Isolation : « L’état d’esprit est en train de changer dans le monde de l’industrie »
Efficacité énergétique | Aucune réaction
par | 19.09.12

Ce mercredi s’ouvre à Paris la 10ème édition du WIACO, une conférence planétaire qui réunit, tous les quatre ans, les professionnels de l’isolation et de l’acoustique. Pendant trois jours, six sessions seront organisées pour permettre à 300 représentants d’entreprises industrielles et de fabricants d’échanger sur les nouvelles tendances du secteur. En préambule à ce grand rendez-vous, Fabrice Gravier - Directeur Commercial et Export du groupe franco-allemand Kaefer Wanner – revient pour Cleantech Republic sur le rôle majeur de l’isolation pour l’amélioration de l’efficacité énergétique dans l’industrie.

Fabrice Gravier
Cleantech Republic : A la différence du secteur du bâtiment, le monde de l’industrie semble encore peu mobilisé par les problématiques de l’isolation. Partagez-vous ce constat ?
Fabrice Gravier : Disons que la machine s’est mise en route moins rapidement dans l’industrie que dans le bâtiment. Cela dit, l’isolation l’industrielle s’est vraiment métamorphosée ces vingt dernières années : en termes de compétences mais aussi de produits, avec l’apparition d’innovations majeures. Sur la thématique des économies d’énergies, nous en sommes encore aux balbutiements. Le sujet est apparu il y environ trois ans dans l’industrie. Mais sur cette courte période, des progrès considérables ont été réalisés. Les professionnels ont développé des produits, des démarches et des logiciels très performants.
L’enjeu numéro un c’est de faire comprendre aux industriels le potentiel d’économies d’énergie que peut représenter une bonne isolation ?
Effectivement. Pour cela, l’EIIF (ndlr : European Industrial Insulation Foundation) a développé le label Tipcheck. Il s’agit d’un outil informatique qui permet de calculer les déperditions d’une mauvaise isolation, mais aussi les retours sur investissement de potentiels travaux. Ce logiciel est complété par une équipe de professionnels indépendants qui se déplace chez les industriels pour réaliser des diagnostics énergétiques. Cela permet ensuite aux fabricants de proposer des travaux d’isolation adaptés aux besoins des industriels.
Quelles performances peuvent espérer les industriels en revoyant l’isolation de leurs sites de production ?
Je donnerais l’exemple d’un industriel du secteur de la chimie. Il disposait de 300 mètres carrés de toits non isolés, avec une température de fonctionnement de 150 degrés. Cette situation lui faisait perdre 500 000 euros par an alors qu’un chantier de seulement 100 000 euros suffisait à corriger la situation. Le retour sur investissement d’un tel chantier était donc de deux mois et demi. C’est spectaculaire. Quand vous arrivez à démontrer ce type de mécanisme, les industriels commencent rapidement à ouvrir les yeux. C’est une nouvelle approche de nos métiers. Lorsque nous faisons une proposition commerciale, nous garantissons désormais contractuellement un niveau de retour sur investissement.
Une fois le diagnostic énergétique réalisé, quelle est l’étape suivante pour l’industriel ?
Par expérience, je dirais que l’audit va provoquer un remaniement complet du budget de l’exploitant. Si vous travaillez sur l’audit d’une raffinerie, il sera difficile d’engager l’intégralité des travaux d’économies d’énergie tout de suite. Après l’audit, il y a donc une phase importante de montage financier. L’industriel doit choisir ses priorités en ciblant les travaux à réaliser de façon plus ou moins urgente. Côté fabricant, nous allons essayer d’optimiser les dimensions d’isolation pour s’approcher de la meilleure performance énergétique possible. Les isolations réalisées il y a 10 ou 15 ans faisaient souvent abstraction du coût de l’énergie première. Pour les sites anciens, nous devons traiter des cas de mauvaise isolation mais aussi d’absence d’isolation. Ce sont des sites où les gains potentiels sont très importants.
La France est-elle en retard sur cette thématique de l’isolation industrielle ?
En Europe, les pays nordiques sont les plus avancés. Mais on trouve également des exemples probants en Allemagne, en Italie et en France. Dans l’Hexagone, le Syndicat National de l’isolation mène un gros travail sur ces sujets. Les secteurs les plus en pointe sont la raffinerie et la pétrochimie. Etant donné qu’il y a actuellement peu d’investissement dans le neuf au niveau de l’industrie française, notre pays a intérêt à se focaliser sur le sujet des économies d’énergie. Mais les choses vont dans le bon sens, l’état d’esprit est en train de changer dans le monde de l’industrie.
Quels sont les freins à cette transition ?
Aujourd’hui, cela fait partie de notre métier de convaincre les industriels de réaliser un audit énergétique de leurs installations. Nous sommes confrontés à l’organisation de certains industriels qui séparent d’un côté le service maintenance et de l’autre le service environnement-énergie. Ces différents interlocuteurs ne partagent pas toujours les mêmes préoccupations et les mêmes budgets. Au niveau européen, une étude d’Ecofys a démontré que 3,5 milliards d’euros seraient perdus chaque année dans l’industrie en raison d’une mauvaise isolation. Pour améliorer cette performance, il faudrait investir seulement 900 millions d’euros. C’est ce discours qu’il faut porter désormais.
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