Jeudi 2 juillet 2020

A la Réunion, les déchets de canne à sucre deviennent électricité

Energie | 2 réactions

par Natacha Berkovits | 27.05.13

canneasucre

Un territoire français atteignant 100 % d’autonomie énergétique d’ici une dizaine d’années ? C’est le pari fou que s’est lancée l’île de La Réunion, en 2009, suite au projet GERRI. Ce groupement d’intérêt public s’était alors fixé pour objectif de rendre l’île totalement autonome énergétiquement d’ici 2030.

Issue du Grenelle de l’Environnement, cette structure a été remplacée, en avril dernier, par une société publique locale « Énergies Réunion ». L’objectif demeure lui inchangé. Pour l’atteindre, la SPL compte évidemment sur l’énergie solaire et hydraulique, mais aussi la bagasse. Deuxième source d’énergie renouvelable de l’île, l’utilisation des déchets de la canne à sucre fournit déjà actuellement un dixième des foyers de la Réunion en électricité. Bagasse et centrales thermiques, portrait d’une énergie 100% réunionnaise.

Définition et fonctionnement

La bagasse est le résidu de la canne à sucre issu du broyage de celle-ci une fois extrait le jus. Pour obtenir la bagasse, les cannes à sucre sont acheminées dans les usines sucrières puis, après séparation des fibres, placées dans un moulin qui, en les broyant, sépare le jus des fibres, autrement dit la bagasse. Le jus, environ 70% de la canne, servira à produire le sucre et ses produits dérivés (comme le rhum par exemple) et la bagasse, déplacée dans une centrale thermique située en général à proximité, permettra la production d’électricité. Avec près de 1 900 000t de cannes produites par an, c’est 537 000t de bagasse consumées dans les deux centrales thermiques de La Réunion: la centrale thermique du Gol, à Saint-Louis au sud de l’île et la centrale thermique de Bois-Rouge à Saint-André au nord.

Réunion et bioénergie

Comme l’explique Philippe Rondeau - responsable des études et projets sur le développement durable de Tereos Océan Indien - « la Réunion est la première productrice de canne à sucre en Europe et s’est toujours efforcée d’améliorer ses rendements et la qualité de ses produits sucriers ». Ainsi, chaque usine (près de 180 au début du siècle) était dotée d’une chaudière à bagasse qui lui permettait de produire l’électricité nécessaire à son fonctionnement. Cependant les résidus issus de la canne restaient considérables et c’est l’usine de Beaufonds à Saint-André (aujourd’hui fermée) qui apportera une solution durable à ce problème « pour la première fois on parlait d’optimisation thermique et l’excédent de la production d’électricité était vendu à EDF ». Ceci marque un tournant décisif dans l’histoire de la bagasse qui devient ainsi énergie de ressource renouvelable. Mais la campagne sucrière, qui s’échelonne du mois de juillet à la fin du mois de novembre, ne peut couvrir une production électrique annuelle. Les centrales thermiques ont donc recours le restant de l’année au charbon. Toujours dans une démarche d’optimisation du rendement et de valorisation des ressources renouvelables, La Réunion innove à nouveau et crée en 1991 un système de chaudière bi-combustible: « c’est une première mondiale qui prouve à nouveau le savoir-faire technologique de La Réunion. Ce système de chaudière représente une véritable prouesse technologique car elle permet de brûler à la fois un matériau dense, le charbon, et une fibre légère, la bagasse. Et ceci aboutit à un rendement global meilleur ». Cette découverte aboutit à l’ouverture de la première centrale thermique à La Réunion avec le groupe Charbonnage de France, aujourd’hui Séchilienne-Sidec. La deuxième se construira au Gol trois ans plus tard en 1995.

Quand la bagasse devient biomasse

Le dernier bouleversement intervient en 2009. « La Réunion est précurseur car elle s’est inscrite, cinq ans avant le protocole de Kyoto, dans la lutte contre le réchauffement climatique avec le recyclage de la bagasse pour réduire les émissions de gaz. Enfin, la bagasse devient biomasse ». C’est la reconnaissance officielle de la bagasse et une victoire pour l’ensemble de la filière environnementale, car « EDF achète plus cher le KWh. C’est donc une meilleure rentabilité et la valorisation du travail de l’ensemble des planteurs de l’île ». A l’heure actuelle, l’utilisation de la bagasse permet la production de 277 GWh d’électricité, soit la consommation de 91 000 habitants environ et permet d’éviter l’importation de 138 000t de charbon. Une réussite pour le Syndicat du sucre créé en 1908 qui poursuit ses recherches afin d’optimiser toujours plus l’exploitation des biomasses.

