu’elle a inscrit dans sa constitution pour rassurer les populations légitimement inquiètes par les images anxiogènes d’un film comme Gasland… N’est-ce pas finalement la seule vraie question à se poser en préalable ?