L’avenir de la bagasse

Le centre de recherche eRcane, appuyé par le CTICS (Centre Technique Interprofessionnel de la Canne et du Sucre de La Réunion) et Tereos, s’occupe de la sélection de nouvelles variétés plus productives (plus de sucre et plus de fibres ainsi que des variétés mieux adaptées aux reliefs et climats de La Réunion) tout en menant des travaux de recherche à l’avant-garde du progrès énergétique, agronomique et technologique car, comme le souligne P. Rondeau, « la canne à sucre présente une très grande biomasse à l’hectare ». En effet, en plus du sucre et de la fibre, la canne à sucre possède également une valeur organique végétale très importante. « L’idée est de se substituer de plus en plus aux ressources pétrolières des champs. La richesse de la canne permet une utilisation de qualité de l’engrais minéral qui remplace les désherbants chimiques ». Parallèlement, le centre de recherche Cirad se préoccupe des enjeux environnementaux, économiques et sociaux de la culture de la canne à sucre et propose aux acteurs de la filière-canne, agriculteurs, industriels et institutionnels, des techniques agronomiques rentables soucieuses de la préservation de l’environnement et de la biodiversité. De plus en plus développées dans le monde (Maurice, Guadeloupe et récemment au Brésil), la bagasse représente aujourd’hui une alternative d’envergure et un produit majeur dans le cadre du développement durable.

De la canne à sucre à la production d’électricité en 6 étapes

  1. La Coupe : La période de coupe s’étend des mois de juillet à novembre à La Réunion. En raison d’un relief escarpé, la coupe se fait encore manuellement. On compte un tiers de canne à sucre “tronçonnée”, c’est-à-dire coupée mécaniquement.
  2. La Réception : Les cannes sont livrées par les tracteurs et les cachalots aux plates-formes où la matière première est pesée et échantillonnée. Les planteurs sont payés en fonction du poids livré et de la richesse de la canne fournie.
  3. Le Défibrage : La canne est alors amenée à l’usine sucrière où elle sera débarrassée des corps étrangers (déchets, galets) puis défibrée à l’aide de coupe-cannes ou bien d’un shredder, marteau qui éclate et défibre les tiges.
  4. L’Extraction : La canne défibrée arrive à l’atelier de broyage où aura lieu plusieurs extractions. La canne passe par un pré-extracteur puis, suivant les usines, par un diffuseur de bagasse puis par des moulins de répressions (usine de Bois-Rouge) ou alors directement par plusieurs moulins (usine du Gol). Les moulins sont constitués de gros cylindres qui écrasent la canne à sucre de manière à en extraire le jus. Peu à peu, la fibre s’appauvrit jusqu’à devenir bagasse.
  5. La Bagasse : Une partie de la bagasse reste à l’usine et sert de combustible pour la chaudière qui produit la vapeur nécessaire au fonctionnement de l’usine. Le reste est envoyé aux usines thermiques.
  6. Production d’Electricité : La bagasse est placée dans une chaudière pourvue de tuyaux externes en acier qui contiennent de l’eau déminéralisée liquide. Incinérée à plus de 1300°C, la chaleur provoque la vaporisation de l’eau et la pression de la vapeur entraîne la rotation d’un turbo alternateur muni de petites ailettes. Celui-ci met le rotor en mouvement, engendrant la production d’électricité. Finalement, la vapeur traverse un condensateur afin de retourner à l’état liquide et l’eau réintègre les tuyaux d’aciers sortant de la chaudière. Les centrales thermiques de La Réunion utilisent des chaudières bicombustibles, pour bagasse et charbon.

natachaberkovitsBio express de l’auteur
Traductrice de formation, Natacha Berkovits sillonne depuis dix ans le monde avec sa plume et son sac-à-dos. Aujourd’hui, elle s’oriente vers le journalisme et anime le site franco-espagnol La Trédactrice web.

Sur le même thème : , , , ,

Vos réactions

Centrales à bagasse à La Réunion | La Trédactrice web | 27.05.13 à 11.48

[...] plus d’informations, lire l’article "A La Réunion, les déchets de canne à sucre deviennent électricité" publié sur Cleantech Republic. Share this:LinkedInWordPress:J’aime chargement… [...]

samson | 29.05.13 à 10.46

Et le retour de matière organique et minérale au sol, qu’en faites-vous ?
… cherchez l’erreur !

Partagez, réagissez, complétez, polémiquez ! Avec respect...

 

terms de 41031 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 83 : post_tag grenelle de l'environnement
  • 1348 : post_tag La Réunion
  • 1349 : post_tag bagasse
  • 1350 : post_tag canne à sucre

0,4,60,83,1348,1349,1350 select object_id,min(post_status), count(term_taxonomy_id) as nbr from wp_term_relationships,wp_posts where wp_posts.ID=object_id and object_id<>41031 and post_status='publish' and term_taxonomy_id in (0,4,60,83,1348,1349,1350) group by object_id order by nbr desc, post_modified desc res : id=25352 nbr=3 terms de 25352 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 83 : post_tag grenelle de l'environnement
  • 229 : post_tag grenelle
  • 543 : category Brève
  • 847 : post_tag tarifs de rachat
  • 893 : post_tag SER

id=46017 nbr=2 terms de 46017 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 235 : post_tag start-up
  • 541 : category Home
  • 844 : category Article partenaire
  • 1459 : post_tag stockage de l'électricité
  • 1550 : post_tag KIC InnoEnergy

id=45246 nbr=2 terms de 45246 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 130 : post_tag biogaz
  • 844 : category Article partenaire
  • 878 : post_tag Energie
  • 1150 : post_tag Afrique
  • 1548 : post_tag développement

id=44375 nbr=2 terms de 44375 :
  • 4 : category Energie
  • 52 : post_tag photovoltaïque
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 79 : post_tag innovation
  • 143 : post_tag Eolien
  • 778 : post_tag Stockage
  • 844 : category Article partenaire
  • 1509 : post_tag COP21

id=42921 nbr=2 terms de 42921 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 513 : post_tag erdf
  • 541 : category Home
  • 542 : category Eco des blogs
  • 878 : post_tag Energie
  • 893 : post_tag SER
  • 930 : post_tag RTE

id=42381 nbr=2 terms de 42381 :
  • 4 : category Energie
  • 39 : post_tag cleantech
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 139 : post_tag électricité verte
  • 607 : post_tag edf
  • 878 : post_tag Energie
  • 914 : post_tag Schneider Electric
  • 967 : post_tag ong
  • 1150 : post_tag Afrique
  • 1194 : post_tag Africa Express

id=39632 nbr=2 terms de 39632 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 120 : post_tag ville durable
  • 539 : category Vidéo
  • 1302 : post_tag WebTV Ville Durable

id=39506 nbr=2 terms de 39506 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 235 : post_tag start-up
  • 539 : category Vidéo
  • 1278 : post_tag Prix Cleantech Republic 2012

id=39268 nbr=2 terms de 39268 :
  • 4 : category Energie
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 74 : post_tag hydrogène
  • 187 : post_tag gaz naturel
  • 865 : post_tag stockage de l'énergie
  • 945 : post_tag Investissements d'avenir
  • 954 : post_tag GDF Suez

id=39110 nbr=2 terms de 39110 :
  • 4 : category Energie
  • 46 : post_tag efficacité énergétique
  • 60 : post_tag énergies renouvelables
  • 123 : category Tribune
  • 1013 : post_tag Linky
  • 1289 : post_tag micro-cogénération

Les partenaires cleantech sur GreenVivo.com

En direct de notre chaîne Smart City

11.10.16 | ABB mise sur l’électrique pour améliorer l’efficacité énergétique des bateaux

Toutes les vidéos

Agenda Cleantech

Pollutec 2016
Du 29 novembre au 2 décembre 2016 - Lyon